Lille-Montpellier, apogée d’un fiasco intégral sous l’ère Lopez

De nos jours, il est de bon ton de réagir à chaud sur des événements qui se déroulent sur la planète Foot. Nous avons tous des rapports passionnels quand ça touche au ballon rond et son univers. Des chants venant des groupes Ultras de tous clubs ? Génial. Des gigantesques tifos faits main et des fumigènes craqués pour l’ambiance ? Magnifique. Un fond de jeu agréable pour les joueurs et les supporters ? Parfait.

Et pourtant, tout n’est pas rose sur la planète Foot.

Des dégradations en tribunes ? Intolérable. Une bagarre entre les joueurs sur le terrain ? Inadmissible. Un envahissement de terrain ? Inqualifiable. Des chants hostiles envers un groupe, un club, un président ? No words. Il est évident qu’il faut absolument bannir tous ces points afin de garantir la sérénité dans un club et l’harmonie entre joueurs, supporters, et staff. Mais si un des faits énumérés ci-dessus se produit, que penser quand on assiste à un tir groupé bagarre/envahissement/chant hostile est réuni ?

Dans ce qui ressemble à un match classique de L1, le LOSC a décroché ce soir un bon match nul pour la course au maintien contre Montpellier, 5ème du classement, ce qui a pourtant excédé quelques supporters lillois qui ont tout simplement envahi le terrain, épuisés par les piètres résultats de l’équipe depuis de longs mois. Ce geste désespéré a conduit ces derniers à envahir le terrain à la fin du match, allant même jusqu’à se battre avec certains joueurs. Des chants hostiles ont été scandés à l’intention de Lopez : « Si on descend, on vous descend », « Lopez, Lopez, on t’en… ». Si seulement…

Les médias sportifs français se sont emparés de ces images, aussi consternantes – il faut le dire – que tristes, d’un envahissement de terrain de quelques dizaines de supporters suivi d’une bagarre générale avec les joueurs, accablant sans vergogne leurs auteurs. Pour comprendre le contexte lillois insupportable et mis en lumière ce soir après ce Lille-Montpellier, et le pourquoi de cet acte désespéré, il faut remonter à l’été 2017.

Gérard Lopez, de la F1 au football

Sortant d’une expérience au dénouement malheureux en F1 avec l’écurie Lotus F1, Gérard Lopez, l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois, souhaite tenter sa chance dans le foot. Il entend que Margarita Louis-Dreyfus est à la quête d’un investisseur pour acheter l’OM. Fleurant le bon coup, la veuve de Robert Louis-Dreyfus tente de conclure l’affaire avec Lopez, mais se rétracte au dernier moment, peu rassurée par les garanties financières de ce dernier. Chat échaudé craint l’eau froide, Lopez décide de racheter quelques semaines plus tard le LOSC de Michel Seydoux. Dès lors, une organisation ambitieuse est mise en place : Marc Ingla prend place en tant que directeur général, Luis Campos, transfuge de Monaco, devient directeur sportif, et enfin Marcelo Bielsa, fort de son passage à Marseille, en tant qu’entraîneur avec pour objectif de viser l’Europe et concurrencer le Top 3 français, le PSG en tête. Prometteur sur le papier… uniquement.

La saison n’aura même pas commencé que les casseroles vont arriver : Le loft de Bielsa, mettant ainsi à l’écart les joueurs non désirés dans le groupe et priés d’aller se trouver un autre club durant le mercato estival ; le gros flot de joueurs achetés à tour de bras : Thiago Maia en tête de gondole, 20 ans et très prometteur d’après les médias brésiliens, mais aussi Kevin Malcuit, Edgar Ié, Fodé Ballo-Touré, Ezequiel Ponce en prêt de la Lazio Rome, Farès Bahlouli, ou encore Thiago Mendes, ça représente 65 millions d’euros d’achat pour … 20 millions d’euros de ventes ; les prises en grippe répétées de certains journalistes envers Bielsa en conférence de presse, dont une mémorable envers Hervé Weugue, journaliste RTL.

