A Stuttgart, Karolina Pliskova est devenue patiente sur terre battue

Karolina Pliskova (6ème WTA) a remporté dimanche dernier le tournoi WTA de Stuttgart en deux sets (7/6(2) 6/4) face à l’Américaine CoCo Vandeweghe (13ème WTA). Un tournoi sur une surface que la Tchèque n’a pourtant que très peu affectionné tout au long de sa carrière : la terre battue. Décryptage de l’évolution d’une joueuse sur les 3 dernières années ne sachant à l’origine pas glisser sur terre.

Tout d’abord, Karolina Pliskova (6ème WTA), c’est un physique particulier. Grande (1,86m), puissante coté coup droit, mais surtout excellente serveuse, la longiligne Tchèque est surnommée sur le circuit “Ace Princess”. L’ex-n°1 mondiale est connue pour servir où elle veut dans le carré de service de son adversaire sans trembler ni forcer. Il n’y a qu’à constater le nombre d’aces par match dépassant régulièrement la dizaine d’unités. Mais Karolina Pliskova, c’est aussi un centre de gravité très haut. A l’image de Kristina Mladenovic ou de Maria Sharapova à ses débuts, la Slave a énormément de mal à l’abaisser lorsqu’elle est en difficulté dans l’échange où lors d’une course vers l’avant sur une surface aussi exigeante que la terre battue. Cette dernière demande une patience dans l’échange que l’actuelle n°6 mondiale n’avait pas… jusqu’à présent.

Pliskova rigide sur ses jambes, acte I

Avant 2017, Pliskova comptait uniquement sur son service pour prendre l’ascendant dès le départ dans l’échange. Ses frappes, en coup droit comme en revers, se réalisaient uniquement à plat et avec le haut du corps, principalement avec le bras, et laissant ses jambes rigides. Cela donnait des trajectoires de balle profondes, mais aussi d’énormes prises de risque voire des fautes directes par wagons entiers à mesure que l’échange durait. A tel point qu’elle semblait vouloir se débarrasser de la balle sans savoir quoi faire, ni quelles zones aller chercher pour abréger l’échange et le prendre à son compte. Si ça coinçait au niveau de la première balle, l’agression au retour était systématique, et cela devenait difficile voire impossible pour elle à retourner correctement. Face à une joueuse plus petite et plus mobile, mais aussi plus réfléchie dans l’échange comme Anastasija Sevastova (16ème WTA, All-around player), par exemple, ça n’était pas passé au deuxième tour du tournoi de Madrid en 2017 (NDLR : défaite 6/3 6/3).

Pliskova agressive et entreprenante, acte II

Un déclic a eu lieu sur le tournoi suivant, à Rome. Ses progrès dans ses déplacements ont été observés face à Elina Svitolina (NDLR : 6ème WTA en 2017, défaite 6/2 7/6(9)), mais aussi et surtout à Roland-Garros. Avant l’édition 2017 du tournoi parisien, Pliskova, c’était une collection d’éliminations prématurées au 1er et 2nd tour depuis 2012. Devenue plus agressive dans l’échange, la grande Tchèque était montée plus souvent au filet conclure des échanges de plus en plus courts. Jouant à l’origine à 2-3m derrière sa ligne, elle était aussi parvenue à se rapprocher, tenir et coller sa ligne sur chaque échange et à chaque phase de jeu. Cela plongeait son adversaire dans l’urgence constante sous peine d’être punie dès le coup suivant. Une fois le premier coup d’attaque frappé après son service dans le court, elle avait réussi à prendre 8 fois sur 10 l’initiative de suite en plaçant la balle où elle veut. Abréger l’échange en étant plus patiente, un tactique paradoxale mais payante pour la Tchèque, qui s’était hissée jusqu’en demi-finale. S’inclinant contre la future finaliste et spécialiste absolue de la surface, Simona Halep (1ère WTA en 2017), Pliskova a joué plus loin derrière sa ligne et n’a pas trouvé de solution tactique pour surprendre la Roumaine et ses balles cotonneuses. Jouer face à une adversaire qui a réponse à tout sur le court, on en a tous horreur, et l’actuelle 6ème mondiale encore plus. Cela ne l’a pas empêchée de livrer une superbe bataille au-dessus de ses propres espérances (NDLR : défaite en trois sets 6/4 3/6 6/3).

https://www.youtube.com/watch?v=bXZotufWwno

Pliskova patiente et accrocheuse, acte III

Retour en 2018 sur le premier grand rendez-vous sur terre battue de la saison : le tournoi de Stuttgart. Pliskova a encore plus surpris son monde en étant encore plus agressive et proche de sa ligne : contre Jelena Ostapenko (5ème WTA) en 1/2 finale, mais aussi contre la finaliste CoCo Vandeweghe (13ème WTA), au profil de jeu similaire au sien, elle a enfin accepté le combat de fond de court qu’impose cette surface. La Tchèque a rendu les trajectoires de ses balles imprévisibles et beaucoup plus arrondies qu’avant en cherchant le contrepied à chaque occasion de prendre l’avantage. Cette variation de frappe lui était bienvenue tout au long de la semaine, là où elle fautait très souvent auparavant à cause de ses grandes frappes à plat. Résultat, la native de Louny a non seulement collé sa ligne, mais est surtout devenue patiente en attaque et accrocheuse en défense, laissant l’Américaine parfois sans solution malgré ses puissantes et lourdes frappes.

Si beaucoup ne pensaient pas voir une joueuse comme Karolina Pliskova, grande et longiligne serveuse, remporter un tournoi sur terre battue, il est indéniable que la progression de Pliskova sur terre est significative, quoiqu’en pensent ses détracteurs. De là à en faire une joueuse dangereuse à Roland-Garros… on n’en est pas loin, surtout si elle conserve cette tactique très agressive, en plus de son service dévastateur.

A propos de l'auteur

23 ans et toutes mes dents, né avec une balle de tennis dans la main gauche, un gant de gardien de but dans la main droite et un moteur V6 à la place du cerveau, je mange du sport à grandes bouchées, H24 et 365 jours/an. Comme Elie Baup et sa casquette, je garde toujours mon chapeau sur la tête.

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