Game of Thrones à la tête de l’ATP

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Ligue 1

L’actuel président de l’ATP (Association of Tennis Professionals), Chris Kermode (à droite sur l’image en Une) n’a pas eu le soutien du board et ne pourra ainsi pas renouveler son mandat à la fin de la saison. Le numéro 1 mondial, Novak Djokovic, président du conseil des joueurs, semble en être le principal instigateur. Cette décision a surpris tout le monde du tennis, la plupart des joueurs expliquant n’avoir à aucun moment été mis au courant de cette décision. Les légendes, Federer et Nadal, sont aussi montées au créneau. Vous n’y comprenez rien ? Petit résumé et explications des faits.

Une organisation bien complexe

Le tennis professionnel est régi par deux grandes instances. L’ATP, Association of Tennis Professionals (WTA chez les femmes), et l’ITF, International Tennis Federation. L’ATP a été créée en 1972 pour défendre les intérêts des joueurs. Le classement ATP est créé en 1973 et c’est en 1990 que l’association prend les rênes du circuit professionnel ; le circuit ATP voit alors le jour. Aujourd’hui, ce circuit comprend les tournois Challenger, ATP250, ATP500, Masters 1000 ainsi que les ATP Finals et plus récemment les Next Gen Finals. Chez les femmes, c’est le même fonctionnement avec la WTA. Cette organisation est présidée par Chris Kermode. Il est épaulé par le board, composé de 3 représentants des joueurs et 3 représentants des tournois. En dessous, le conseil des joueurs donne ses décisions et avis à ses 3 représentants. Parmi ce conseil, on compte 12 membres (4 top 50, 2 joueurs entre la 51ème et 100ème place, 2 top 100 en double, 2 membres élus, 1 coach et 1 ancien joueur). Novak Djokovic est un des membres élus et préside ce conseil.

Organisation des instances du tennis

Vous me suivez toujours ? De l’autre côté, l’ITF est beaucoup plus ancienne. Créée en 1913, elle organise le circuit Juniors, les tournois Futures, antichambre des circuits ATP/WTA, la Coupe Davis, la Fed Cup ainsi que les Jeux Olympiques. Dans cette fédération, il faut rajouter les 4 tournois du Grand Chelem, qui ont tout de même une certaine autonomie tant ils sont devenus les piliers du tennis : en témoigne les différences de règles ou encore la possibilité de modifier les têtes de série.

Et la Laver Cup dans tout ça ? Eh bien, pour le moment, ça n’est qu’une exhibition et n’est gérée par aucun de ces organismes. En effet, c’est la société de Federer, Team 8, qui organise cet événement opposant l’Europe au reste du monde.

Le changement c’est maintenant

A la surprise générale, le board de l’ATP n’a pas reconduit Chris Kermode pour un nouveau mandat. A priori sous l’impulsion de Novak Djokovic, les 3 représentants des joueurs n’ont pas voté en faveur du Britannique. Pourquoi le Serbe souhaite-t-il évincer Kermode de son siège ? Les actuels et anciens joueurs ont exprimé leur tristesse de voir un “bon” président s’en aller. Le plus surprenant dans tout ça c’est que les joueurs ne semblent pas avoir été mis au courant. Roger Federer, lui aussi ancien président du conseil des joueurs, a allumé la mèche.

” J’ai essayé de rencontrer Novak avant la date limite. Malheureusement, il n’avait pas le temps. C’est difficile à comprendre pour moi. “

Roger Federer

Avec le Suisse, les vainqueurs de Grand Chelem Nadal et Wawrinka ont d’ailleurs semblé très agacés d’avoir été mis à l’écart. Pour le moment,  ils prennent toutefois de la distance tant la prise de position dans un moment comme celui-là peut être préjudiciable.

Qui est Chris Kermode ?

L’Anglais Chris Kermode est un ancien joueur de tennis. Il n’a pas eu une grande carrière et a été au mieux 742ème en simple. Il est plus connu pour être l’ancien directeur du tournoi du Queen’s et des ATP Finals de 2008 à 2014. En 2014, il est élu président de l’ATP pour un mandat de 5 ans. Durant ces années à la tête du circuit professionnel, il a considérablement amélioré le statut des joueurs en augmentant les prizes money. Cette augmentation n’est pas seulement bénéfique pour les vainqueurs de tournoi, mais aussi pour les joueurs perdants au 1er tour. En 4 ans, les joueurs du top 100 ont vu leurs revenus augmenter d’au moins 50%. Il a aussi prévu l’après Federer-Nadal-Djokovic. Pour préparer la fin de cette ère, il a créé les Next Gen Finals, regroupant les meilleurs jeunes de moins de 21 ans et futures stars du circuit. Il a œuvré pour donner un maximum de visibilité au tennis sans dépendre entièrement des 3 légendes actuelles.

