“Et si…” – Lens était descendu en National ?

Tout part de la citation d’une célèbre philosophe du XXe siècle : « Et si je t’avais dit combien je t’aimais mon frère et si on t’avait dit ne baisse pas les bras sur cette Terre. Et si… Tout simplement si. ». On a coutume de dire qu’avec des « si » on peut mettre Paris en bouteille. Avec une série d’uchronies, Wesport vous propose de refaire l’histoire du football si un élément perturbateur du ballon rond avait été différent.

Nous sommes le 26 juin 2013. La nouvelle vient de tomber. La DNCG décide de rétrograder le Racing Club de Lens en National. Passés devant la « police financière du football français », les dirigeants lensois ne se sont pas pris un « stop » définitif mais la DNCG souhaite plus de garanties financières. Et pour cause, lors de l’audition, les représentants Sang et Or furent Luc Dayan et les représentants du Crédit Agricole Nord de France étaient présents mais pas les futurs nouveaux patrons du RCL : Gervais Martel et Hafiz Mammadov.

La nouvelle ne choque pas puisqu’elle est, somme toute, logique. Martel et son partenaire azéri n’étaient, techniquement, pas encore propriétaires du club et ne pouvait pas être présents lors de l’audition. Tout devrait rentrer dans l’ordre le 4 juillet prochain, lors l’appel. Augmentation du capital de 10M€, apport sur le compte courant ou encore budget porté à 30M€ devraient donner satisfaction à la DNCG.

Le 9 juillet 2013, la DNCG décide de réintégrer le RC Lens en Ligue 2 suite aux garanties apportées par le duo Martel-Mammadov. La saison 2013/2014 en L2 se solde par une deuxième place pour les lensois, synonyme de montée de L1. Cependant, les hommes d’Antoine Kombouaré croisent une nouvelle fois le chemin de la DNCG qui refuse la montée. Une nouvelle fois, la raison de ce refus est un manquement en termes de garantie financière.

Fiasco azéri

Quelques semaines plus tard, la DNCG, le RCL et le CNOSF partent au bras de fer menant vers une validation de la montée en L1 le 25 juillet 2014. Cependant, les rumeurs courent et sont confirmées par le ministre des Sports d’Azerbaïdjan : Hafiz Mammadov est sur la paille, financièrement il ne pourra plus soutenir le club lensois. S’en suivent des allers-retours rocambolesques dans les bureaux de la DNCG.

Lens fait une saison très peu reluisante en Ligue 1 et officialise sa redescente le 5 mai 2015. Depuis, Lens n’a plus repointé le bout de son nez parmi l’élite. Les saisons suivantes sont difficiles en Domino’s Ligue 2 : Lens termine à la sixième place en 2016. La saison suivante, Lens perd une hypothétique montée dans les dernières minutes et finit en quatrième position. En 2017/2018, Lens flirte même avec la zone de relégation vers le National mais termine la saison à la quatorzième place.

Depuis plusieurs années, Lens a du mal à renouer avec son passé glorieux (champion de France 1998, vainqueur de la Coupe de la Ligue 1999, demi-finaliste de Coupe UEFA en 2000, vainqueur de la Coupe Intertoto en 2005, participe à deux Ligue des Champions en 1999 et 2003). Depuis sa première descente en L2 en 2008, Lens a vécu huit saisons en L2 contre trois en L1. Lens enchaine les mauvaises performances et désillusions et devient petit à petit un club « de Ligue 2 ».

Mais si, à l’image d’autres clubs dans le paysage hexagonal, Lens avait fait table rase de ses démons, de ses erreurs du passé et était reparti de zéro avant de connaitre la poudre de perlimpinpin « Mammadov » ? Et si, cette rétrogradation en National avait été confirmée lors de l’été 2013 ?

Et si.. Lens était descendu en National ?

Nous sommes le 26 juin 2013. La nouvelle vient de tomber. La DNCG décide de rétrograder le Racing Club de Lens en National. Passés devant la « police financière du football français », les dirigeants lensois ne se sont pas pris un « stop » définitif mais la DNCG souhaite plus de garanties financières. Et pour cause, lors de l’audition, les représentants Sang et Or furent Luc Dayan et les représentants du Crédit Agricole Nord de France étaient présents mais pas les futurs nouveaux patrons du RCL : Gervais Martel et Hafiz Mammadov.

La nouvelle ne choque pas puisqu’elle est, somme toute, logique. Martel et son partenaire azéri n’étaient, techniquement, pas encore propriétaires du club et ne pouvait pas être présents lors de l’audition. Tout devrait rentrer dans l’ordre le 4 juillet prochain, lors l’appel. Augmentation du capital de 10M€, apport sur le compte courant ou encore budget porté à 30M€ devraient donner satisfaction à la DNCG.

