Dis, quand reviendras-tu ?

On y est, l’été s’achève. Et il y a de ces étés qui nous marquent un peu plus que les autres. Pas n’importe quel été. Celui du sport, des émotions, des cris, des larmes, des fans qui se tombent dans les bras… On pense forcément en premier lieu à la Coupe du Monde. Cette compétition formidable, où le temps d’une soirée, mais plus encore, des semaines, tous les soucis et tracas du quotidien ne sont que secondaires. Rien ne compte plus qu’un but de Samuel Umtiti marqué sur un corner, qu’une demi-volée de Pavard en pleine lucarne qui fait exploser l’échelle de Richter dans les foyers de l’Hexagone. Ou un instant de gloire, un instant de magie, dénué de toute réalité dans nos esprits, où l’ultime coup de sifflet final résonne dans le stade Loujniki et s’envole dans les airs à 2763 kilomètres de Moscou, dans les rues de l’Hexagone. Vingt après, comme un air de déjà vu, mais pas de déjà vécu pour la jeune génération.

Les Bleus peuvent savourer le plus beau titre de leur carrière. La Coupe du Monde est française pour quatre ans. Crédit : REUTERS/Kai Pfaffenbach

Dans les mains des Bleus, bien plus grand qu’un trophée de 36,8cm. La grandeur d’un peuple. La grandeur de son sport. Un trophée bien plus lourd que 6,175kg, qui pèse l’ensemble d’une nation de 67 millions d’habitants et tous les problèmes liés. Quand le sport résout les questions sociales, au moins le temps de quelques instants. C’était le 15 juillet. Déjà deux mois ont passé. Deux mois de trop, une éternité. Deux mois qui nous séparent d’images gravées dans nos mémoires à tout jamais. Deux mois de « I will survive », « we are the champions » et autres, à fond dans les voitures. Deux mois de « on s’en fout on est champion du monde ». Deux mois qui nous ont fait basculer dans une autre dimension sportive… mais pas seulement. Alors espérons, très fort, que la soirée du 15 juillet ne soit pas la plus belle vécue avec le football français, que le meilleur soit encore à venir. Et tant pis si la reconquête des cimes prend du temps. Pour vivre ce genre d’instants, l’attente est une douce mélodie.

Un arc de triomphe bleu blanc rouge, une liesse populaire sur les Champs. C’était un soir de juillet. Crédit : REUTERS/Charles Platiau

L’été a aussi proposé des moments “tragico-magnifiques”. On retiendra notamment la déconvenue d’un des plus grands athlètes de sa discipline. Lorsque Kévin Mayer s’élance pour son troisième saut, il n’a d’autres choix que d’assurer une marque pour ne pas faire une croix sur son titre européen. Mais peu pour lui. Lui veut écraser ses records, affoler les compteurs. Ne pas se contenter de faire le minimum. Gagner avec la manière. Malheureusement, ce 7 août, le champion est battu et dit adieu à un titre qui devait récompenser des mois de travail. Une défaite presque plus belle qu’une victoire qui lui tendait les bras. On découvre des hommes (et des femmes) derrière les carapaces qu’exigent le haut niveau. Des carapaces qui volent en éclat lorsque les deux genoux sont à terre. Mais qu’importe, on a pleuré avec lui au moment où le troisième drapeau rouge s’est levé devant ses yeux, devenus humides bien vite. Et pourtant, Kévin Mayer n’a pas douté bien longtemps, avec un record du monde à Talence. La marque des grands. Une place dans l’histoire pour l’héritier d’Ashton Eaton.

Un 3e essai mordu, et Kévin Mayer passe à côté de son premier titre européen. Les larmes sont vites montées. Crédit : REUTERS/Kai Pfaffenbach

Et comment passer à côté du retour d’un champion. Novak Djokovic, qu’on donnait perdu pour le tennis depuis une année. Le Serbe a signé le doublé Wimbledon/US Open, pointant à hauteur de Sampras dans les tablettes. Une légende ne meurt jamais. Mais parfois elle pète les plombs. Comme le dégoupillage de l’extrême de Serena Williams, en finale du Grand Chelem américain. Opposée à Naomi Osaka, largement dominatrice, l’Américaine a passé ses nerfs sur l’arbitre. Une passe d’armes surréaliste qui a fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup trop sur le drama, trop peu sur la vainqueure novice. Mais tout cela appartient désormais à l’histoire. Côté français, on attend avec impatience le mois de novembre. Qualifiés pour la finale de la Coupe Davis à la toute fin de l’été, les Bleus viennent conclure une saison estivale fructueuse pour la France. Sur une victoire, comme un symbole. Ramenons la dernière Coupe Davis à la maison, celle qu’on a tuée pour quelques dollars de plus. Et puis, ce sera face à la Croatie… Encore un signe ?

Les Bleus ont “cassé la démarche comme Samuel Umtiti”. Un signe avant la finale contre… la Croatie ? Crédit : L’Equipe.

C’est ainsi que s’achève le songe d’une dernière nuit d’été, avant de laisser la place à une nouvelle saison. La suite appartient à l’automne. C’est bien là l’exception du sport, qui nous joue les quatre saisons chaque année, avec de nouvelles émotions. Mais cet été 2018 n’aura pas été comme les autres, pas à une telle intensité. Je n’ai plus qu’une question à poser à cette saison merveilleuse que nous avons vécue. Dis, quand reviendras-tu ?

A propos de l'auteur

Je ne sais pas qui attaque le plus entre Pierre Rolland et Rafael Nadal. Je ne sais pas qui monte le mieux entre Chris Froome et Ivo Karlovic. Je ne sais pas non plus qui cumule le plus de revers entre Stan Wawrinka et Nacer Bouhanni. Je n'ai jamais su choisir entre le tennis et le vélo. Mais ce dont je suis sûr, c'est que je n'ai percé dans aucun de ces deux sports.

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