Dossier : Que se passe-t-il au Stade Français Paris ?

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Il se passe quelque chose d’étrange au Stade Français Paris. Si la situation sportive du club de la capitale est loin d’être alarmante, la situation en coulisses, elle, semble l’être. En cause, des licenciements qui interpellent, et une prise de pouvoir qui inquiète.

 

Dupuy et Mohr licenciés : la goutte d’eau

Alors que quelques bruits de couloirs nous laissent entendre depuis plusieurs jours qu’il existerait certaines tensions internes au sein du club parisien, c’est avec stupéfaction que le grand public a appris il y a une dizaine de jours les licenciements de Robert Mohr et de Julien Dupuy.

Concernant Robert Mohr, le sujet de discorde proviendrait essentiellement du recrutement. Celui de Pablo Matera, troisième-ligne centre et capitaine de l’équipe d’Argentine (25 ans, 58 sélections), en particulier. Le directeur du développement sportif se serait opposé à l’offre mirobolante que tenait à faire Meyer pour s’attacher les services du joueur des Pumas. Mais on le sait, Heyneke Meyer est venu pour gagner, et gagner vite, peu importe les moyens et les joueurs utilisés pour parvenir à ses objectifs. Ce dernier a donc sollicité le milliardaire Hans-Peter Wild pour lui demander de trancher (en sa faveur). C’est ainsi que le propriétaire du Stade Français Paris a, presque à la surprise générale, donner son accord pour destituer de ses fonctions Mohr, qu’on pensait être son principal homme de confiance jusque-là.

Quant à Julien Dupuy, au club depuis 10 ans, il aurait en partie payé le fait d’être trop proche de certains joueurs emblématiques du groupe, qui se plaindraient eux-mêmes de la gestion de la rotation par le coach. L’ancien demi de mêlée, tout comme son collègue Robert Mohr, étaient de surcroît en désaccord global avec la politique mené par l’ex-entraîneur des Springboks, et ce depuis plusieurs semaines.

 

Des joueurs phare de l’institution inquiets

Selon RMC Sport, plusieurs joueurs cadres du vestiaire, et qui représentent l’identité même du Stade Français Paris, seraient inquiets quant à leur situation personnelle et celle de leur club de toujours. Jules Plisson, Djibril Camara, Alexandre Flanquart ou encore Sergio Parisse se retrouvent ainsi dans une situation complexe, où leur temps de jeu et la tournure des événements ne sont pas jugés comme satisfaisants. Deux ans après la grève en signe de protestation contre le projet de fusion avec le Racing 92, le noyau dur des “anciens” du Stade Français Paris pourrait de nouveau s’unir et avoir recours à un mouvement de contestation si la situation n’évolue pas, et que Heyneke Meyer continue d’exercer les pleins-pouvoirs.

Nous avions rencontré Sergio Parisse lors de la présentation du nouveau projet en fin de saison dernière, qui nous avait confirmé sa volonté de finir sa carrière au club.
Nous avions rencontré Sergio Parisse lors de la présentation du nouveau projet en fin de saison dernière, qui nous avait confirmé sa volonté de terminer sa carrière au club.

“Concernant mon temps de jeu, ce n’est pas ce que j’espérais… Pourtant, je pense avoir saisi les opportunités qu’on m’a données. La façon dont la rotation est gérée est troublante et perturbante. […] La rotation pourrait être beaucoup plus équilibrée. C’est ce qui était prévu dans les discours.” a ainsi récemment déclaré Alexandre Flanquart.

Muet depuis le début de l’affaire, le propriétaire du club, Hans-Peter Wild, pourrait néanmoins rencontrer les joueurs prochainement, dans le but de calmer le jeu, et d’avoir une discussion constructive sur la suite des événements.


Une réorganisation, pour combien de questions ?

Dans un communiqué, le club parisien a il y a quelques jours annoncé la réorganisation de sa direction sportive, en officialisant les venues de Fabrice Landreau en tant directeur sportif délégué, et du Sud-Africain Kobus Potgieter comme entraîneur du centre de formation (en compagnie de Pascal Papé).

Si l’arrivée de Fabrice Landreau ne peut qu’être rassurante dans l’optique de conserver l’identité “familiale” du club de la capitale, (celui-ci revenant dans un club où il a évolué entre 1999 et 2003, et possédant, comme l’a rappelé le club dans son communiqué, “une longue expérience du rugby aussi bien en tant que joueur que sur les bancs de touche”), l’intitulé de son poste et l’arrivée de Potgieter, elles, interpellent. En effet, Fabrice Landreau arrive officiellement en tant que “directeur sportif délégué”, soit le même poste que Robert Mohr depuis le début de saison (avec qui on a vu ce que ça a donné). Fabrice Landreau aura-t-il vraiment son mot à dire si son opinion va à l’encontre de celle de Heyneke Meyer ?  Un club peut-il décemment fonctionner avec deux directeurs sportifs ? Ces questions méritent d’être posées.

  • Quel avenir pour Pascal Papé ?

Dirigeant de la Wild Rugby Academy à Heidelberg, ex-sélectionneur du XV d’Allemagne, et directeur général de la fédération allemande de rugby dernièrement, Kobus Potgieter est quant à lui un homme de confiance du docteur Wild, et son arrivée est logique dans le sens où elle compense dans ce rôle l’éviction de Robert Mohr. Néanmoins, on peut se poser la question du déroulement de la cohabitation avec Pascal Papé, autre figure emblématique du club. Bien que président du club, Hubert Patricot, ait affirmé “avec l’arrivée de Fabrice et de Kobus, nous allons encore intensifier nos efforts pour atteindre notre objectif d’avoir à terme 80% des joueurs issus de notre filière de formation”, on peut légitimement se questionner sur les tâches réelles du Sud-Africain au sein du projet de formation. D’autant plus que celles-ci pourraient avoir un lien direct avec l’avenir de l’ex-deuxième ligne emblématique du Stade Français au sein du staff parisien.