Le 9 juillet 2013, la DNCG met une nouvelle fois sa décision en délibéré. La fiabilité du généreux mécène azéri est mise en cause par les instances du football français. Alerté par certains membres du gouvernement et observateurs arméniens, la DNCG s’interroge sur la crédibilité de l’argent apporté par Mammadov et surtout sa capacité à suivre le train. Vexé par ce volte-face, l’homme d’affaire azéri se retire du dossier lensois et laisse Gervais Martel sur le carreau.

Des plans en danger

La DNCG est donc catégorique et rétrograde le RC Lens en National. Cependant, nous sommes en juillet et le club s’était préparé à vivre une nouvelle saison en Ligue 2 avec un joli bagage pécunier. Cette descente administrative pose un problème au niveau de l’effectif mais surtout au niveau financier. En coulisses, Lens avait presque acté la signature de l’ancien coach parisien, Antoine Kombouaré. Il est inconcevable d’imaginer le kanak diriger les siens en troisième division française. De plus, sans l’apport financier promis par Mammadov, l’effectif sera très difficilement gérable.

Lens devait faire signer des joueurs tels que Pablo Chavarria (Anderlecht), Loick Landre (PSG), Danijel Ljuboja (Varsovie), Adamo Coulibaly (Debrecen) et se faire prêter Edgar Salli (Monaco) et le futur champion du Monde Alphone Areola (PSG). Lens ne pouvait pas non plus supporter des joueurs professionnels comme Rudy Riou, Alaeddine Yahia, Ludovic Baal, Jérôme Lemoigne, Pierre Ducasse, Pierrick Valdivia.

Cette problématique pousse à prendre une terrible décision. Gervais Martel décide de convoquer les journalistes à la Gaillette ce 11 juillet 2013, avec la mine des plus mauvais jours… Des bruits courent mais aucun n’a été confirmé. Martel est là pour éclaircir la situation des Sang et Or.

« La plus difficile décision de toute ma vie »

« C’est avec grande tristesse que nous avons appris la décision et de la DNCG et de Monsieur Mammadov. Je respecte ces dernières. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation difficile. Dans l’état actuel, nous n’avons pas les reins assez solides pour assumer nos impératifs vis-à-vis du football français. Nous avons fait savoir à la DNCG que nous ne pourrons pas assurer la saison prochaine en National. Remettons l’église au milieu du village et voyons les choses en face. Le Racing Club de Lens abandonne sa licence de club professionnel. Notre équipe première commencera sa saison dans la division de notre équipe réserve, c’est-à-dire en CFA. C’est vraiment la plus difficile décision de toute ma vie. Mais rassurez-vous, le Racing Club de Lens n’est pas mort. »

Suite à cette décision, ça s’agite en coulisses. Les joueurs professionnels sont donc libérés de leurs contrats. Entre autres, Rudy Riou part en Belgique, Ludovic Baal part à Angers, Pierre Ducasse signe à Arles-Avignon. Certains joueurs comme Alaeddine Yahia, Jérôme Lemoigne et Pierrick Valdivia proposent de rester au club, même avec le statut amateur.

La décision de Gervais Martel a l’effet d’un véritable tremblement de terre qui secoue le monde médiatique et surtout les supporters lensois. Malgré les derniers mots du patron lensois, pour certains « le Racing Club de Lens est mort ». On cite les exemples de l’AS Cannes (en CFA en 2013), de Grenoble (en CFA en 2013), du Mans (en DH en 2013), de Sedan (en CFA2 en 2013) ou encore de Strasbourg (en National en 2013). Pour la presse, on oubliera le RC Lens comme le groupe Organiz ou la série « Beetleborgs ».

Opération reconstruction

La reconstruction va être difficile mais paraissait nécessaire pour repartir de zéro. Les dirigeants sont totalement rafraichis, à l’exception de Jocelyn Blanchard qui prend la double casquette de directeur sportif et entraineur du Racing Club de Lens sous la houlette du président Gervais Martel. Il faut faire vite car la première journée du Championnat de France Amateur est prévue dans un peu plus d’un mois, à domicile face à la réserve du Paris Saint-Germain. L’effectif est composé des anciens pros et de l’ancienne équipe réserve. Parmi ces jeunes, nous pouvons citer Baptiste Guillaume (18 ans), Jean-Philippe Gbamin (18 ans), Jérémie Bela (20 ans), Wylan Cyprien (18 ans), Dimitri Cavaré (18 ans), Valentin Belon (18 ans) ou encore Benjamin Bourigeaud (19 ans).

