Grande Rougadore #8: Ô VAR, ô désespoir

Une moyenne de deux buts par matches, pas vraiment d’individualités qui se détachent, on vous avoue qu’on était bien embêté au moment de choisir les nommés pour le Grande Rougadore de la semaine. Heureusement, un acteur de la Ligue 1 a fait beaucoup parler de lui ce week-end : la VAR. C’est donc l’occasion de faire un premier bilan, en illustrant nos conclusions grâce à des exemples tirés des matches du week-end. Alors certes, c’est un peu facile de critiquer l’arbitrage français, mais rappelez-vous : « On n’est pas là pour tirer sur l’ambulance. On est là pour lui défoncer sa race, à l’ambulance. »

C’est une nouvelle pour personne, l’arbitrage hexagonal est en retard, voire complètement à la ramasse, en comparaison de ses voisins. Il suffit de compter le nombre d’hommes en noirs français sur la scène européenne. Clément Turpin est le seul à y faire des apparitions régulières. Est-ce pour cela que la Ligue a décidé de se porter volontaire pour expérimenter la VAR au sein du championnat de France, dès cette année ? Peut-être. La technologie devait pacifier les débats entre les arbitres et les joueurs et les entraîneurs, permettre à chacun de se tromper sans que le résultat du match en soit modifié, bref faire cesser les polémiques, ou du moins les raréfier, pas sûr que le but soit atteint.

Quelques exemples tirés des matchs du week-end :

-Bordeaux – Nice: M. Rainville siffle un penalty pour Nice, décision confirmée après examen vidéo. C’est loin d’être au goût des Bordelais.

-Lyon-Reims : deux actions litigieuses : Traoré voit d’abord son but annulé pour un hors-jeu après examen par la VAR. Sur les images on voit bien que le Lyonnais a un demi-pied derrière l’alignement rémois. Seul problème, la LFP a bien spécifié en début de saison que la ligne du révélateur pouvait varier jusqu’à 30 cm, sans que le ballon n’ait véritablement quitté les pieds du passeur sur les images. Or a priori, le doute est censé bénéficier à l’attaquant. Abdelhamidl fauche ensuite le Burkinabé en seconde période, M. Millot n’a cette fois rien sifflé, or après examen des images, il s’avère que le défenseur rémois empêche bien Traoré de reprendre le ballon correctement en heurtant son pied d’appui. Les assistants examinent l’action, mais donnent finalement raison à M. Millot.

– Nantes – Rennes : Les Nantais auraient pu bénéficier de deux penaltys pour une faute sur Waris puis une main évidente de Bensebaini. M. Buquet demande la VAR, mais ne se déplace pas pour aller voir les images et laisse finalement le jeu se poursuivre, provoquant la colère et la frustration des Canaris.

– Marseille – Monaco : Thauvin pense délivrer son équipe à la 70e minute en marquant le but du 2-1, mais après 10 secondes de flottement, M. Lesage demande l’aide de la VAR. Il annule finalement la réalisation à cause d’une semelle d’Ocampos sur le gardien monégasque Benaglio. L’attaquant argentin prend même un carton jaune sur l’action. Marseille passe donc d’un avantage qui paraissait décisif, à un but refusé (à raison a priori) avec un joueur averti en prime. Résultat : une colère noire du coach Rudi Garcia, et un après-match presque exclusivement consacré à cette action.

Le drame de l’erreur manifeste

Bref, la VAR n’a rien réglé, elle n’a en fait que détourné le problème, voire elle l’a même accentué. Avant, les joueurs étaient frustrés que l’arbitre n’ait pas vu une faute évidente, mais pouvaient au moins se « consoler » en se disant que l’erreur était humaine et que, quelque fois, certaines actions sont difficiles à juger à vitesse réelle. Maintenant, l’homme en noir n’a plus aucune excuse, s’il se trompe, il se sera trompé même avec l’aide de la technologie. La frustration est d’autant plus grande que le joueur se sent deux fois plus floué, puisque l’arbitre avait l’occasion de rattraper son erreur.
Quelque chose d’autre empêche la VAR d’être efficace : la notion d’ « erreur manifeste ». Les assistants ne peuvent déjuger l’arbitre qu’en cas d’erreur manifeste de celui-ci, c’est-à-dire, s’ils pensent qu’une seule décision était envisageable, et que ce n’est pas celle-là qui a été prise. Les hommes et femmes présents dans le car ne jugent donc pas seulement une action, ils jugent aussi leur collègue, par la même occasion. Ainsi, très peu de prises de positions sont modifiées, car l’erreur n’est jamais manifeste : la première décision reste presque systématiquement la bonne, puisque sujette à interprétation. Et aller à l’encontre du coup de sifflet initial, ce serait dire à l’arbitre principal : « tu t’es trompé », ce qui limite drastiquement l’effet de la technologie. Ainsi, la frustration n’a donc pas disparu, bien au contraire.
En réalité, la VAR, en France a le même effet que du Mercurochrome sur une jambe de bois.
Pour prendre une autre image : si votre enfant est nul en tennis, vous n’allez pas lui acheter une raquette dernier cri en espérant qu’elle règle tous ses problèmes, vous allez d’abord lui payer des cours de tennis pour qu’il progresse, puis dans un second temps, investir dans un équipement capable de lui faire passer un palier. La LFP a fait le contraire : alors que l’arbitrage français est gangrené, elle a choisi le Mercurochrome, pour éviter (ou repousser) l’amputation.

L’arbitrage en français en cause, davantage que la VAR

En réalité, le souci ce n’est pas la VAR, c’est l’arbitrage français. Quand la FFF a réalisé que son modèle de formation des jeunes joueurs devenait inefficace, elle n’a pas investi pour payer des chaussures dernier cri à tous ses licenciés, mais elle a complètement repensé son système. La VAR est là pour apporter des améliorations par petites touches, pas changer complètement tout le tableau.
On est sympa à WeSport FR, et surtout, on est constructif. Comme la Ligue a l’air de vouloir tenter des choses en matière d’arbitrage, et c’est tout à son honneur, on en profite pour lui soumettre quelques idées. Si on veut pacifier les débats entre joueurs et arbitres, mettre un micro sur ces derniers ne serait pas du luxe. Ça freinerait la véhémence des uns, parfois très agressifs, et ça règlerait aussi quelques polémiques lié au sentiment de toute-puissance des autres. Tony Chapron et Saïd Enjimi notamment, ont été un temps accusés par certains joueurs d’avoir eu des paroles irrespectueuses, embêtant pour celui qui est censé être le garant du fair-play. Justement, peut-être pourrait-on aussi permettre à nos arbitres de s’exprimer auprès des médias, afin d’expliquer leurs décisions. Et par la même occasion en finir avec le caractère « sacré » des hommes en noir : un arbitre n’est pas infaillible, il est donc critiquable et ses décisions peuvent être annulées, même rétroactivement, et ce, même si la VAR est passée par là entre temps. Bref, revenir à une plus grande simplicité, en même temps qu’à une plus grande qualité.

Une fois n’est pas coutume, notre Grande Rougadore n’a pas changé le cours d’un match mais de plusieurs. On reviendra le week-end prochain avec, a priori, un profil un peu plus courant. D’ici là, dimanche soir, il y aura le derby ASSE – OL, et il y a fort à parier que de nouvelles polémiques feront leur apparition. Tu peux aussi lire les autres portraits des GR ici.

Crédit photo de couverture: Getty Images

A propos de l'auteur

Diplômé ESJ Paris, journaliste foot, passé par le Paris Normandie. L'important n'est pas d'avoir raison, mais de l'argumenter. Rabiot est surcôté

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