Vie et gloire du Sarrismo

 

En place sur le banc du Napoli depuis 2015, Maurizio Sarri s’est offert, avec ses troupes, la plus belle victoire de son mandat dimanche soir sur la pelouse de la Juventus Turin (0-1). Une victoire qui, au-delà de relancer complètement les Azzuri dans la course au titre, bouscule les perspectives aussi bien stratégiques qu’en terme d’image.

Gagner une bataille…et la guerre ?

Sur un plan purement comptable, le but au buzzer inscrit par Kalidou Koulibaly vaut évidemment de l’or. Jamais le Napoli n’a été, durant ces trois saisons sous l’égide de Sarri, aussi près du sacre national que le peuple napolitain attend depuis si longtemps. Revenu à un point du club du Piémont, les coéquipiers d’un Lorenzo Insigne monstrueux d’abnégation et de talent ce dimanche peuvent se mettre à rêver, notamment au vu de la dynamique et du calendrier à venir. Car si le Napoli devra faire preuve de sérieux pour se débarrasser de la Fiorentina, du Torino, de la Sampdoria et de Crotone, les Bianconeri doivent faire face à un calendrier démentiel qui les fera se déplacer à l’Inter et à la Roma, entrecoupé des réceptions de Bologne et de l’Hellas Vérone. Un sprint final qui s’annonce suffoquant, d’autant que les joueurs de la Juve semblent sur les rotules. Révélateur, l’écroulement physique des joueurs lors de la fin de la rencontre dimanche, victimes d’un système de rotation parfois hasardeux imposé par Max Allegri, et du choix de la titularisation de joueurs comme Blaise Matuidi, Benedikt Howedes ou Douglas Costa qui ont été dépassés face à la furia napolitaine.

Plus encore, cette victoire vient valider l’immense travail effectué par Sarri depuis 3 ans. Souvent décrié comme une équipe de beaux loosers, ce Napoli a affiché une capacité qu’elle a notamment développé cette saison, à savoir cette capacité à conserver sang-froid, sérénité et confiance dans la merveille de modèle de jeu mis en place par le staff technique. Inefficaces dans la surface de réparation turinoise pendant tout le match malgré une domination écrasante (aucun tir cadré pour la Juventus), les Partonopei ont joué de patience pour au final l’emporter cyniquement sur coup de pied arrêté à l’entrée du temps additionnel. Cette maîtrise émotionnelle, qui peut trouver explication dans l’immense confiance tissée d’un collectif qui se connaît par cœur, est symbole que ce Napoli, et plus particulièrement Maurizio Sarri, possède encore une marge de manœuvre pour emmener cette équipe encore plus haut.

Une victoire idéologique.

Est-ce excessif de dire que c’est un juste retour de choses ? Peut-être. La notion de mérite n’existe pas dans le football, notamment dans le monde professionnel. Mais ce Napoli a quelque chose d’exceptionnel que très peu d’équipes peuvent se targuer de vraiment posséder : un collectif soudé qui maîtrise ses préceptes de jeu sur le bout des crampons. N’est-ce pas là un objectif atteint lorsque l’on pratique un sport collectif ? S’il y’a bien un mot qui décrit cette équipe de Naples, c’est bien la compétence. Compétence d’un staff technique emmené par un chef d’orchestre qui propose non seulement le jeu le plus agréable et spectaculaire d’Europe, mais aussi un formidable entraîneur dans le sens le plus littéral du terme : quelqu’il soit, chaque joueur passé entre les mains de Maurizio Sarri a affiché une progression exponentielle, tous postes confondus. La prestation XXL de Mario Rui et d’Elseid Hysaj ce dimanche sont deux exemples parmi tant d’autres, après les plus fameux comme le replacement de Dries Mertens en pointe ou le niveau stratosphérique atteint par un Kalidou Koulibaly qui titille depuis deux ans les meilleurs au poste de défenseur central. Chaque joueur connaît son rôle et le joue à la perfection pour l’équipe malgré ses limites supposées, en échange de quoi il est placé dans les meilleures dispositions pour briller. Ce qui explique pourquoi une équipe intrinsèquement inférieure, où en méforme comme a pu l’être la Juventus ce dimanche, souffre le martyr face aux vagues azzuris.

Épiphénomène…ou avenir tout tracé ?

Seulement, cette victoire face à cette Juventus n’impacte pas juste les perspectives à court terme. Dans un mois, le Napoli sera peut-être champion d’Italie, ou deuxième comme la saison dernière. Mais cette victoire de prestige valide un processus en marche et qui s’annonce prometteur, à condition d’y mettre les formes. En effet, le mercato d’été sera un tournant dans la progression de cette équipe ; car si Sarri préfère une stabilité d’effectif, certains postes et surtout la profondeur d’effectif doit être revus pour permettre à Allan et consorts de jouer sur tous les tableaux, notamment européen, ce qui n’a jamais été vraiment le cas depuis l’arrivée de Sarri (à nuancer cependant sur certains aspects), et propulser le club dans la caste des dominants, et non plus des éternels outsiders. Un mercato auquel doit s’ajouter l’éclosion des jeunes loups attendus depuis deux ou trois saisons, à l’instar des Zielinski, Diawara et autres Rog, qui devront se découvrir et montrer qu’ils méritent une vraie place de titulaire dans ce Napoli, en attendant à terme le développement d’Adam Ounas ou de Gianluca Gaetano, pépite du centre de formation. De riches perspectives d’avenir que le club de Campanie doit continuer à alimenter en perpétuant sa méthode de recrutement de joueurs bien ciblés à des prix défiant souvent toute concurrence, tout en essayant de conserver ses meilleurs éléments…ce qui ne sera pas chose facile, tant les convoitises affluent, la dernière étant l’intérêt prononcé du Bayern Munich pour Elseid Hysaj.

Un projet ficelé, un jeu léché et des joueurs en constant développement. Voilà la recette du Napoli depuis l’arrivée de Maurizio Sarri, et qui fait le bonheur des amateurs de football. Seulement, à l’instar d’un Borussia Dortmund proposant il y’a quelques années un plan similaire, et qui après un petit grain de sable a perdu de sa superbe aujourd’hui, chaque détail doit être affiné afin de remettre ce magnifique club à la place qu’il mérite : au sommet du football européen.

A propos de l'auteur

Penseur éclairé sur la tectonique des plaques footballistiques. ADN Bielsista, esprit Sarriste et coeur jaune et bleu. Djoko for ever et n'oubliez pas que Klay Thompson est le vrai GOAT.

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