Bury FC (D3) est expulsé de la Ligue Anglaise pour problèmes financiers, un phénomène qui devient régulier dans le monde pro….

Des larmes, de la tristesse, de la nostalgie. Des joueurs, des salariés, des supporters, une ville entière. Le verdict fut rendu pour le Bury FC, pensionnaire de League One (D3). Faute de trouver un repreneur, le club est exclu de l’EFL (équivalent de la LFP en France), et du monde professionnel. Et le pire est à craindre…

Un club historique du football anglais

Bury est une ville basée dans le Lancashire, au Nord de Manchester. Dans sa zone géographique, on retrouve plusieurs clubs évoluant à un niveau professionnel, que ce soit en League One et League Two (Oldham, Rochdale et Bolton), en Championship ou en Premier League (Les deux clubs de Manchester, Huddersfield et Wigan) et d’ancienne gloire du football anglais aujourd’hui en train de végéter dans les divisions semi-pros (Stockport). Le stade du club local est l’éternel Gigg Lane, utilisé depuis la création du club.

Le Bury FC est un club de football fondé en 1885. Il compte 125 années de professionnalisme consécutives en Angleterre, étant un des clubs les plus anciens du monde pro. Ils sont devancés de peu par les clubs de Notthingham. Leur âge d’or fut dans la période d’avant-guerre, entre 1894 et 1912. Le club, après avoir battu Liverpool en barrages de promotion en 1894, va entamer 19 ans dans l’élite anglais. Pendant cette période, le club va même remporter deux FA Cup en détenant depuis 116 ans le record du score le plus large dans une finale avec une victoire 6-0 sur Derby County. Ils n’ont pas rejoué en First Division depuis 1929 et leur relégation en deuxième division.

Par la suite, le club va enchaîner plusieurs années dans l’actuelle Championship avant de commencer à sombrer et descendre en quatrième division en 1972. Dès lors, le club va jongler entre la troisième et la quatrième division. Ils réussiront à revenir deux ans en Championship dans la fin des années 90 et recommencer leur ascenseur permanent.

Parmi les grands noms du club, on peut compter Neville Southall. Le portier gallois, légende d’Everton, a été lancé dans le monde professionnel par Bury qui l’avait acheté à son club de Windsor en 1980 pour… 6000 pounds ! Un autre international, anglais cette fois-ci, Colin Bell. La légende de Manchester City dans les années 70, international anglais, a été formé à Bury. On peut également parler de Norman Bullock, qui aura tout connu de l’âge d’or du club, ou encore Craig Madden, le buteur maison des années 80.

Pour autant, le club de Bury était connu pour être une équipe familiale, sans prétention, où des supporters se retrouvaient pour passer du temps ensemble. Certaines personnes y ont consacré leur vie, et cela se fait de plus en plus rare de nos jours.

Les conséquences de la descente aux enfers

En décembre 2018, un homme d’affaires anglais, Steve Dale, décide de racheter le club. Cependant, le club était déjà enclin à des difficultés financières. En février dernier, le club a dû faire face à des taxes importantes de la part de l’Etat britannique et cela a impacté les finances du club. En avril, certains salariés du club et joueurs annoncent n’avoir reçu aucun salaire en mars.

Le 10 avril, l’ancien manager du club, Chris Brass, prétendant être le créancier du club, a déposé une requête en liquidation pour pouvoir être entendu par la Haute Cour de Justice. Cependant, elle ne sera étudiée qu’après la fin de la saison, pour le bien des joueurs. Les joueurs qui d’ailleurs, ont pu terminer la saison troisième et remonter en League One.

Fin avril, les salaires manquants montent à 1,6M de livres. Le club est dans une situation exécrable. Cependant, Steve Dale décide de lancer un contrat empêchant aux créanciers du club de poursuivre en justice Bury (CVA), mais en s’engageant à payer une partie des dettes sur au moins un an. Le club s’engage donc à enfreindre le règlement et prendre 12 points de pénalité pour leur nouvelle saison. Tout en ayant perdu la plupart du staff et une quinzaine de joueurs.

Fin juillet, l’EFL annonce douter de la viabilité financière de la CVA et décide de demander des preuves. Le 9 août, la ligue décide de donner deux semaines à Bury pour trouver un repreneur. Steve Dale écarte toutes les propositions à la suite. Le 20 août, le club reçoit une offre qui aurait pu sauver le club, mais Dale préfère la refuser, estimant pouvoir obtenir mieux. Les personnalités politiques du Grand Manchester demandent à la Ligue d’étendre la deadline avant l’expulsion, suite à une offre de la société C&N Sporting Risk. Elle est acceptée et le délai est repoussé au 27 août à 18h heure locale. Une heure avant la fin, la société repreneuse annonce la fin des négociations. Steve Dale a provoqué la chute aux enfers de Bury, et l’emmène avec lui dans la tombe. Hier soir, à 23h, l’EFL annonce que le club est exclu de l’EFL…

Ni le premier, ni le dernier dans le monde pro

Bury est désormais le dernier club en date à sombrer pour des raisons financières et de mauvaise gestion. Il pourrait être rejoint par un autre club de sa division, Bolton, ancien club de Nicolas Anelka, qui évoluait encore en Premier League il y a de cela sept ans. L’EFL a annoncé leur donner 15 jours pour trouver des financements, sous peine de connaitre le même sort.