Ce que veut Djokovic

Depuis que le tournoi de Belgrade, chez Djokovic, a dû mettre la clé sous la porte il y a quelques années, les relations sont plutôt électriques entre les deux hommes. Djokovic pense que l’actuel président de l’ATP accorde trop de pouvoir et d’importance aux tournois et non aux joueurs. Finalement, le Serbe pense que les bénéfices des tournois devraient être équitablement répartis entre le tournoi organisateur et les joueurs. D’ailleurs, pour renforcer encore plus le statut des joueurs, le Djoker souhaite aussi créer un syndicat des joueurs. Finalement, il veut profiter de son statut de président du conseil pour poser son empreinte sur le tennis. Mais est-ce vraiment bénéfique pour le monde de la petite balle jaune ?

Une bonne chose ?

Prenons les décisions les unes après les autres. Tout d’abord, la répartition à 50/50 des bénéfices entre les joueurs et les tournois. Pour moi, cette idée ne doit pas voir le jour. En effet, mis à part ceux gérés par les plus grandes fortunes mondiale (comme Indian Wells ou les tournois au Qatar et en Asie), de nombreux tournois ont du mal à maintenir l’équilibre, certains sont mêmes déficitaires. Les dépenses sont immenses : location de la salle ou du stade, frais pour bénéficier d’une date dans le calendrier, personnels du tournoi et enfin le prize money. Les plus petits tournois doivent remplir leur stade au maximum et bénéficier de la meilleure exposition possible. Pour cela, ils tentent de faire venir des stars du tennis et cela a un coût non négligeable (on parle d’un million de dollars pour Federer). Imaginez un peu s’ils doivent donner encore plus de prize money : ça signera la fin pour eux. Et pour les Grand Chelem ? Prenons l’exemple de Roland Garros, organisé par la FFT. Les bénéfices liés au tournoi sont directement redistribués aux ligues et aux clubs. Qui dit plus de sous pour les joueurs dit moins de sous alloués à la formation des jeunes ou au développement des clubs. Cela plomberait grandement l’économie des fédérations.

Le Moselle Open, ATP250 en plein de Septembre voué à disparaître ? – Image Radio Mélodie

Ensuite, la création d’un syndicat des joueurs signerait un retour en arrière. L’ATP avait déjà été créée pour défendre les intérêts des joueurs professionnels et unifier les circuit pro. En créant ce syndicat, les joueurs se détacheraient de l’ATP et rajouteraient une nouvelle instance dans un organigramme surchargé. Est-ce bien les joueurs pro du top 100 qui doivent être défendus ? Malgré l’augmentation des prizes money, les inégalités perdurent. Aujourd’hui, un joueur classé au-delà de la 150ème place a beaucoup de difficultés à boucler les fins de mois.

 

En fait, cette situation montre bien les problèmes de communication et la guerre d’égo. Djokovic, ayant besoin de reconnaissance, fait son affaire dans son coin. Evidemment, Federer et Nadal ne voient pas ça d’un bon œil et parlent de revenir aux affaires. Et pour le moment, personne ne sait qui va prendre la suite de Kermode… Bref, c’est du grand n’importe quoi. A force de ne plus se parler, à force de créer sa compétition sans l’accord de tous ou de vouloir imposer sa marque, on va se retrouver avec plusieurs circuits parallèles qui organiseront chacun leurs tournois, leur classement et ainsi, chaque “star” sera leader de “son” classement. Réagissez avant qu’il ne soit trop tard !

 

Source Image en Une : Metro.co.uk

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4 COMMENTS

  1. Bonjour,
    Je vous remercie tout d’abord pour votre article qui est très complet et très intéressant.
    Néanmoins, je n’ai trouvé que 2 des 3 représentants des joueurs du board (David Edges et Alex Inglot). Connaissez-vous le troisième ou êtes vous au courant d’un changement du nombre de représentants des joueurs ?
    Merci d’avance

    • Merci pour votre retour.
      Il me semble que le 3eme est Justin Gimelstob qui a démissionné dernièrement, étant condamné pour agression. Je ne pense pas qu’il ait déjà été remplacé.

