Federer, à jamais le premier

4 jours après. Que l’on soit supporter de Djokovic, de Federer ou tout simplement fan de tennis, on se remet peu à peu de cette finale historique de Wimbledon. Dimanche dernier, les deux hommes nous ont livré un combat inespéré tant par sa qualité que par son scénario. 4 sets au niveau fluctuant, puis un 5ème en forme d’apothéose. Il n’en fallait pas plus pour faire de ce Championship 2019 morose, une édition dont on se souviendra à jamais. Roger Federer, le finaliste ô combien malheureux est passé tout proche d’un exploit inédit à plus d’un titre : battre coup sur coup Nadal et Djokovic dans un même Grand Chelem, remporter un 21ème Grand Chelem et j’en passe, le tout à presque 38 ans. Mais cette défaite l’inscrit tout de même dans les livres d’histoire. Ce match fut un peu la rencontre des premières pour lui : première dans l’histoire du tennis, première dans son palmarès ou premier dans ce match, cette défaite sera on ne peut plus marquante pour l’Helvète.

Je ne sais pas si c’est mieux de perdre 6-2 6-2 6-2“. Ce sont les mots de Federer en conférence de presse après la finale. Ce sentiment étrange entre la certitude d’avoir fait un énorme match et l’amertume d’être passé si proche du Graal. S’il avait perdu en 3 sets secs, je ne serais très certainement pas en train d’écrire ces lignes. S’il avait perdu en 3 sets, on ne se souviendrait probablement pas de cette finale. S’il avait perdu en 3 sets, il ne serait pas, une nouvelle fois, entré dans l’histoire de son sport.

Une défaite en forme de première

Un 5ème set en Grand Chelem… on a tous des souvenirs incroyables de matchs se jouant au set décisif. Des retournements de situation, des publics en feu ou des joueurs qui s’imposent au bout de la nuit perclus de crampes. Le 5ème set et ces 2 jeux d’écart à quelque chose d’unique et de magique. 2 jeux d’écart ? Plus à Wimbledon ! En tout cas, plus à partir de 12-12. Cette année, les organisateurs ont décidé que si les matchs s’éternisaient, le vainqueur serait choisi par une sorte de loterie. Une chance pour eux, durant le tournoi, aucun simple n’en arrive à cette extrémité… jusqu’en finale. Et vous le savez, quand on joue à la loterie, il faut s’attendre à perdre. C’est ce qu’a connu Federer, devenant ainsi le premier joueur à s’incliner dans ce jeu super décisif. Et pour clôturer le tout, il est le premier à perdre en finale de Majeur au tie-break du 5ème set. Même à l’US Open, où le tie-break est joué à 6-6, jamais une finale n’était allée aussi loin. C’est peut-être en ça que la finale de ce Wimbledon 2019 va devenir mémorable.

La volée, un domaine dans lequel Federer a une nouvelle fois excellé – Image Wimbledon.com

Et les 2 balles de match de Roger on en parle ? Au All England Lawn Tennis and Croquet Club, jamais un joueur n’avait échoué en finale après s’être procuré ne serait-ce qu’une balle de titre. En Grand Chelem, ça n’est arrivé qu’une seule fois dans l’ère open. C’était lors de la dernière finale accrochée à Paris, en 2004, entre Coria et Gaudio. Le premier avait obtenu 2 balles de matchs avant de perdre… au 5ème face à son compatriote.

Premier dans les stat

Vous avez dit frustrant ? Moi je vois là les ingrédients d’une finale tendue, accrochée et historique. La frustration vient dans les lignes suivantes. Il suffit de regarder la feuille de statistiques du match. Difficile d’imaginer le Suisse perdant tant il domine son adversaire dans tous les compartiments. A l’exception des fautes directes (largement compensées par son nombres de coups gagnants), toutes ses lignes sont dans le vert. Au service, au retour, à la volée… il a même plus couru que Djokovic. A presque 38 ans, ça relève de l’exploit.

Statistiques de cette finale de Wimbledon

Au-delà d’une quelconque frustration, ce genre de données est encourageant. Roger a toujours le niveau tennistique et il l’a prouvé 5h durant. Là où il a failli, c’est lors des points importants. En 3 tie-breaks, il a commis 11 fautes directes (contre 0 pour le numéro 1 mondial) soit presque 20% de son total. Ce manque d’instinct de tueur se caractérise aussi par le fait qu’il ait gagné plus de points dimanche (218 contre 204). Au tennis, ne gagne pas tous les points, gagne les points importants… il y est presque parvenu en ayant un meilleur ratio de conversion de ses balles de break, mais pas dans les jeux décisifs qui n’ont jamais aussi bien porté leur nom.

Premier dans l’histoire

Il est indéniable que cette finale va marquer l’histoire. De part son vainqueur, son résultat mais aussi son scénario. En cela, elle égale voire surpasse celles de 2008 et 2009. Trois tie-breaks, 5 sets, un dénouement inédit. Il suffit de regarder le tableau de score. 4h57, c’est la plus longue finale de Wimbledon dépassant ses aînées de 2008 (contre Nadal) et 2009 (contre Roddick). Elle n’a certes pas eu leur intensité mais elle n’en devient pas moins historique. Federer aura donc participé aux 3 finales les plus longues du Majeur anglais et perdu les 2 plus longues.

Le Maestro a aussi joué les 4 dernières finales de Grand Chelem en 5 sets. Le Suisse de bientôt 38 ans est aussi passé Maître dans l’art du suspens. Il avait réussi à s’imposer en Australie en 2017 et 2018 mais s’est donc incliné deux fois dans son jardin londonien en 2014 et cette année, à chaque fois face au Serbe. Pas mal tout de même pour une quasi quadra… Sa défaite dimanche le place en haut d’un classement dont il se serait bien passé d’y figurer. En effet, avec 11 défaites en finale, il rejoint Ivan Lendl au classement des losers du dernier dimanche. Ce dernier match vient en plus mettre fin à une série de 3 finales consécutives gagnées. Il n’en avait plus perdu depuis 2015, déjà face à Djokovic.

Plus personnellement, c’est la première fois que Federer perd 3 tie-breaks dans un même match. Lui qui était connu pour être relativement à l’aise dans l’exercice, s’est retrouvé en panne sèche. C’est aussi la deuxième fois consécutive qu’il échoue à Wimbledon après être passé à 1 point de la victoire. L’an dernier c’était après avoir mené 2 sets 0 et 5-4 contre Anderson qu’il a obtenu sa chance d’en finir. Cette année, le scénario était bien différent et le manque de lucidité explique sûrement son échec.

Roger Federer se serait bien passé de toutes ces stats qui le place premier mais sans la victoire. Mais c’est aussi ça la beauté du sport. Chaque victoire est une consécration, chaque défaite un enseignement. Je suis sur qu’il rebondira et ce même à 38 ans. Lui-même l’affirme, “je suis assez fort pour tourner la page, je ne veux pas me lamenter sur ce qui, en fait, était un excellent match”. Rendez-vous sous la chaleur New-Yorkaise pour prouver que cette fois il sera peut-être premier au score.

Roger Federer lors de sa finale à Wimbledon – Image Wimbledon.com

Source Image en Une : Wimbledon.com

A propos de l'auteur

Grand joueur de tennis et ingénieur à ses heures perdues... ou l'inverse je sais plus. Une religion ? Le Federerisme @CaptainMiddle

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