Coupe Davis : Clap de fin pour Noah et les siens

Défaits par la Croatie à Lille, Yannick Noah et l’équipe de France de Coupe Davis ont refermé une partie de leur histoire (commune) ce week-end. Pendant ses trois ans à la tête du bateau Bleu, « Capitaine Noah » aura ramené la France au sommet avec notamment un titre en 2017 et donc une finale cette saison. Après deux premiers mandats auréolés de deux titres, retour sur les grands moments qui ont marqué l’ère Noah III.

 

Noah, une philosophie bien à lui

On le sait, Yannick Noah est unique. Nous avions et avons pu le voir à de multiples reprises. Il l’avait annoncé dès son retour, personne n’aurait de passe-droit, et tout le monde devrait faire ses preuves pour gagner sa place dans le groupe.

Sa première sortie est pour le moins originale. Une rencontre sur terre-battue en Guadeloupe, rien que ça. Tsonga, Simon, Monfils, Gasquet, tous les « nouveaux Mousquetaires » (bien que ce surnom ait souvent été discuté) sont là. Une rencontre qui sera gagné très (trop) facilement par les Bleus, face à un Canada privé de Milos Raonic. Ce forfait du numéro 1 adverse sera d’ailleurs le premier d’une longue série pendant ces trois années (la France aura respectivement joué la République Tchèque, la Grande-Bretagne, la Serbie, le Japon et l’Espagne sans Berdych, Murray, Djokovic, Nishikori et Nadal). Gaël Monfils et Gilles Simon sont alignés en simple, alors que le capitaine choisi de s’appuyer sur la paire Gasquet/Tsonga, déjà plusieurs fois expérimentée par ses prédécesseurs, en double.

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Crédit photo : Le Parisien

Par la suite, Yannick Noah constituera peu à peu son groupe. Il fera de Lucas Pouille et Jo-Wilfried Tsonga ses leaders de simple, et de Herbert/Mahut sa paire de double principale. La richesse du tennis français lui permettra d’avoir des alternatives de qualités, avec des joueurs tels que Richard Gasquet ou Jérémy Chardy en simple, ou encore Julien Benneteau en double, par exemple. Il privilégiera toujours la dynamique positive de groupe, parfois même au gré des performances purement individuelles.

 

La Croatie et Marin Cilic comme seuls accrocs

11 rencontres, 9 victoires, 2 défaites. Tel est le bilan de Yannick Noah depuis qu’il a repris l’équipe de France de Coupe Davis début 2016. Le point commun entre ses deux seules défaites ? L’adversaire. En effet, seul la nation croate aura réussi à lui barrer la route, par deux fois. Tout d’abord, en 2016, à Zadar. Après une victoire en Guadeloupe face au Canada puis à Trinec face aux Tchèques, les Français se déplacent donc au fin fond de la Croatie pour tenter de se qualifier pour la finale. L’avant-match est marqué par différents incidents en interne. Parmi eux, le cas Gael Monfils. Le Parisien, demi-finaliste à l’US Open quelques semaines plus tôt, est semble-t-il blessé. Il déclare ainsi forfait à quelques heures de la rencontre, alors que son capitaine comptait en faire son leader. Ce dernier lui reproche alors de ne pas se comporter en professionnel. Cet événement va changer la physionomie de cette demi-finale, et même de la suite du mandat Noah. Gaël Monfils ne reviendra plus en équipe de France.


Appelé de dernière minute, Richard Gasquet assume malgré tout son rôle de numéro 1 en balayant le jeune Borna Coric. Marin Cilic ramène ensuite la Croatie à un point partout après sa victoire face à Lucas Pouille. Noah fait alors le pari de lancer la paire Herbert/Mahut, performante depuis plusieurs mois mais avec seulement une sélection en équipe de France ensemble avant ce week-end (une victoire laborieuse en quarts de finale). Ce double pourrait assurément être le tournant de la rencontre. Malheureusement, les deux compères ratent leur match et sont battus par la paire CIlic/Dodig. Le dimanche, Richard Gasquet ne réussira pas à créer l’exploit face à un Cilic victorieux de ses trois matchs du week-end. La France est battue, et éliminée (3-1).