  2. Article truffé d’affirmations légères et diffamantes. Prétendre que Djokovic décide seul pour le Conseil disqualifie d’emblée ce torchon qui n’a aucune info de plus que des spéculations lues ailleurs. Le Conseil des joueurs est composé de 12 membres et ses décisions (ou plutôt avis) sont adoptées par vote. Ensuite ce Conseil a le même poids au Board (3 voix) que le Conseil des tournois. Faire du Djoko-bashing est donc ridicule, d’autant plus que la majorité du Conseil semble le suivre. Et il est assez étrange de passer sous silence le fait que la majorité des joueurs de l’ATP ont élu Djokovic président de leur Conseil et l’ont reconduit pour un nouveau mandat. Apparemment quelques joueurs (Wawrinka, Federer, Nadal…) auraient un avis différent de ce que décide leur Conseil (et non Djoko qui n’est que l’un de ses 12 membres) ou ont des problèmes d’ego, c’est leur droit mais aux dernières nouvelles Djoko semble toujours soutenu par la majorité du Conseil. Telles sont les réalités tangibles. Par ailleurs il est assez drôle de voir Nadal revenir au Conseil avec Federer alors qu’il avait claqué la porte en 2012, en désaccord avec Federer sur 2 sujets majeurs. Par la suite les joueurs avaient élu Djokovic et Federer avait préféré se retirer. La vision promue par Djokovic n’est pas centrée sur l’élite et il semblerait qu’il veuille limiter les primes-bonus que certains joueurs de cette élite exigent pour participer à certains tournois ayant déjà du mal à assurer leur équilibre financier. Ce système profite à quelques stars ayant déjà de considérables revenus de sponsors, alors que les joueurs plus modestes doivent se contenter de primes de tournois à peine suffisantes pour faire face à tous les frais (coach, kiné, logistique etc.) qu’ils doivent payer avant de se verser un “salaire”. Les montants globaux des prize-money augmentent chaque année mais le système reste très inégalitaire entre les tournois de différentes catégories d’une part, et entre les joueurs du haut du classement et ceux moins bien classés d’autre part, en particulier au delà du top 100. Il n’y a qu’au tennis qu’on voit de tels niveaux d’inégalités, alors que ce sport est très médiatisé et pourrait redistribuer des revenus décents à une base de joueurs bien plus large. Il semblerait que les gros tournois (niveaux M1000 et GC), qui bénéficient aujourd’hui de l’essentiel de cette médiatisation grâce à leur monopole de fait garanti par la structure du circuit ATP, soient réticents à mieux répartir le gâteau vers les autres tournois, en particulier vers les ATP250 et les Challengers, alors qu’ils augmentent leurs prize-money d’environ 10% par an et les meilleurs joueurs en profitent largement, notamment en valeur absolue. Rappelons qu’au début de l’ère Open, la répartition du prize-money des différents tournois était plutôt linéaire en fonction des tours franchis par un joueur donné, or l’augmentation progressive des prize-money s’est traduite par une augmentation exponentielle des gains en faveur du haut de la pyramide donc des joueurs qui ont le plus souvent des revenus annexes plus importants que leurs primes de tournois grâce à leurs contrats de sponsors. Avant de supputer sur de prétendus desseins de Djokovic, il faudrait donc commencer par avoir ne serait-ce qu’un petit début d’information sur les débats qui ont lieu au sein du Conseil des joueurs.

    • Philippe, merci et bravo. Un tel article publié et orienté à ce point est d’une rare malhonnête intellectuelle où l’on pense faire avaler n’importe quoi au lecteur. Ahurissant! Merci donc Philippe de remettre les points sur les i et les barres sur les t. S’il y’a un qui n’est pas dans une quête effrénée du money prize c’est bien Nole. Cette bataille qu’il mène pour le tennis et les jours est marqué par le sceau de son empreinte personnelle et familiale. Dans le froid serbe de sa jeunesse où aucun membre de sa famille n’avait touché une raquette avant lui, la soif de jouer et de vivre de sa passion a été son carburant malgré les conditions difficiles tues qu’Ana Ivanovic a évoqué parfois. Et cette flamme intérieure qui brille en lui, il veut qu’un joueur classé au-delà de la 100ieme place puisse l’expérimenter, ne serait-ce qu’en vivant de son sport. Stricte vérité! Et personne ne s’y trompe, ni Nadal, ni Federer, engloutis dans leur mauvaise foi et dans une alliance de circonstance qui fait glousser plus d’un, et encore moins Wawrinka qui a choisi le retrait, conscient de la réelle sincérité de la cause juste que défend Djoko. Et il continuera de s’y atteler, n’en déplaise aux Djoko Haters, son ego ne saurait guère en souffrir. Au pire, il reprendra une poignée d’herbe verte de wimbledon en vous regardant avec cette même bonhomie souriante que du temps de sa jeunesse en Serbie. Et puis, il est bon d’être conspué par les malhonnêtes, c’est assurément un signe de grandeur.

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