Enfants de l’inespoir : Akar

Bao quan shi. Cha shou. Meng hu chu dong. Shou shi. Et K.O.. Dans le kung-fu aussi, on peut voler comme un papillon et piquer comme une abeille. D’ailleurs, c’est dans les airs que je tire ma force. J’ai été élevé comme un guerrier. J’ai appris à être un guerrier. Je suis un guerrier. Quel genre de guerrier ? Celui qui protège les siens. Ma patrie ? Le Tibet.

Depuis que nous grandissons, ici au bord du lac Manasarovar, on nous apprend à marcher sur la trace de Bouddha et à nous défendre. La légende veut qu’un peuple revenu d’un certain enfer s’en prenne à nos terres sacrées et déciment notre peuple. C’est pour ça qu’on doit savoir le kung-fu, pour garder le contrôle de notre Cité au cas où le moment serait venu. Mais on refuse de considérer l’ère contemporaine comme annonciatrice de quelque chose qui nous dépasse.

Aujourd’hui, notre peuple est fatigué. Il subit les coups de menton incessants d’une police chinoise qui ne nous laisse aucune forme d’indépendance. Le Dalaï-Lama lui-même nous dit que nous devons œuvrer pour la préservation de la paix, de continuer à prier et à étendre notre sagesse. Mais le Tibet se meure sous les coups de canon.

Mes amis me verront comme un dissident, mais j’ai décidé de m’en aller. Je ne supporte plus les immolations et la violence. Si personne ne veut résister, je ne participerai pas à ce long massacre.

Bientôt, je partirai. Le chemin sera long et difficile, mais la pente est droite. J’ai confiance en mon karma. Et surtout, je ne veux plus être assis à rien faire. Je ne supporte plus la violence du quotidien et cette hypocrisie ambiante qui nous dit de marcher droit.

Aujourd’hui, j’ai vingt ans. Mon entrainement est complet. Intérieurement, je suis prêt aussi. Je ne crains plus d’être loin de ma nation. Au contraire, je veux m’envoler. Je sais que je suis assez fort pour gagner des combats. S’il le faut, j’irai marcher jusqu’à Beijing, pieds nus. Là-bas, je me ferai remarquer. Un occidental m’a un jour parlé des Jeux Olympiques.

Depuis, cette idée n’a de cesse d’hanter mes pensées. Et puis, un tibétain faisant gagner la Chine, serait selon une belle revanche. A ce moment-là, je penserai à mon peuple, si fort qu’il le ressentira. Sans doute que mon Sensei sera fier de moi.

C’est comme ça que j’ai décidé de reprendre le contrôle, de me saisir de ma propre vie et de bâtir mon existence. Vous, qu’avez-vous fait ces derniers temps ?

Louis SIMON.

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