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Crédit photo : francetv sport

Ce week-end de 2018, même score, donc. Pour ce qui s’annonçait être un clap de fin à bien plus d’un titre, les Bleus sont pour la deuxième fois en trois ans tombés sur un os nommé Marin Cilic. Le 7ème joueur mondial a de nouveau fait très mal à la patrie française. Après la facile victoire de Borna Coric sur Jérémy Chardy, le numéro 1 croate a profité d’un Jo-Wilfried Tsonga à court de forme. Malgré la victoire du double le samedi, qui a redonné espoir à tout un peuple, Cilic est de nouveau venu briser le rêve. Comme en 2016, il avait l’occasion de boucler la rencontre lors du 4ème match. Et comme en 2016, il n’a pas tremblé pour s’imposer en trois sets, cette fois-ci face à Lucas Pouille (7-6/6-3/6-3). Beaucoup trop solide pour nos Bleus à Lille, le géant croate décroche son deuxième grand titre après l’US Open 2014, et c’est mérité.

 

France – Belgique 2017, l’aboutissement

Les finales perdues face à la Russie (2002), la Serbie (2010), la Suisse (2014), la défaite face aux Américains (2012), en Argentine (2013) ou encore en Angleterre (2015), tels étaient les mauvais souvenirs récents de l’équipe de France en Coupe Davis, du moins depuis son dernier titre dans l’épreuve. Pendant plus d’une décennie, les Richard Gasquet, Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils et autres vont tenter sans relâche de remporter cette compétition. L’implication des meilleurs joueurs français dans l’épreuve est incontestable, mais ne paye pas.

En ce mois de novembre 2017, c’est donc la consécration de toute une génération qui va avoir lieu. De nouveau qualifiés pour la finale (encore jouée à Lille), ils ont une occasion en or d’enfin ramener le Saladier à la maison. Premier coup de tonnerre, Noah laisse sur la touche Mahut et Benneteau pour prendre Richard Gasquet dans l’équipe. Le numéro 3 en simple est choisi par Noah pour accompagner Pierre-Hugues Herbert en double. Choix très risqué sachant que la rencontre pourrait là encore se jouer sur cette confrontation du samedi, et que les deux joueurs n’ont jamais évolué ensemble auparavant.

Le vendredi, la logique est respectée. David Goffin balaye Lucas Pouille avant que Tsonga ne réserve le même traitement à Darcis. Le samedi, place donc au double. Faisant preuve d’une complicité déconcertante au vu du contexte, la paire Gasquet/Herbert s’en sort et donne ainsi deux occasions de conclure aux Bleus le dimanche. Malgré la défaite de Tsonga face à Goffin, Pouille se montrera trop solide pour un Darcis diminué, qui n’aura d’autres choix que d’accepter la supériorité de son adversaire. Sur une dernière faute directe du Belge, Pouille s’écroule sur le sol. Ses larmes de joie, qui viennent contraster avec celles de tristesse et de nostalgie de Mahut et Benneteau de ne pas être de la fête (sur le terrain en tout cas), sont celles d’une véritable délivrance commune.

LA FRANCE REMPORTE LA COUPE DAVIS ! Ce moment restera, pour toutes les personnes présentes dans le stade, inoubliable. Noah a réussi son pari. Celui de venir concrétiser le potentiel d’une génération qui n’avait encore jamais gagné cette compétition historique du tennis. C’est désormais chose faite.

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Crédit photo : Francebleu.fr

S’il aura c’est vrai souvent bénéficié des forfaits de meilleurs joueurs adverses, il est quand même nécessaire d’accorder du crédit à ce qu’a réalisé Noah, et tous ceux qui l’ont entouré dans sa quête. En 2017, il aura décroché son troisième Saladier d’argent en tant que capitaine, après ceux de 1991 et 1996. Il faut reconnaître que si l’équipe de France n’a jamais battu un membre du Top 10 pendant ces trois ans, elle a aussi réalisé très peu de contre-performances. Elle ne s’est jamais trouée, et a su développer une forme de régularité, pour aller au bout de ses rêves.

Ainsi, une page se tourne, à bien des étages. C’est la fin de ce format de la Coupe Davis, une petite mort pour cette vieille dame du tennis. Pour tous ces grands moments, merci les Bleus, et vive la Coupe Davis ! (Crédit photo de l’image en Une : 20 Minutes)

 

Grégoire ALLAIN (@GregoireAln)

A propos de l'auteur

Surnommé l'électron libre. Fan de Rafa, et heureusement car ce n'est ni l'OL ni le Stade Français qui satisfont mon capital victoires chaque week-ends. Bon sinon, je réussis quand même à être objectif dans mes articles, sauf quand il s'agit d'écrire sur pourquoi le PSG peut-il un jour gagner la Ligue des Champions.

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