 

Des supporters partagés entre attachement et raison

Côté tribunes, cette réorganisation divise également. Si la forme est contestée par la très grande majorité des supporters, les décisions de fond sont elles un peu plus logiques, pour beaucoup d’entre eux. Cela ne nous empêche cependant pas de retrouver des arguments comme quoi ce grand ménage va tuer l’âme du club dans les messages de manifestation lancées par les fidèles du Stade Français Paris, que cela soit en tribunes (comme face à Pau en Challenge Cup), ou sur les réseaux sociaux. L’autre motif de mécontentement semble être le fait que le staff en place privilégie des joueurs étrangers aux jeunes joueurs formés au club (les fameux “Titis”). “Je veux garder la tradition et la culture du club. (…) Après, on cherche toujours à recruter les meilleurs joueurs au monde. Mais il y a des limites. Entre un joueur français et un joueur étranger, je choisirai toujours un Français.” avait déclaré Meyer lors de sa présentation. Or, pour l’instant, ce sont bien des joueurs sud-africains (Liebenberg, Stassen, Warner…) qui ont été appelé en joker médicaux afin de pallier les différentes blessures (ou départ en sélection) et d’assurer au mieux la rotation.

 

Nous sommes allés à la rencontre de deux abonnés de longue date du Stade Français Paris, afin d’avoir leur avis sur ce qu’il se passe actuellement autour de leur club.

  • Benjamin S. (@benjisop) : “La surprotection dont ils [certains enfants du club] ont fait preuve est très problématique”
Sur le plan sportif, il est assez difficile de juger, notre jeu est d’une pauvreté et d’un ennui total mais on est 4ème du classement et on a bel et bien du français et du formé au club de lancé dans le grand bain cette année (Chapuis ou Delbouis par exemple).
Le premier ménage de l’an dernier était extrêmement critiquable sur la forme (O’Connor licencié et tout le monde le savait sauf lui ; licenciements de joueurs venus essayer de sauver le SF qui aimaient vraiment le club et la ville, et qui se sont retrouvés sans rien après) mais pas sur le fond. Concrètement, le niveau de jeu de la plupart des joueurs étaient catastrophiques et un petit tour sur les réseaux sociaux permettait de voir que l’hygiène de vie n’était pas top.
Cette année, c’est assez particulier. Dupuy était clairement dans la liste de cet été mais ils n’ont pas osé le licencier. Ça aurait peut-être été une bonne chose à faire. Il reste selon moi des joueurs qui n’ont rien à faire ici, et qui ont trop bénéficié d’indulgence auparavant sous prétexte que ce sont des Titis. Alors certes c’est cool, mais leur niveau de jeu moyen et la surprotection (liée au laxisme de l’administration Savare) dont ils ont fait preuve est très problématique et c’est ce qui semble, selon les articles, ressortir, puisque ces mêmes cadres se sont plaint de leur temps de jeu. Le management à l’allemande et avec un staff assez dur doit mal passer, et les spécificités du Top 14 (salary cap, jiff) font que certaines lourdes décisions doivent être prises. Mais bon, si on parle de Plisson (hors sujet depuis 2015), Camara (problèmes extra-sportif et niveau de jeu très limite), Flanquart (pas au mieux dernièrement même si très impliqué) ou Burban (trop souvent blessé), on ne peut pas trouver injustifié ni illégitime la volonté de les écarter, surtout pour un club qui veut vite gagner.
Il est également possible que les décisions prises soient mauvaises. Pour ma part elles ne me semblent pas illogiques, mais devront être jugées sur le long terme. Je ne comprends pas la montée au créneau immédiate ni les appels au boycott et encore moins la prétendue destruction de “l’âme du club”. Je suis plutôt partisan d’un “wait & see”, tout du moins sur le plan sportif. Sur le plan commercial, le club tue tous les efforts déployés ces dernières années. Jean Bouin est déserté et la volonté de reconquérir les parisiens ne marchera pas sans un retour aux couleurs et aux symboles de la ville.”

 

Fred L. (@LanFred60) : “Partagé entre deux idées”
“Tout d’abord c’est vraiment dommage qu’il y ait ces “perturbations” alors que sportivement on est 4ème, que tout devrait donc être au beau fixe. J’espère que ça ne viendra pas perturber les résultats.
Ensuite je suis partagé entre deux idées : la première, c’est la consternation. Celle de voir un club familial devenir comme Montpellier l’a été sous Jack White. Oublier son histoire, ses figures, juste au nom de l’efficacité. Après, d’un autre côté, je peux comprendre le docteur Wild, qui a mis énormément de moyens dans le club à la fois pour le sauver mais aussi pour tenter de le remettre au sommet. Il est nécessaire de prendre des décisions s’il voit des dissensions.
En revanche, par rapport aux joueurs qui se plaignent de leur faible temps de jeu (je pense à Plisson ou Flanquart notamment), certes c’est dommageables pour eux, mais les faits sont là, les titulaires sont meilleurs qu’eux (même si je pense que Flanquart, plus que Plisson, aurait mérité de jouer plus).
Pour en revenir à la réorganisation, je suis content du retour de Fabrice Landreau, même si j’attends de voir concrètement comment cela va se passer.”

 

Affaire à suivre donc. Les prochaines semaines nous éclaireront sans doute un peu plus sur la direction prise par les dirigeants en ce qui concerne la perspective d’avenir du Stade Français Paris. Les Parisiens se déplaceront par ailleurs à Mayol dimanche, pour y affronter le Racing Club Toulonnais.

Ligue 1

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