Cependant, les premiers résultats sont tout autant décevants. Ils enchainent quatre défaites : à domicile face au PSG (1-2) et Drancy (1-3), à Mantes (1-0) mais surtout sur le terrain de l’équipe réserve du rival lillois 6-1 ! Les supporters grognent et réclament un ménage total du club. Le public qui suit désormais son équipe sur le terrain François Blin d’Avion (l’avenir de la Gaillette étant en danger et le loyer du Stade Bollaert trop onéreux) veut la tête de Jocelyn Blanchard et de Gervais Martel.

Les requêtes sont à moitié entendues puisque Martel décide de licencier l’ancien joueur de la Juventus et de (re)mettre Eric Sikora à la tête de l’équipe première. La suite de la saison est un peu plus satisfaisante même si la première victoire n’arrive qu’après la huitième journée face à Quevilly (si on ne considère pas la victoire sur tapis vert face au Mans qui a déclaré forfait pour la saison). Les matchs à domicile sont toujours aussi suivis par l’armada Sang et Or. Le Stade François Blin affiche toujours complet (environ 5300 places). Pire, Lens continue de faire des affluences monstres en déplacement.

Et puis quoi encore ?

Néanmoins, à la mi-saison Lens ne pointe qu’à une treizième place et voit ses espoirs de remontée rapide s’éloigner. Chambly, Lille et Aubervilliers caracolent en tête et ne laissent que les miettes aux autres. Sans un miracle, une deuxième saison en CFA peut être fatale pour les caisses lensoises mais surtout pour l’avenir du club. Le nuage Tchernobylien du dépôt de bilan est de plus en plus proche. En coulisses, Gervais Martel cherche une solution. La Région Nord-Pas-de-Calais ne souhaite plus aider le RCL financièrement mettant tous ses espoirs sur le LOSC.

Justement, la solution pourrait venir d’un scénario impensable en collaboration avec le voisin lillois. Le LOSC vient d’inaugurer son nouveau stade et a de fortes ambitions pour l’avenir. Cependant, Lille doit construire une grosse équipe et se stabiliser en haut du classement de L1 après son doublé coupe/championnat obtenu en 2011. A la mi-saison 2013/2014, les lillois sont bien placés et occupent le trio de tête derrière le PSG soutenu par Qatar Sport Investments et l’AS Monaco avec son président russe Dmitri Rybolovlev. L’objectif à terme est de les concurrencer.

Lille a un projet : compter parmi ses rangs les meilleurs jeunes de la région Nord-Pas-de-Calais et belges. Pour cela, le Racing Club de Lens et sa Gaillette étaient de sérieux rivaux. Les lillois proposent alors un deal : un partenariat Lille-Lens qui englobe également Valenciennes. Cette proposition peut être d’un grand intérêt pour un club comme Lens, alors en CFA. Lille pourrait prêter ses jeunes joueurs à Lens et Lens pourrait vendre ses jeunes perles au LOSC. Mais devenir le réservoir du club rival est un énorme affront pour les supporters lensois.

Il se créé alors une grande opération dans les gradins Sang et Or. Il ne veulent pas se soumettre à Lille mais il doivent trouver une solution. Un comité se créé et est notamment composé de nombreux anciens joueurs lensois dont Daniel Moreira, Antoine Sibierski, Jean-Guy Wallemme, Frédéric Déhu, Guillaume Warmuz, Pierre Laigle, Vladimir Smicer, Seydou Keita, Cyril Rool ou encore Pascal Nouma. Après son échec avec Gueugnon, Tony Vairelles n’est pas le bienvenu. L’idée est de réunir assez de fonds pour sauver le Racing Club de Lens et éviter le partenariat avec le LOSC. Ce rassemblement sera concluant et aura pour conséquence le départ de Gervais Martel malgré ses bonnes relations avec les anciens de la maison.

C’est la remontada ?

Lens termine sa saison 2013/2014 à la onzième place mais aborde leur deuxième saison en CFA un peu plus sereinement. Et pour cause, l’exercice 2014/2015 se terminera par une première place du groupe synonyme de montée en National. Lens ne peut pas encore prétendre à un retour du statut professionnel mais a pour ambition de retrouver rapidement la Ligue 2 et pourquoi pas la Ligue 1.

