Interview de Joël : au coeur du culturisme !

Le culturisme, est une discipline en vogue dans le milieu du fitness. De la pure compétition, à un mode de vie bien spécifique, les questions s’enchainent pour découvrir une pratique souvent incomprise, où le culte du corps et les performances sportives sont étroitement liés. Retour sur une rencontre avec un athlète culturiste, autour de son évolution, de ses motivations et des débats incessants. 

Bonjour Joël, depuis quand pratiques – tu le culturisme ? Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer ? 

Mon entrée dans le monde du culturisme est très récente, cela date de ma formation BPJEPS en 2017, où suite à une validation d’acquis, j’ai commencé à m’intéresser à cette discipline notamment pour les compétitions. Auparavant je pratiquais le street workout qui était réellement une pratique libre, sans contraintes de compétitions. J’ai pratiqué le street durant 7 ans avec un ami d’enfance, puis avec ma formation, j’ai découvert le culturisme : le déclic a été l’attrait pour le développement musculaire.

Au départ, ce milieu de la compétition, personnellement j’en avais une mauvaise image, et la formation m’a ouvert à ce sujet. Progressivement, je m’y suis intéressé, c’est devenu un ordre des choses logique, un moyen pour progresser, une évolution éventuelle dans ma pratique sportive.

Bien sur que l’esthétisme a été un élément majeur dans cette volonté par rapport aux performances mais dans la pratique, les challenges sportifs viennent naturellement.

C’est un challenge récent, mais tu as déjà participé à de nombreuses compétitions, peux-tu nous détailler un peu plus ton palmarès ? 

Nous sommes notés sur un système de points, en fonction des critères suivants: la sèche, la ligne et le galbe musculaire. Dans le déroulé nous passons dans un premier temps avec tous les autres concurrents, avec des poses imposées, puis dans un second sur une chorégraphie préparé par chaque culturiste.

Je suis affilié à la fédération FCPCN. J’ai concouru dans la catégorie -85 kilogrammes, tout d’abord lors des quarts France puis demi France et enfin finale France, où j’ai terminé premier en quart et demi, et second en finale.

Suite à cette réussite j’ai participé à la compétition pour les finales Europe où j’ai fini quatrième, et pour finir les finales Monde où je décroche une troisième place sur le podium.

 

Crédit photo : Labrado Aurélie. 

L’entrainement, l’alimentation, la préparation de la compétition, etc… tous ces éléments entrent dans un mode de vie bien particulier, au delà de la simple pratique du sport. Est ce qu’on peut parler de contraintes ? 

Que ce soit l’entrainement physique et l’alimentation, je suis suivi par un coach (Morgan Nakhisa) ainsi que pour le posing sachant que la chorégraphie et la prise en main des poses représentent tout de même 85% du travail… Tous ces détails ont un coût et cela peut devenir une contrainte financière. Mais cette dimension est minime quant à tous les avantages que je tire de cette pratique. C’est un mode de vie bien plus qu’un sport, c’est vrai ; j’ai une structure, un cadre pour l’alimentation mais cela ne me gêne nullement. Ça me permet d’avoir des objectifs, de ne pas dévier. Le dépassement de soi et les objectifs sportifs sont tellement au dessus, et bien souvent il existe de nombreux a priori.

Je prends du temps avec 2 entrainements par jour mais j’ai tout de même une vie sociale en dehors de la pratique, cela dépend de la pensée de chacun. Il ne faut pas se couper de l’environnement social, il faut toujours essayer de concilier et partager cette passion avec notre entourage.

Nous sommes dans un sport individuel, justement on peut vite se refermer sur cette pratique, alors que les échanges d’idées t’apportent dans ta progression. C’est une discipline individuelle qui demande du temps, de la patience, de la volonté, mais je ne peux pas dire que je m’y sens contraint, je sais pourquoi je le fais.

Quel serait ton plus beau souvenir dans la compétition ou dans la préparation ? 

Les Mondes sont un souvenir incroyable avec un très bon suivi de mon coach, et ma participation à cette compétition contre tout attente. Je suis heureux du résultat, je ne pensais pas atteindre ce niveau car j’ai commencé tard ma préparation.

Mais un autre souvenir me vient en tête quand je réfléchis à cette évolution impressionnante, avec une performance sur un soulevé de terre à 220 kilogrammes alors que j’étais en sèche.Je ne pensais pas être capable de le faire et dans ces moments là c’est une consécration, qui te booste encore plus pour la suite. Il ne faut jamais douter de soi.

