A tous les forçats tombés au combat

« Tu vas rouler ? A tout à l’heure ». Ce sont les derniers mots que l’on entend, avant de prendre le vélo et de s’enfuir sur ses routes d’entrainement. Ces mots viennent de votre conjoint(e), vos enfants, votre famille ou vos amis… et si c’était les derniers ? Si la porte du garage se fermait derrière votre passage, sans ne jamais se rouvrir ? Si les au revoir se transformaient en adieux ? Nous sommes en 2018, et on vit ces scènes beaucoup trop fréquemment. Faire du vélo, c’est mettre sa vie en danger. Nous avons célébré l’année de la disparition de Michele Scarponi, l’une des étoiles éteintes dans le ciel des forçats de la route, qu’évoquait Albert Londres. Et encore, ils sont tellement nombreux à l’accompagner… Ils s’appelaient Grégoire Somogyi, Kristof Goddaert, Romain Guyot, Julia Viellehner, Nicky Hayden ou Jason Lowndes. Et encore, la liste est incomplète. Tous sont décédés sur leur vélo. Et on omet tous les sportifs accidentés, qui s’en sont fort heureusement sortis. Agressions, code de la route transgressé, accident ou autres. Les drames s’enchainent.

A qui la responsabilité ?

Cyclistes imprudents ou automobilistes fous. En fait, ce n’est pas le bon débat. Personnellement, je suis cycliste et automobiliste. Dans les deux cas, je croise des inconscients des deux côtés. Mais l’impact n’est pas le même. Lorsque je suis au volant, et qu’un « connard de cycliste » roule au milieu de la route… et bien je patiente. Conséquence, je perds 30 secondes de ma journée. Quel drame. En revanche, lorsque je pose mes fesses sur la selle, et que je croise un « connard d’automobiliste », qui me grille une priorité ou force un passage, les ennuis sont différents. Au pire, une chute avec les conséquences que l’on connaît. Au mieux, une frayeur qui va mettre une claque à la tête. Entre les deux cas, j’ai choisi vers qui tourner mon plaidoyer. On peut tomber sur le plus agaçant des cyclistes, lui, sur sa selle, risque sa vie. Vous, dans votre habitacle, vous risquez d’enfoncer votre parechoc. Le reste n’est que futilité.

Et la politique ?

Au Danemark, 12 000km de pistes cyclables. Aux Pays-Bas, 32 000km de pistes cyclables. En France nous sommes autour des 21 000km. Dans la moyenne me direz-vous ? Pas exactement au vu de la superficie des pays, ou même de la pratique. Selon une étude de la Fédération européenne des Cyclistes, en 2015, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède étaient les meilleurs élèves en termes de cyclisme urbain. La France n’était que 12eme… Autant dire que nous sommes en retard. Et même quand des milliers de cyclistes descendent dans la rue manifester contre l’insécurité à vélo. Laura Flessel, ministre des Sports, semblait prendre le sujet à cœur. On attend toujours. La qualité des pistes aussi est importante. Pleines de graviers, de trous et dans un état déplorable… De plus, l’impact écologique de pousser les gens à prendre le vélo plutôt que la voiture est non négligeable. Dans le sens inverse, c’est la catastrophe. Alors il est temps de réagir, et d’agir. C’est une question d’écologie. Une question sociale. Une question de vie… ou de mort.

Un vélo dans le bas-côté, des pompiers sur la route. On préfère voir l’inverse quand on regarde le cyclisme à la télé… Crédit : DR, Le Parisien.

A propos de l'auteur

Je ne sais pas qui attaque le plus entre Pierre Rolland et Rafael Nadal. Je ne sais pas qui monte le mieux entre Chris Froome et Ivo Karlovic. Je ne sais pas non plus qui cumule le plus de revers entre Stan Wawrinka et Nacer Bouhanni. Je n'ai jamais su choisir entre le tennis et le vélo. Mais ce dont je suis sûr, c'est que je n'ai percé dans aucun de ces deux sports.

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