Sur le plan sportif, la mayonnaise avec Bielsa ne prend pas : les tests opérés par le tacticien argentin n’ont pas été concluants sur le terrain : Thiago Maia, milieu central, devient arrière gauche à la place de Ballo-Touré, pas au niveau selon l’Argentin ou encore Pépé qui finit exilé sur un coté alors qu’il est meilleur dans l’axe. Nicolas de Préville partira notamment juste après son match contre Angers à Bordeaux pour régler un problème de liquidités pour l’équilibre des comptes au sein du club. Le but de De Préville sera le dernier avant un très long moment, puisque s’en suivra une série de 7 matchs sans victoire pour le club nordiste, série qui aura raison de Bielsa, remercié et remplacé un temps par son adjoint, Joao Sacramento.

Capitaine d’un bateau qui tangue dangereusement vers les rochers d’une mer agitée, celle de la Ligue 2, Lopez a appris en novembre dernier qu’il est interdit bancaire et ne pourra pas recruter de nouveaux éléments au mercato d’hiver. Et comme si cela ne suffisait pas, l’équilibre des comptes n’étant toujours pas atteint (trop de dépenses, pas assez de recettes), la DNCG a soumis le club à une rétrogradation administrative avec sursis en Ligue 2 en janvier dernier. Cette dernière décision du gendarme financier du foot français sonne comme un dernier avertissement avant la sanction.

Galtier au secours d’un LOSC en flammes

Christophe Galtier, libre depuis la fin de son histoire avec Saint-Étienne, est arrivé en pompier de service au mercato hivernal avec pour mission de recoller les morceaux d’un club désorienté, lassé par les problèmes en interne et évoluant avec la peur au ventre sur le terrain. Oscillant entre victoires probantes et défaites cuisantes, le match contre Montpellier doit permettre au club de prendre des points au stade Pierre-Mauroy pour la course au maintien. Score final : 1-1 après avoir mené 1-0 pendant une partie du match. Trop, c’est trop, la coupe est pleine. Les supporters réclament avec véhémence la démission de Lopez.

A la lecture de tous ces faits, je me permets de vous dire qu’après la lecture de ce récit, vous vous êtes tous trompés de coupables. Avant de taper sur les supporters, tentez de comprendre pourquoi ceux-ci ont réalisé ce geste qui coûtera très cher au club sur les plans sportif et financier. En clair, on prend le risque d’achever à coup de batte de base-ball un homme déjà à terre et criblé de balles. Les supporters et les joueurs subissent les agissements d’une direction qui cherche en réalité à sauter dans la barque de secours, sauve qui peut, les femmes et les enfants d’abord. Lopez, ses promesses non tenues et sa mauvaise gestion financière ne sont pas loin d’avoir raison du club nordiste et de ses supporters… de la même manière que son passage en F1. Celui qui connaît l’homme et se souvient de son passage en F1 n’a pu que sentir à l’avance le coup fourré et la fausse bonne affaire. Si le contexte du club nordiste est intenable depuis des mois, il faut tout de même préciser (et appuyer) que la bagarre générale avec les joueurs est inadmissible. Voir des femmes et des enfants sur le terrain à l’assaut des joueurs est une image déplorable pour le foot français et le foot en général, et ceux qui ont été toucher aux joueurs doivent être sévèrement punis. Si le club veut se sauver, c’est ensemble, joueurs et supporters réunis. Les Caennais l’an dernier, ou encore les Parisiens présents sous l’ère Colony Capital seront d’accords avec moi. Les Français voient en cet envahissement de terrain un acte stupide et intolérable, journalistes et consultants en tête, là où je ne constate qu’un acte désespéré, un ras-le-bol général venant de supporters tristes pour leur club, ne savant plus quoi faire pour aider le club à retrouver ses couleurs.

Et maintenant ? 

Le club nordiste est en proie à de graves sanctions après ces agissements. Cela va de la lourde amende au retrait de points en passant par le huis clos partiel ou même total. De leur coté, si Ingla déjà condamné cet évènement qui nuit totalement au club, Galtier a nuancé en comprenant la tristesse des supporters tout en condamnant fermement la bagarre avec les joueurs, ressortis choqués du terrain. Enfin, après avoir appelé les supporters à s’unir avec le club, Lopez constaté ce soir à quel point ce fut un échec cuisant. tout comme son passage au LOSC.

A propos de l'auteur

23 ans et toutes mes dents, né avec une balle de tennis dans la main gauche, un gant de gardien de but dans la main droite et un moteur V6 à la place du cerveau, je mange du sport à grandes bouchées, H24 et 365 jours/an. Comme Elie Baup et sa casquette, je garde toujours mon chapeau sur la tête.

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