Giro’Scope #11 : Yates c’est Yes, Dumoulin fait son Grain

Une étape courte sur ce Giro et qui promettait dans son final de l’animation et des rebondissements. Et on peut dire qu’on en a eu pour notre argent. Lors de ce onzième jour de course, nous avons assisté à cinq derniers kilomètres de folie avec un nouveau tri au sein des favoris. Et il ne fallait pas non plus être en retard puisque les coureurs ont eu un quart d’heure d’avance sur l’estimation horaire la plus rapide. Ebouriffant, on vous dit!!!

Le vainqueur

Simon Yates. Une nouvelle fois. Deux étapes avec le maillot rose sur le dos plus l’arrivée où il laisse la victoire à son coéquipier Esteban Chaves, le Britannique a de nouveau été très impressionnant en attaquant à 1500m de la ligne, dans la dernière pente et a fait le ménage. Seul Tom Dumoulin a essayé de le rattraper en terminant à deux secondes  sur la ligne et en empochant également 6″ de bonifications. Bien qu’il consolide sa première place au classement général et semble infaillible en ce moment, on se demande jusqu’où le coureur de la Michelton pourra tenir ce rang. Grandement déficitaire face à Dumoulin en contre-la-montre, l’Anglais pourra-t-il garder suffisamment d’avance sur le Néerlandais et surtout, ne pas trop perdre sur les autres prétendants, meilleurs grimpeurs que lui? Ce weekend apportera déjà des éléments de réponse avec un menu très corsé au programme.

Le déroulé

Du grand classique jusqu’à la folie des cinq derniers kilomètres. Une échappée de cinq hommes – qui s’est formée en plusieurs temps – composée des solides et expérimentés Luis Leon Sanchez (Astana) et Alessandro De Marchi (BMC), Fausto Masnada (Androni) l’un des héros du Gran Sasso, Alex Turrin (Willem) et Mirco Maestri (Bardiani), qui n’a jamais compté plus de quatre minutes d’avance. Mais il tenait à coeur pour l’Espagnol d’être devant lors du passage à Fillotrano, terre de Michele Scarponi où il s’imposa au sprint intermédiaire en hommage à son ami. Il avait déjà franchi en tête l’année dernière la Cima Scarponi avec l’assentiment général du peloton. Puis, les cinq hommes se firent naturellement avalés aux 5km, lors de la première des deux grosses grimpettes finales, par l’attaque de Zdenek Stybar (Quick Step) et Tim Wellens (Lotto-Soudal), attirés par l’odeur des pavés qui se profilaient sur ces routes d’arrivée. Le Tchèque et le Belge virent donc, leurs efforts stoppés net par l’initiative de Yates. Sur la ligne, Thibaut Pinot, dans un jour « sans » selon lui, et Domenico Pozzovivo perdent 8″, Rohan Dennis 18″, Arù 21, Carapaz environ 25. et les autres bien plus, comme Froome qui termine à 42″ et confirme sa méforme et les doutes sur sa capacité à se refaire dans cette deuxième moitié de Giro.

La surprise

Tom Dumoulin. Le Néerlandais est la surprise du jour de par son envie de reprendre du temps sur le maximum de prétendants et d’essayer de disputer à Yates la victoire d’étape sans trop vouloir le voir accentuer son avance, malgré sa bonne marge en contre-la-montre face au Britannique. Vainqueur du prologue, le tenant du titre a intelligemment laissé filer le Maillot rose dès la première étape, puis a suivi comme il sait le faire lors des grandes étapes de la première semaine en restant discret et vigilant. Ayant chuté à faible vitesse hier, sa deuxième place du jour a dissipé tous les petits doutes éventuels que l’on aurait pu avoir suite à ce désagrément. Donc si la forme du dossard un n’est en rien surprenante, c’est vraiment son initiative du jour qui a surpris – dans le bon sens – alors qu’on le pensait attendre sagement un peu plus pour réapparaître, d’autant par sa situation au général (deuxième) et son avantage sur l’exercice individuel.

La déception

Froome. Mais en est-ce une? Depuis le début de ce Tour d’Italie, le Britannique ne semble pas du tout en capacité de briller ou même de réaliser quoique ce soit sur cette épreuve. Incapable de suivre ses coéquipiers à l’Etna, bénéficiant de l’attentisme du peloton au Gran Sasso pour finir avec les meilleurs, il a rapidement craqué aujourd’hui dans la dernière pente, perdant 42″ sur son compatriote. Le natif du Kenya risque de perdre très gros lors des deux étapes de samedi et dimanche. Et si tel est le cas, la question de sa poursuite sur ce Tour d’Italie, déjà polémique, pourra se poser. A moins qu’il ne cache son jeu… Et ça risquerait de ne pas plaire à tout le monde…

Demain, nouvelle étape de transition, longue… Très longue… Avec toutefois, un petit col à 7km de l’arrivée, avec des pentes pouvant atteindre 10% avant de filer plein gaz sur Imola, théâtre d’arrivée de cette douzième étape. Alors, les sprinteurs arriveront-ils à batailler pour la victoire, dans une des seules étapes propices à leur profil ou l’ascension accouchera-t-elle de puncheurs?