Lens commence donc sa saison 2015/2016 en National avec la réception de Marseille Consolat. La rencontre se termine par une victoire 1-0 des Sang et Or. La saison se passe correctement, Lens pointant très fréquemment parmi les trois premières places synonymes de montée directe, luttant avec Strasbourg, Orléans, Amiens, Marseille Consolat et Châteauroux. Avant la dernière journée, quatre équipes peuvent encore prétendre à la montée. Pour l’ultime match, Lens (2e) se déplace donc à Marseille pendant que Strasbourg (1e) reçoit Dunkerque, Orléans (3e) va chez le CA Bastia et Amiens (4e) reçoit Belfort.

Lens mène rapidement 1-0 sur le terrain des marseillais pendant que Strasbourg conforte sa première place contre Dunkerque. Orléans, de son côté, peine en Corse. A l’heure de jeu, Lens garde virtuellement sa deuxième place. Mais Marseille égalise à la 84e minute pendant qu’Orléans ouvre le score quasiment à la même minute. A cinq minutes de la fin, Lens est troisième mais reste tributaire du score d’Amiens contre Belfort. Alors que tous les matchs sont terminés, Amiens joue les arrêts de jeu. Les picards marquent un but dans les ultimes secondes qui leur permet de grimper in extremis sur le podium et empêche Lens de montée en Ligue 2…

Eternel recommencement

Le début de la saison 2016/2017 est très difficile avec une 17e place après 5 journées mais Lens met la seconde vitesse et fait notamment une série de dix victoires d’affilé qui les porte, à la 33e journée à la 4e place de National. A noter que la nouveauté de l’année est la mise en place d’un barrage entre le 3e de National et le 18e de Ligue 2. Pour la dernière journée, Lens reçoit Avranches alors que ses principaux concurrents pour la 3e place sont Paris FC (qui reçoit Créteil), Marseille Consolat (qui reçoit le CA Bastia), Chambly (qui reçoit Quevilly) et Dunkerque (qui reçoit Boulogne). Contre toute attente, Lens réalise l’exploit et coiffe au poteau toute la fine équipe en s’imposant 4-1 contre les normands et se place à la 3e place grâce au goal average.

Lens va donc jouer son avenir et sa montée en Ligue 2 sur deux matchs face à Orléans. Le Racing Club de Lens n’est pas mort et revient de loin. C’est avec un mental d’acier que les Sang et Or vont jouer la montée comme des morts de faim. Le match aller à Bollaert (qui rouvre ses portes au Racing pour l’occasion) se solde par un 0-0. Le match retour sera cruel pour Lens avec un but assez rapide de l’orléanais Livio Nabab. En toute fin de rencontre, le RCL touche le poteau alors qu’un but les aurait qualifiés avec cette réalisation marquée à l’extérieur…

Lens se prépare à vivre une troisième saison en National mais pour une fois depuis très longtemps, une décision de la DNCG leur sera bénéfique. Quelques semaines après la désillusion des barrages, le commissaire du football français décide de rétrograder le SC Bastia et d’intégrer le perdant des derniers barrages en Ligue 2. Contre toute attente, Lens disputera sa saison 2017/2018 en Ligue 2 !

Retour à la case départ

Aussi improbable qu’inespérée, la remontée en Ligue 2 est considéré comme un signe bénéfique pour ce nouveau Racing Club de Lens. Certains observateurs trouvent que le club est plus « propre ». Il y a également moins de pression autour. Il y a cinq ans, Lens espérait se réinstaller parmi l’élite du football français, aujourd’hui, se pérenniser en Ligue 2 est une bénédiction. Ainsi, les joueurs jouent plus libérés. Peu importe si Lens devient un « club banal de Ligue 2 », au moins ils ne jouent plus en CFA et ne frôlent plus le dépôt de bilan.

Même si tout le monde rêve d’un retour en Ligue 1 voire en Coupe d’Europe qu’ils n’ont pas connu depuis respectivement six et neuf ans, Lens revient de très loin. Les observateurs d’autres clubs ne cessaient de répéter « avec votre public, vous ne méritez pas ce qu’il vous arrive », sauf qu’un bon public n’assure pas de bonnes performances. Sportivement ce qui compte est uniquement les résultats sportifs et financiers. Un supporter est fan de son club, pas de son équipe car les joueurs et dirigeants passent et partent. La seule chose qui reste est le blason brodé sur le maillot et c’est pour ça que les tribunes restaient remplies, même en CFA.

Mais tout ceci n’est qu’uchronie. La DNCG n’a pas rétrogradé Lens en National. Le RCL n’a pas empêché le fiasco azéri et a fait, depuis 2008, huit saisons en L2 contre trois en L1.  Mais tout aurait pu être différent si Lens était reparti de zéro.

(Source photo : Foot Mercato)

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