Le dernier club en Angleterre à avoir été exclu de l’EFL fut Maidstone United en 1992. Le club fut dissous ensuite et recrée sous le même nom. Le club est reparti de très bas pour effectuer une remontée aux portes du monde professionnel en Football League (D5). Ils viennent de finir derniers du championnat et évoluent en National League South (D6). La même année, le club d’Aldershot connut le même sort. Le club fut reformé et a pu évoluer quelques années en professionnel. Le club évolue depuis six ans en National League (D5).

En France, un club connut le même sort il y a de cela deux ans. Le SC Bastia, enclin à de lourds problèmes financiers, fut exclu de la Ligue de Football Professionnel. Alors au départ relégué de Ligue 1, le club dut repartir de National 3. Ils viennent de remporter la division en mai dernier et évoluent en National 2.

En Italie, le club de Pro Piacenza, qui était en banqueroute, a été exclu de la Serie C après une défaite historique 20-0 face à Cuneo. Neuf joueurs étaient inscrits sur la feuille de match.

En Suisse, c’est l’AC Bellinzone qui a été obligé de dissoudre le club en 2013 après avoir fait faillite. Depuis, le club a été reformé et évolue en troisième division.

Des dirigeants incompétents à la tête d’équipes

On pourrait énumérer beaucoup plus de clubs, mais la liste est tellement longue qu’il faudrait toute la nuit pour la recenser. Le fait est qu’aujourd’hui, beaucoup trop de clubs sont victimes de problèmes financiers, et la plupart ne s’en sortent pas. Tous les ans en France, des équipes de National sont obligées de déposer le bilan et repartir plus bas faute de moyens et de stabilité financière. En Angleterre, des clubs comme Porthsmouth ont frôlé la banqueroute. Et de plus en plus, les situations alarmantes sont soit laissées dans l’oubli, soit personne ne décide d’agir. On l’a très bien vu à Sochaux, qui pendant cinq ans, Wing Sang Li, connu pour être un fraudeur fiscal, a racheté le club, et n’a pu assurer une bonne santé financière au club, qui va devoir en payer les frais sur les prochaines années encore.

On laisse les dirigeants de club effectuer comme bon leur semblent tous les scrupules possibles. Prétextant posséder le bien, ils agissent dans leur intérêt personnel plutôt que dans celui des autres. Je ne comprends pas comment aujourd’hui, on n’oblige pas les dirigeants de clubs en difficultés financières à devoir laisser la gestion à des hommes de main pour éviter des situations comme à Bury, où par avidité et cupidité, désirent toujours plus et sont loin de la réalité qui leur pointe le bout du nez.

Les dirigeants négligent l’aspect social du football

Si le football dépasse les limites du sport, c’est par sa capacité à faire vivre toutes les émotions possibles, contester, dénoncer, se réfugier pour oublier les problèmes du quotidien. Le football a déclenché des guerres (entre le Salvador et le Honduras), a apporté la paix (Chili, Brésil), fut un outil de protestation (Pinochet, Franco, etc). le football permet à tout le monde de se retrouver pour une raison commune : la joie de voir un match, une équipe, ou aller au stade en famille, entre amis. Le football possède une dimension sociale qui dépasse les frontières du sport. Ce n’est pas seulement taper dans un ballon, c’est aussi un caractère social et une classification. Une manière de stigmatiser ou de sortir de son quotidien. Mais non, ce n’est pas dans la tête de certains. Aujourd’hui, la politique et les actionnaires oublient tout cela car cela ne concerne pas l’aspect évènementiel (politique) ou l’aspect financier (actionnaires). Dans le monde d’aujourd’hui où le football professionnel change de valeurs au fur et à mesure des années, avec les retombées médiatiques et économiques qui grandissent avec leur temps, cela profite à tous, mais pas de la même manière. C’est pourquoi Bury n’est ni la première, ni la dernière victime…

Personnellement, Bury était un club que je suivais depuis des années. À mon jeune âge, je le découvrais grâce aux jeux vidéo, puis suivi de près ou de loin leur performance. Après avoir découvert l’engouement derrière ce club, j’ai compris les valeurs populaires qu’il apportait à toutes les générations Bury était une passion qui se transmettait de génération en génération. Et ce sera compliqué de reproduire cela désormais.

Aujourd’hui le football anglais perd un fief de son histoire dans l’oubli total. Le football d’aujourd’hui ne possède que deux faiblesses : les hommes avides et l’argent. Rest in Peace, Bury Football Club…

Crédit photo : BBC

A propos de l'auteur

Rédacteur football, basket, eSport pour We Sport FR et chroniqueur radio pour l'émission Soyons Sports à Shalom Besançon. Fan du FC Sochaux depuis qu'un certain Teddy Richert a fait des merveilles en finale de Coupe de France 2007.

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