Ça m’énerve… Les gens qui ne s’énervent jamais au tennis !

Parmi les innombrables spécimens qu’il m’ait été donné de croiser sur un terrain de tennis, il en est un – certes rarissime – qui m’a déstabilisé plus qu’aucun autre : celui qui ne s’énerve jamais. Et quand je dis jamais, c’est jamais !

Le mec, tu peux lui sortir un vieux let moisi à 4-4 au 3è set, il va se replacer tranquillement sur sa ligne de fond de court, sans piper mot, là où toi dans pareille situation, tu aurais déjà – a minima – balancé un grand coup de savate dans la bouteille d’eau posée à côté de ton banc, en proférant à haute voix des insinuations plus que limite sur la vie conjugale apparemment compliquée de ton adversaire. Lui, rien !

Aucune émotion apparente, ni positive, ni négative. L’encéphalogramme d’un bulot en pleine sieste. Plat comme un sein à Jane Birkin. Toutes les peaux de banane que tu tentes de lui glisser au fil du match semblent avoir autant d’emprise sur lui que les grimaces des touristes sur le flegme légendaire des Gardes de la Reine devant le palais de Buckingham.

Disons-le honnêtement, ce genre d’adversaire, c’est juste pas possible. Partant du principe que le tennis est un dialogue émotionnel, et ben, c’est un peu comme si tu te retrouvais à devoir faire la conversation à un mort. Or un mort, comme dirait l’autre, c’est chiant, ça n’a aucune conversation ! Face à ce mec, tu peux avoir la satisfaction de frapper un joli coup, mais jamais cette indicible jubilation qui s’offre à toi au moment où tu fais fissurer ton adversaire, ni de voir sa gueule de con déconfite au moment où tu gagnes. En gros, c’est quasiment tout l’intérêt du match qui disparaît.

Les deux ou trois fois où j’ai rencontré ce genre d’extraterrestre, je n’ai pas su gérer. Je me suis moi-même éteint. Un match sans vie, pour moi, c’est un plat sans sel. C’est fade. Je finis même pas mon assiette… Surtout, je me suis toujours demandé : qui sont ces mecs-là ? Quels sont leurs projets ? Que peut-on avoir traversé comme épreuve dans la vie pour en arriver à ne pas ressentir le besoin de hurler le moindre « putain de bordel de la race de sa grand-mère de merde ! » après un coup droit dans le filet sur balle de break ? Sont-ce des enfants battus ? Des mentalistes ? Des Asperger ? Des bouddhistes ? Ou juste des enculés de pervers manipulateurs ?

En écrivant ces lignes me revient à l’esprit cette phrase mythique prononcée un jour par un pote de club, du genre hyper nerveux pour sa part, et tombé ce jour-là face à un mec de ce style, qui l’avait fait dégoupiller à grands coups de rondelles décochées depuis la ligne de fond de court avec une nonchalance n’ayant d’égale que sa régularité et son charisme d’huître. Ah oui (je fais une parenthèse), j’ai pas précisé, mais ces mecs-là ont toujours un charisme d’huître, ce sont d’ailleurs généralement les seuls à jouer avec des tenues Intersport voire des raquettes Artengo. Souvent, c’est même à ça qu’on les reconnaît.

Bref, sentant la défaite poindre, et alors qu’il allait ramasser une balle près du grillage du fond de court derrière lequel était assise la copine de son bourreau, mon pote avait prononcé à voix haute cette sentence emplie de classe et de fair-play : « S’il est aussi mou au lit que sur un terrain de tennis, je plains sa copine… » Je n’ai jamais osé replacer cette réplique cultissime, mais je crois que personne n’a jamais mieux résumé ce que je ressens, moi aussi, face à ces mecs qui ne s’énervent jamais sur un terrain de tennis…

A propos de l'auteur

On rit de moi, on rit de vous, on rit de tout, parce qu'au fond, le tennis n'est qu'une vaste blague...

Commentaires

  • Avatar
    Souti
    17 mars 2019

    Je suis pas très loin d’être dans ce cas et je vais te dire mon avis.
    D’abord s’en prendre à l’adversaire est en général la limite qu’il ne faut pas franchir. Plusieurs fois j’ai calmé les ardeurs des gars sans aucun self contrôle soit parce qu’ils continuaient de râler pendant mon geste de service soit ils m’envoyaient des balles tendues pour me relancer les balles.

    Ensuite dans mon cas ça bouillonne à l’intérieur mais l’éducation et le respect de l’adversaire et de mon image aussi m’empêche de balancer à la volée que c’est juste un connard dont l’égo dépasse largement le talent.
    Ceci dit les gars qui s’énervent tout seul dans leur coin ne me fait ni chaud ni froid voire cela donne un certain plaisir sadique à les voir fissurer tout seul parce qu’ils n’ont aucune maitrise de soi.

    Je dois être dans la case pervers manipulateurs quand je vois ce qui énerve l’autre je ne me priverais pas.

    Ce que je dis à ceux que je connais mieux et qui s’énervent : La colère c’est ton orgueil qui dépasse ton talent.

    Au plaisir de te lire 😉

  • Avatar
    Ar men
    17 mars 2019

    Je me reconnais bien dans la réaction de ton pote de club. 😎
    Je ne sais pas s’il faut se remettre en question et regretter un manque de maîtrise personnel…….mais punaise que ça fait du bien ! Moi, plus le mec reste de marbre et ne montre aucune émotion et plus je me lache. 😁

  • tennisman de merde
    tennisman de merde
    17 mars 2019

    Salut Souti, merci pour ton commentaire.

    Bon avant toute chose je precise que cet article est à prendre au 3ème degré hein 😉 !!

    Sinon pour ma part je suis du genre à m’énerver mais toujours contre moi-même, j’essaie de faire en sorte que ça ne gêne pas l’adversaire.

    Je nuancerai ta dernière phrase. “La colère c’est l’orgueil qui dépasse ton talent.” Je dirais que la colère survient quand il y a dissociation entre ce que veut ton cerveau et ce qu’il met en œuvre pour y parvenir. Une sorte de sisson avec toi même quoi. Bon évidement si tu es classé 15/3 et que tu veux gagner Roland’ Garros là oui ton orgueil dépasse ton talent ! Mais parfois on est simplement en colère de ne pas parvenir à accomplir un objectif tout à fait à sa portée, par manque d’application, de concentration ou excès de stress. La colère peut alors aider à se remettre dans le droit chemin, ce qu’on appelle une colère saine.

    Dans mon cas, sauf les rares jours de grâce, il m’est impossible de bien jouer sans me faire une petite piqûre de rappel colérique par ci par là. Raison pour laquelle je ne comprends pas ceux qui n’en éprouve jamais le besoin!

    Mais evidemment j’aimerais être calme comme Björn Borg sur un terrain. Ça m’est juste impossible…

    Bonne soirée !

    • Avatar
      Souti
      24 mars 2019

      J’ai bien compris mais j’avais envie de m’énerver contre ceux qui s’énervent 😉

  • Pingback: Tennisman de merde —
    27 avril 2019

Poster un commentaire

felis odio libero. pulvinar risus. id Aliquam dictum mattis Praesent neque. quis