Crédit photo : Labrado Aurélie. 

As-tu connu dans ton entourage une désapprobation face à ton entrée dans le culturisme ? 

Il existe de nombreux préjugés, les personnes n’ont pas conscience que ça puisse être sérieux, car bien souvent elles pensent que ce sont des conneries… Si on se consacre à des compétitions dans un autre sport cela n’est pas le même jugement.

Progressivement on voit une démocratisation mais il reste compliqué de trouver une certaine identification aux pratiquants de culturisme. Dans l’entourage, souvent le milieu du culturisme est trop extrême, on entend régulièrement que l’hypertrophie musculaire c’est « moche ».

Cette désapprobation courante ne m’a pas pour autant remis en question sur mes objectifs, les jugements ne me freinent pas : il ne faut pas s’attarder dessus, je le fais pour moi, et chacun peut y porter son avis.

Qu’est ce qui te pousse à continuer ? Quels sont tes prochains objectifs ? 

J’ai un certain retard dans le milieu du culturisme, je sais que je peux avoir un meilleur niveau donc le fait de savoir que je peux l’atteindre est un objectif, il faut rattraper ce temps perdu. Actuellement je n’ai pas d’objectifs de compétitions, car je souhaite faire une bonne prise de masse avec une prochaine échéance dans deux ans sans doute. Je pense que j’ai une large marge de progression, les premières compétitions ont été un test, pour voir où j’en étais, ce que je pouvais faire. Là j’accepte une parenthèse pour revenir encore plus fort.

C’est une discipline qui peut se pratiquer sur un long terme, il n’y a pas de limites tant qu’on a une construction musculaire.

Quel est ton avis quant aux compléments alimentaires et le dopage ? Car l’amalgame est souvent fait dans le domaine…

Avant, pour moi, les compléments étaient des produits dopants, et c’est lorsque j’ai commencé ma préparation avec mon coach que j’ai été conseillé, où il m’a expliqué certains principes, les composants des compléments, etc… Il ne faut pas avoir peur de prendre des compléments alimentaires, s’ils sont maitrisés.

Pour le dopage, en France, il existe un contrôle, cela est inscrit dans la législation. Après mon passage en compétition, on m’a demandé de procéder à un contrôle urinaire anti dopage, qui est demandé par les juges en cas de doutes. Bien sûr, ce contrôle reste donc aléatoire.

Mon avis est que chacun doit être conscient de ses actes et des répercussions, lorsque le dopage entre en jeu dans le culturisme. Ce sont des risques, c’est vouloir prendre un chemin court alors que pour moi, je préfère rester dans ma souffrance, je cherche des entrainements plus intensifs, c’est ma conception de la compétition.

Au bout du chemin du dopage il n’y a pas forcément une victoire, on ne peut pas tricher sur tout, notamment sur le métabolisme de base, sur la génétique.

Pour toi la discipline est- elle juste liée à la mode ou en pleine évolution ? 

Le culturisme oui c’est vrai, est une mode en ce moment, avec les réseaux sociaux par exemple qui ont une forte influence, mais on voit vite qui est sportif ou qui ne l’est pas. Tout le monde ne peut pas faire de la compétition, cela n’est pas donné à tout le monde, il faut tenir une diète et être persévérant.

Après les réseaux sociaux, cela a permis de créer une communication sur la discipline, et donc malgré le phénomène je pense qu’elle évolue aussi. L’image s’améliore petit à petit, il y a une réelle ouverture sur le sujet, et les transformations impressionnantes sont donc une bonne chose pour démocratiser au fur et à mesure. Pour la compétition, beaucoup se lancent sans connaitre véritablement le milieu, il faut être curieux mais au delà, c’est une expression de soi même, l’expression d’un travail de tous les jours, il faut se sentir réellement concerné.

Crédit photo : Labrado Aurélie. 

Je te laisse le mot de la fin, qu’est ce que tu voudrais dire à ceux qui lisent ton interview ? 

Un conseil qui me tient à coeur, principalement pour les jeunes : faites attention à ce que vous voyez, ce que vous entendez. Tout n’est pas forcément bon conseil, il faut savoir utiliser sa réflexion, son sens critique comme dans les autres sports. Chacun a sa progression, tout le monde n’évolue pas de la même manière et il faut être honnête avec soi même. 

Un commentaire

  1. Super article! Très intéressant et très bon athlète!