Graciès Don Andrès (2/2)

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Ligue 1

Andrès Iniesta a annoncé que cette saison était la dernière avec le FC Barcelone pour rejoindre une destination exotique du football (Chine ou Japon). Deuxième article de notre diptyque consacré à l’un des meilleurs joueurs de sa génération. 

Le 10 Juillet 2010, à Johannesburg, extérieur nuit. Les Pays-Bas affrontent l’Espagne, Charles-Quint ressuscité. Cette première en finale de Coupe du Monde de football a de quoi ravir. Sur le papier, les deux équipes cultivent jalousement le beau jeu en Europe comme on garde secrète la recette d’un grand cru de St-Estèphe, cépage Johann Cruyff.

Las ! Les bataves ont abandonné leurs idéaux pré-Bergkampiens d’un jeu clair pour plonger dans les obscurités d’une idée plus virile du football. Il faut dire qu’avec un milieu Van Bommel-De Jong, le romantisme orange peut aller se rhabiller.
De leur côté les espagnols sont venus drapés de probité candide et de lin blanc, mais se sont heurtés aux limites d’un jeu post-Cruyffien néo-Peppien décortiqué par la planète entière et aux défenses les plus lucides du tournoi. Total, le plus petit nombre de buts inscrit par (!! ATTENTION SPOILER !!) une équipe vainqueure du tournoi.

Car oui, cette équipe d’Espagne battue d’entrée par la Suisse, qualifiée poussivement et successivement à la défaveur de valeureux portugais et de solides paraguayens et finalement contemptrice d’une Allemagne méritante est bien l’équipe qui soulèvera la Coupe Jules Rimet. Après qu’Howard Webb a distribué 11 cartons jaunes. Après que les côtes de Xabi Alonso en ont soupé des crampons de De Jong. Après qu’un malheureux dégagement Oranje dans les pieds de Fabregas lui a permis de trouver ceux de Don Andrès qui ne se sont pas fait prier pour mettre la gonfle petit filet opposé au bout des prolongations. Et Iniesta de courir vers le poteau de corner gauche pour, élégance suprême, rendre hommage à Dani Jarque, capitaine de l’Espanyol Barcelone, club rival s’il en est de celui d’Iniesta.

Finalement, il n’est question que de cela avec Andrès Iniesta, le numéro 8 (et demi) ultime : d’élégance. Balle au pied, verbe à la bouche, rien ne lui aura été aussi important, si ce n’est la victoire. Elevé au biberon d’une Masia qui l’a éloigné de son Albacete natale pour faire de lui le parfait petit catalan, Andrès Iniesta aura incarné pendant une quinzaine d’années une idée totale du football. Formant l’un des binômes les plus inséparables de l’histoire avec Xavi, il aura survécu 3 ans à la séparation de ce que l’on croyait un tout. Des passes redoublées, des dribbles en lignes claires, des appels élaborés, le duo en aura fait voir de toutes les couleurs aux équipes du monde entier. Xavi en clown blanc, Pep Guardiola en Monsieur Loyal (vienne Tata Martino, sonne Luis Enrique), Iniesta en trapeziste ; tous serviteurs de l’Auguste Leo Messi. L’élégance d’Iniesta aura aussi (peut-être surtout) consisté à se mettre au service d’un tout (le Barça, l’Espagne) et d’un seul, Messi. Ces deux-là auront formé l’autre duo de choc de l’équipe de ce début de siècle : Messiniesta, la passe, le dribble, le but. Les Rakitic, Neymar, Villa, Pedro et Suarez n’y peuvent rien, ces deux-là ont capté le circuit préférentiel du but, en se trouvant les yeux fermés et plus encore.

Il ne faut pas s’y tromper, Iniesta n’est pas un artiste complexé, désireux de s’effacer derrière les autres pour cultiver un art que la lumière gâterait. C’est un compétiteur acharné, que la défaite débecte. Preuve en est son palmarès qui fait de lui le joueur espagnol le plus titré de tous les temps. Mais il a compris que son magistère technique devait se mettre au service d’une cause plus grande que lui : la victoire.

Andrès Iniesta aura donc eu le bon goût de ne pas se gâcher une saison supplémentaire au top niveau et le souvenir que des générations de footeux garderont de lui. En Chine, au Japon, qu’importe, sa destination sera lointaine. Comme si la distance y pouvait quelque chose, à ce spleen en lui et en nous. Mais un soir, dans la chambre d’un hôtel en verre, entre deux coups de fil à Albacete et trois mails sur la récolte des grains de ses vignobles, Andrès Iniesta, à n’en pas douter, revêtira son corps et son cœur des couleurs blaugrana pour applaudir Messi en planter 4 à Leganés ou soupirer devant un tifo du Camp Nou.

JMP

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