Roland-Garros : onze, impair et gagne pour Nadal

Porte d’Auteuil, Rafael Nadal vient de remporter en trois sets secs son onzième Roland-Garros contre Dominic Thiem (6-4 / 6-3 / 6-2). Une démonstration et un effondrement.

On savait que Rafael Nadal entrerait sur le Chatrier pour une onzième victoire à Roland Garros. On savait qu’on avait affaire à l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du tennis, le maitre intersidéral de la surface. On savait que tout désignait le majorquin comme le grand favori de cette finale contre celui qui ouvrait son compteur en Grand-Chelem.

Mais on se raccrochait à cette branche qui nous disait qu’il faudrait bien un jour que Nadal perde en finale de son Roland-Garros. Et que ça pourrait bien être contre celui qui l’avait fait flancher sur terre, le seul cette saison, Dominic Thiem. Restaient dans un coin de la tête la première partie cauchemardesque du match de Rafa contre Schwartzman et l’arrivée providentielle d’une pluie bénie de l’Espagnol ; le parcours tranquille de l’Autrichien, défaisant un Zverev élimé et un Cecchinato hypé. Et beaucoup abordaient cette finale avec l’espoir qu’elle serait disputée, arrachée par l’un ou l’autre au terme de rebondissements improbables, de coups inimaginables.

Mais on n’est pas une légende du sport par hasard, et disputer sa 24è finale de Grand-Chelem vous confère une assurance sans pareille. Rafael Nadal le sait, et il vient de coller 6-4 / 6-3 / 6-2 à Dominic Thiem et remporte son onzième tournoi de Roland-Garros.

Le choix des armes…

Dominic Thiem se savait condamner à l’exploit de contrer le lift monstrueux de Nadal en se plaçant le plus près possible de sa ligne, de ne jamais faire (ou presque) de coups moyens mais de maintenir une pression constante sur l’Espagnol, en lui laissant le moins de temps possible pour s’organiser. Et il l’a fait pendant 7 jeux dans le premier set au cours duquel il a dû remonter 2 jeux perdus d’entrée. Son lift sur le revers de Rafa gênait le majorquin, et son service lui offrait quelques points faciles. Mais au moment de servir à 5-4, et de conclure un premier point d’une volée dans ses cordes, Thiem a vacillé. A-t-il pensé à ce qui était en train de se jouer ? S’est-il vu réussir cette volée, gagner ce point ? La balle est restée dans le filet, comme les trois suivantes. Jeu blanc Nadal, 6-4.

… Ou celui des larmes

Plus rien ne sera comme avant, l’agressivité que mettait Thiem se retourne alors contre lui, il se parle de plus en plus, s’invective. Nadal le sent, sert le jeu, ne laisse passer aucune occasion et surtout pas celle de mener 3-0 dans la deuxième manche. Dominic Thiem ne s’en relèvera jamais tout à fait, reculera de plus en plus, subissant l’effet du lift de Nadal sur son revers à une main comme avant lui Federer ou Wawrinka en finale. L’Espagnol le contraint à des courses qui lui font perdre en lucidité et rater de plus en plus de coups. Et ça aussi on le savait, dans l’art de faire déjouer ses adversaires et de demander toujours un coup de plus, Nadal est la référence. 6-3 donc, puis 6-2. Merci, onzième titre, aurevoir.

Finalement cette finale laisse une sensation bizarre comme toute cette quinzaine. De ses onze RG, celui-ci est peut-être celui où l’Espagnol semblait le plus prenable, celui où la concurrence semblait la plus dangereuse (après celle de Novak Djokovic en 2012) tant les qualités terriennes de Thiem s’étaient confirmées. Mais la maitrise de Nadal, la jeunesse relative de Thiem dans ce genre d’événement ne l’entendaient pas de cette oreille. Dominic Thiem gagnera Roland-Garros un jour, ça semble écrit. Contre qui ? Des grognards du Big 4 historique, l’Espagnol reste le seul en mesure aujourd’hui d’atteindre ce stade de la compétition Porte d’Auteuil et sera, sauf pépin physique, le favori en 2019. Dans le top 10 actuel, Thiem semble sans concurrence sur l’ocre. Il devra devenir sans pitié, comme Rafa avant lui.

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