Domino’s Ligue 2 : L’ESTAC souffle le chaud et le froid

La Ligue 2 est (enfin) de retour ce vendredi, mais pour l’heure la trêve internationale bat son plein. L’occasion pour nous de tirer un bilan du dernier mois de compétition de l’ESTAC, une formation ambitieuse mais emprunte à une irrégularité chronique.

Le 4 à la suite…

Lors de la précédente trêve, nous avions quitté l’ESTAC à la septième du championnat avec dix points au compteur. Un bilan comptable très intéressant, surtout après un mercato estival très mouvementé. Les Troyens restaient d’ailleurs sur deux victoires consécutives, et semblaient avoir enfin vraiment lancé leur saison. La tendance s’est poursuivie lors des matchs qui ont suivi, puisque les Aubois ont enchaîné deux succès de plus pour effectuer le quatre à la suite et s’offrir une place sur le podium. Tout d’abord en prenant le meilleur sur le Caen de Rui Almeida, ex-coach de Troyes, puis en allant défaire l’AJA de Jean-Marc Furlan, également ancien entraîneur de l’ESTAC.

Victoire au mental pour les Troyens à Auxerre (source : lfp.fr)

Au-delà de ces deux victoires, c’est surtout l’état d’esprit des troupes de Laurent Batlles qui crevé l’écran. Car le point commun entre les deux, c’est qu’elles ont été décrochées grâce à un but dans le temps additionnel. Dylan Chambost – pour son premier but en professionnel – avait délivré le Stade de l’Aube face à Caen, et Chris Bédia – pour son premier but avec Troyes – avait lui climatisé l’Abbé Deschamps. Dans chacun des cas, le mental des Troyens a été mis à rude épreuve, et ils s’en sont remarquablement bien sortis, en particulier à Auxerre dans une rencontre houleuse et très engagée.

… puis les désillusions successives

Alors que tous les voyants étaient au vert pour les Champenois, les deux matchs restants avant la trêve étaient l’occasion de poursuivre la bonne dynamique contre des adversaires en plein doute. Car que ce soit Orléans ou le Paris FC, aucune des deux formations n’avaient remporté la moindre victoire cette saison. Contre l’USO, l’ESTAC continuait sur sa lancée en ouvrant le score juste après le premier quart d’heure grâce à Yoann Salmier, mais tout s’est enrayé ensuite. Revenus sur une énorme frappe de Gauthier Pinaud, les Orléanais ont même fini par prendre l’avantage en deuxième mi-temps, pour s’adjuger les trois points (1-2). Pas de quoi dramatiser pour autant selon Laurent Batlles, qui était persuadé que ses joueurs allaient se ressaisir à Charléty la semaine suivante. Encore raté finalement, puisque les Aubois se sont à nouveau inclinés à Paris, sur un but casquette de Yoann Touzghar contre son camp en tout début de rencontre, mettant un terme au passage à une série de seize matchs sans défaite à l’extérieur en Ligue 2 (les Troyens n’avaient plus perdu hors de leurs bases depuis un déplacement au Gazélec (1-2) le 09/11/2018)

Impuissante, l’ESTAC n’a pas su trouver la solution à Paris (source : gettyimages.fr)

Ce qui ressemblait à un accident de parcours s’est transformé en double-désillusion, mettant en avant un mal plus profond. Car ce qui a vraiment frappé lors de ces deux défaites, c’est le manque de motivation des Troyens, ainsi que le manque de solutions offensives. Ajoutée à cela une défense beaucoup moins solide, en particulier du côté des latéraux, et les doutes étaient de retour. Les premiers signes avaient déjà été visibles à Auxerre, puisque pour le coup l’ESTAC avait été fortement bougée dans le jeu, surtout en deuxième période malgré la supériorité numérique. Un constat mitigé donc, même si finalement la formation auboise est toujours relativement bien placée avec seize points et une sixième place au classement.

Une équipe irrégulière et en manque de leaders

La problématique était déjà la même l’an passé, mais grâce à des individualités performantes (Mbeumo, Fortuné, Pelé, Martins-Pereira) Troyes avait réussi à s’en sortir. Sachant que des cadres expérimentés faisaient déjà défaut, excepté Yoann Touzghar – Benjamin Nivet et Stéphane Darbion n’ayant que très peu joué – le recrutement avait semble-t-il été plus axé dans ce sens cet été. Oualid El Hajjam, Pape Souaré Florian Tardieu, Maxime Barthelmé, sans compter Darbion plus pour le vestiaire, en apparence les joueurs d’expérience sont bien là. Pourtant cela ne se matérialise pas sur le terrain, ou aucun des hommes cités précédemment ne prend la parole pour vraiment reconcentrer ses troupes. La brassard de capitaine a été attribué à Jimmy Giraudon, qui ne semble pas avoir la fibre autoritaire suffisante. Résultat, lors de périodes plus compliquées, personne ne prend ses responsabilités.

Laurent Batlles perplexe après une nouvelle performance en demi-teinte de son équipe à Paris (source : gettyimages.fr)

Autre souci, le fait que les individualités soient défaillantes tour à tour. La paire Giraudon / Salmier se tire la bourre, avec l’un bon lors d’un match et son compère à la rue et vice-versa. Avec quasiment deux saisons blanches, Pape Souaré a été propulsé titulaire très (trop) rapidement, freinant au passage la progression de Terence Baya, pour un apport offensif inexistant et une fébrilité défensive critique. Ce n’est guère mieux du côté droit de la défense, car El Hajjam ne pèse pas non plus devant, mais a au moins le mérite de défendre correctement. Au milieu, Tardieu baisse le pied au fil des matchs, après pourtant une prestation réussie à Auxerre (un but, une passe décisive), et Barthelmé peine à retrouver son niveau de Châteauroux, sans doute lié au fait qu’il n’évolue pas à son poste de prédilection.

Enfin, l’attaque souffre d’une dépendance à Touzghar, leader offensif et meilleur buteur troyen en Ligue 2 avec trois réalisations. Les recrues Lenny Pintor, Chris Bédia et Ihsan Sacko ont tour à tour montré de belles promesses, mais aussi des carences problématiques. Pintor a déjà inscrit deux buts, mais peine à exister physiquement dans un championnat très rude, Bédia a un profil de pivot intéressant et l’a concrétisé en marquant à Auxerre, mais il demeure trop brouillon; et Sacko n’arrive pas à surfer sur sa première encourageante contre Caen. Plus que la multiplicité des profils des recrues, qui semblent vouloir systématiquement faire la différence à elles-seules, c’est surtout le réalisme qui pose problème. L’ESTAC se procure en moyenne presque quatorze tirs par matchs, mais ne parvient à en cadrer que cinq à peine, pour treize buts marqués en dix rencontres. Pas encore alarmant mais préoccupant, surtout avec les largesses défensives qui ne permettent pas de bonifier les buts inscrits.

Bilan

Malgré un projet de jeu alléchant proposé par Laurent Batlles, Troyes ne parvient pas à faire preuve de continuité dans ses performances, alternant le bon et le moins bon. Cela se traduit dans son bilan global, puisque l’ESTAC gagne beaucoup (cinq victoires) mais perd beaucoup également (quatre défaites). Rien d’étonnant au vu des changements drastiques intervenus lors de l’été, mais cela peut paraître difficile à suivre tant la formation auboise sait être séduisante quand elle le veut. Les joueurs ont de l’ambition, ce qui est très positif, mais pour y arriver ils devront être bien plus concernés. C’est là la lourde tâche de Batlles, à savoir réussir à faire adopter ses principes sur la durée. Le potentiel est là, il n’y a plus qu’à…

 

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