Et le Prix Nobel de chimie 2019 est attribué à…

Cette semaine, WeSportFr attribue ses Prix Nobel du sport. De lundi à vendredi, retrouvez nos lauréats des Prix Nobel de médecine, physique, chimie, littérature et de la paix. On continue aujourd’hui avec le Prix Nobel de Chimie, logiquement attribué à…

La formation Sky, pour ses gains marginaux ! Alors comment définir, les gains marginaux dans le sport ? Notamment dans le cyclisme, dont il est ici question. Pour comprendre, interrogeons-nous sur la philosophie du sport.

Lorsque les corps et les esprits ne suffisent plus à faire des différences entre les athlètes, lorsque plus rien qui ne relève de la capacité humaine ne permet de pousser la barre des performances encore plus haute, comment, alors, peut-on continuer à faire tomber les barrières ?

A cette question, la formation Sky, nouvellement Ineos, a mis en place un vaste programme permettant à ses coureurs de franchir ces fossés. A coups de grammes, de secondes, de watts ou d’autres données de mesure. Mais des mesures si petites qu’elles semblent dérisoires pour un public non averti. Ce sont les gains marginaux.

Qui pourrait croire que sur ce vélo, se cachent des quantités de “marginal gains”, rendant cette machine unique. Crédit : équipe Sky.

Quels sont les gains marginaux ?

Les gains marginaux, “marginal gains” en anglais (on rappelle que l’équipe Sky, ou Ineos, est une formation britannique), relèveraient presque de l’effet papillon. Mais un effet papillon sportif. Cette vision qui vise à penser que la moindre petite action de notre existence, aussi futile soit-elle, puisse changer le cours des choses à petite, mais surtout à grande échelle.

Sky, et son manager Dave Brailsford, se sont inspirés de cette idée pour bâtir un empire des gains marginaux. Qui pourrait croire que dormir dans les mêmes draps, oreillers, matelas, tous les jours, pourraient améliorer les performances sur le vélo ? Qui pense que percer un trou dans un équipement ou mettre des repères sur une selle puissent permettre de gagner les plus grandes courses ?

Et bien, c’est ce type de gains marginaux qu’a mis en place l’équipe. Des futiles, au demeurant en tout cas, comme les précédents cités. Mais aussi des plus nets. Comme le fameux bus, baptisé “Death Star” (l’étoile de la mort). Un bus qui fait quasiment office d’appartement roulant, dans lequel les coureurs peuvent évoluer loin des hôtels parfois inconfortables. Ou encore des règles d’hygiène et de confort poussées à l’extrême.

Une vision d’une parcelle du “Death Star”, le bus de la formation Sky. Ici, le sur Tour de France 2013. Un véritable petit appartement.

Un investissement colossal

Il y a quand même dans ces gains marginaux des éléments qui relèvent de la performance sportive. Vous aurez sans doute remarqué les coureurs pédaler sur home-trainer après avoir à peine franchi la ligne. C’est la Sky qui a initié ce type d’exercices, après des études médicales qui jugeaient qu’il s’agissait là de la meilleur méthode de récupération.

C’est aussi les moyens financiers mis dans cette quête qui font de Sky une formation à part. La recherche technologique, scientifique, médicale etc, représente une énorme part d’investissement pour la formation britannique. Avec un budget de 45 millions d’euros, cette part des dépenses se compte en millions. Pas étonnant donc, de voir les coureurs évoluer sur du matériel (vélo, roues, casque, cadres, tenues etc) qui dépasse le commun des mortels.

Les techniciens de l’équipe, d’ailleurs, ont un camion qui leur est spécialement réservé. Bien loin du camion polonais qui zigzague sur l’autoroute. Là encore, un véhicule extensible dans lequel les mécaniciens pourront passer des heures à affiner chaque élément d’un vélo. Le staff bénéficie aussi d’un appartement pour être traité comme des rois en dehors de leur temps de travail.

Voilà à quoi ressemble le camion ultra moderne des mécaniciens de la Sky. Crédit : équipe Sky.

Des dérives ?

C’est là la grande limite de ses gains marginaux : la suspicion. Ce genre de gains marginaux peut engendrer des critiques sur la légalité de leurs effets. Comme lorsque des tenues de contre-la-montre ont été interdites par l’UCI, car l’équipe Sky y avait ajouté des petites billes d’air pour augmenter l’aérodynamisme. Cependant, l’affront a vite été réparé avec une nouvelle tenue “inédite”, dans les règles de l’art.

C’est aussi sur le plan médical qu’il y a questionnement. La formation britannique joue-t-elle avec le règlement ? S’autorise-t-elle des largesses sur les AUT (Autorisation à Usage Thérapeutique). Profite-t-elle des règlements très larges de l’UCI pour s’autoriser la prise de produits régulés. Cela fait partie des questions que l’on a pu se poser lorsque Chris Froome a subi un contrôle anormal au salbutamol.

Autant de questions qui restent sans réponse sur les gains marginaux. Ou plutôt leurs limites. Quoiqu’il en soit, Ineos se doit de s’en tenir aux règlements. Si on peut lui reprocher certains errements moraux, tout ce qui rentre dans les règles de l’UCI relève de la légalité. Chacun jugera son goût ou non pour les “marginal gains”, mais force est de reconnaître que Sky a inventé quelque chose de nouveau.

C’est encore Dave Brailsford, qui parle le mieux des gains marginaux : “si vous isolez tous les éléments liés au cyclisme auxquels vous pouvez penser, et que vous améliorez chacun de 1%, en les additionnant vous obtenez un progrès significatif”, confie-t-il à la BBC. En tout cas, cette évolution rapporte aux siens le Prix Nobel de chimie. Demain, vous découvrirez le Prix Nobel de littérature.

Crédit photo : Tim de Waele / Getty Images.

A propos de l'auteur

Je ne sais pas qui attaque le plus entre Pierre Rolland et Rafael Nadal. Je ne sais pas qui monte le mieux entre Chris Froome et Ivo Karlovic. Je ne sais pas non plus qui cumule le plus de revers entre Stan Wawrinka et Nacer Bouhanni. Je n'ai jamais su choisir entre le tennis et le vélo. Mais ce dont je suis sûr, c'est que je n'ai percé dans aucun de ces deux sports.

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