Hirscher à la Table des Rois… Ou du Roi???

Aujourd’hui, Marcel Hirscher vient d’égaler les Légendes Hermann Maier et Ingemar Stenmark en terme de nombre de victoires sur une saison avec 13 succès. Série en cours puisqu’il pourrait devenir, demain, le seul hommes à 14 bouquets, à égalité avec une autre Grande, la Suissesse, Vreni Schneider, s’il remporte l’ultime slalom de la saison. Avec ses cinquièmes globes de spécialités en Géant et Slalom et surtout ses sept Gros Globes, acquis consécutivement, là aussi, record battu – le précédent était détenu par sa compatriote devenue une référence, Annemarie Moser-Pröll dans les années 70, qui devient sa Dauphine avec six classements généraux remportés – l’Autrichien continue de marquer de son empreinte l’Histoire du ski alpin. A 29 ans (il les a eu le 2 mars), il affole les compteurs. Quelle est donc la place du Tyrolien parmi tout ce gratin??? Bien qu’il soit toujours loin du nombre de victoires de la Légende Ingemar Stenmark, Hirscher peut-il néanmoins être considéré comme le plus grand skieur de tous les temps?

En plus de ce nombre absolu de Gros Globes et ces treize courses gagnées en une seule saison, Marcel Hirscher est également co-détenteur du nombre de victoires en une saison en slalom. En effet, avec sept bouquets en 2017/2018, il est arrivé à hauteur de Stenmark, de Marc Girardelli et d’Alberto Tomba. Il pourra en conquérir un huitième s’il s’impose lors de l’ultime acte entre piquets lors des finales le 18 mars prochain et, ainsi, devenir le recordman absolu. Celui du Géant semble par contre assez difficile à atteindre. Si le Suédois a atteint la barre des dix succès en 1978-1979, l’Autrichien n’a jamais pu passer la barre des six. Pour au moins égaler Stenmark, il faudrait qu’Hirscher remporte tous les Géants du calendrier, Championnats du Monde ou Jeux Olympiques compris.

En remportant le Géant d’aujourd’hui, à Åre, Marcel Hirscher est également monté sur son dix-septième podium consécutif (dont douze victoires) dans la discipline, toutes compétitions confondues. Meilleure marque de tous les temps derrière l’inaccessible (pour le moment…) Suédois Ingemar Stenmark (avec 40 podiums de suite). L’Autrichien dépasse Alberto Tomba, ancien second du Suédois avec 15 podiums consécutifs. Il est également dauphin du Lapon dans neuf autres statistiques. Seul le nombre de victoires en slalom le laisse sur la plus petite marche du podium, devancé par l’Italien mais sûrement plus pour très longtemps, puisque huit succès les séparent. Autant dire qu’il a de très fortes chances de repasser devant « la Bomba » dès la saison prochaine, si aucun problème physique ne le retarde.

« C’est ça, souris, souris, la Bomba…Tu vas moins rire quand je vais te dépasser… » (crédit photo: REUTERS)

Et parmi ses deuxièmes places « actuelles », quelques-unes pourraient bien se transformer en premières et donc, lui faire, là aussi, égaler ou dépasser le Maître. En effet, Marcel Hirscher n’a que 29 ans. En neuf saisons, il a acquis 58 victoires (chiffre provisoire donc, en attendant le slalom) et semble être plus fort que jamais. Il lui reste au moins une olympiade pour atteindre quelques autres records. Sur le papier, ils semblent tous accessibles. Mais ils sont nombreux – dix pour être précis – et seul celui du record du nombre de Globes, petits et gros confondus, dix-neuf, peut être atteint dès la saison prochaine. Pour les autres, aucun d’entre eux ne peut se jouer avant deux saisons. Comme celui du nombre de victoires en slalom – l’Autrichien n’est qu’à 13 unités du nombre de victoires du Suédois en slalom, 27 à 40 – mais il peut tout à fait tous les casser durant ces quatre prochaines saisons au vu de son niveau.

Ingemar Stenmark dans les années 80 (crédit photo: inconnu/extrait d’Expressen.se)

Double Champion Olympique en Géant et en Super-Combiné – il est, une fois n’est pas coutume, sorti en slalom – Marcel Hirscher a enfin atteint la Consécration Ultime, par deux fois en Corée du Sud (comme Stenmark, deux fois titré en 1980), ajoutant un peu plus à sa Légende. Rappelons également qu’il a vu sa préparation tronquée par une fracture à la cheville qui lui a fait manquer les deux premiers rendez-vous de la saison le Géant de Sölden et le slalom de Levi… Qu’est-ce que cela aurait donc été sans blessure??? Une nouvelle preuve du phénomène qui réalise en ce moment la plus grande saison de sa carrière. Quasiment au sommet de son Art et en pleine maturité sportive, tout porte à croire que celle-ci n’est pas qu’un exploit, ni qu’une suite d’alignement des planètes mais une interrogation. Jusqu’où peut-il aller???

Bien sûr, dans certains aspects, cette saison peut être qualifiée d’exceptionnelle, puisque qu’Hirscher a conquis son Globe en ne scorant que dans deux disciplines – il était déjà assuré de l’avoir avant même le départ du Super-G des finales, avec le forfait de Kristoffersen, ce qui n’était plus arrivé depuis Luc Alphand en 1997, en Descente et Super-G. Mais on ne remporte pas sept classements généraux de suite par chance ou hasard. Certes, lors de certaines campagnes, six ou même cinq succès lui ont suffit pour finir en tête en fin de saison. Surtout grâce au nombre avantageux de courses techniques dans le calendrier, mais aussi et surtout grâce à la densité dans les épreuves de vitesse et sa régularité dans le TOP 5 dans les épreuves techniques, en plus de ses victoires, qui lui ont permis de glaner le Gros Globe en fin de saison.

« C’est pas que ça me dérange, tous ces Globes, mais je n’ai que deux bras… » (crédit photo: ATOMIC)

Et c’est cette régularité qu’il a su cultiver durant ces années, jusqu’à la porter sur la première marche et cette saison, à la table des plus Grands. Certains de ses congénères ont déjà choisi leur favori pour être désigné comme le plus grand skieur alpin de tous les temps. Svindal et Jansrud, rien que ça, ont clairement affiché leur préférence. Pas de solidarité scandinave, et malgré qu’ils soient en Suède, c’est bien l’Autrichien qui obtient leurs faveurs. Les deux Norvégiens, comme la grande majorité des suiveurs, se demandent quelles sont ses limites. A vrai dire, on se demande réellement s’il en a. A tel point qu’envisager un quasi-Grand Chelem dans ses deux disciplines de prédilection est loin d’être une idée farfelue, tandis qu’une grosse baisse de régime prochainement est, pour l’instant, clairement inenvisageable.

Pour continuer à accentuer la performance et la place de Marcel Hirscher tout en haut du trône, soulignons bien qu’Ingemar Stenmark, malgré ses quatre-vingt six succès, n’a remporté que trois Gros Globes et pas lors de ses quatorze victoires. En effet, lors de cette saison 1978-1979, c’est le Suisse Peter Lüscher qui s’impose au Général, avec seulement six victoires et vingt-cinq podiums. Il faut dire aussi que le barème de points était totalement différent. Avec beaucoup moins de points attribués que maintenant, rendant le classement très serré (25, 20, 15, 11, 8, 6, 4, 3, 2 ,1 puis de 25 à 1 pour les vingt-cinq premiers lors des cinq dernières courses de mars 1979) Alors qu’aujourd’hui, l’écart est déjà de vingt points entre le premier et le seconde. Mais la concurrence bien plus rude aujourd’hui et une plus grande régularité aux premières places sont deux autres éléments qui s’ajoutent à la performance de l’Autrichien.

De par tous ces faits on peut clairement affirmer que Marcel Hirscher est déjà le plus grand skieur alpin de l’Histoire. Et pas que statistiquement ni par les chiffres. L’Autrichien nous donne de plus en plus ce sentiment de puissance et de domination. Paradoxalement, c’est également un garçon accessible, sympa, au physique agréable. Immense Champion, populaire auprès du public, apprécié et respecté par tous ses collègues, Hirscher est définitivement entré au Panthéon du Sport. Si on devait oser une comparaison, on parlerait sans abus du « Roger Federer du ski alpin ». Et il y a fort à parier que dans quelques années, beaucoup d’observateurs oseront eux aussi, sans complexe, ce surnom. Car même si chaque sport et chaque champion sont uniques et différents, on ne sait toujours pas qui est le plus Grand de Tous les Temps, entre Ali, Jordan, Federer, Phelps, Pelé, Fourcade… Et voilà maintenant, qu’Hirscher entre dans le débat…

 

A propos de l'auteur

Tout schuss et planté de bâton l'hiver, mais pas que. j'aime aussi les deux roues sans moteur (quoique maintenant, on n'est plus très sûrs :p), le ballon rond, la petite balle jaune, le tour de piste, les vroum vroum et un peu l'eau chlorée.

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