Grande Rougadore#5: Memphis Depay, génie incompréhensible

On est lundi et le lundi c’est…Grande Rougadore ! Vous aviez le choix entre Edinson Cavani (PSG), buteur à nouveau en confiance et auteur d’un triplé dimanche soir face à Monaco, Régis Gurtner (Amiens SC), encore impérial samedi face au TFC, et qui a clairement permis à son club de remporter trois points précieux dans la course au maintien, Adil Rami (OM), auteur d’un faux doublé, puisque son premier but a finalement été accordé à Ocampos, et Memphis Depay. Ce fut serré, mais le Batave remporte la palme. Commençons donc sans plus attendre à nous pencher sur le cas de celui qui rêve de la jouer comme Beckham mais qui, depuis quelques matches, était plus proche de Gabriel Obertan.

Sifflé à sa sortie du terrain face à Hoffenheim (3-3) mercredi, Memphis aurait très bien pu subir le même sort après son match de Guingamp. Comme tous les Lyonnais d’ailleurs, tant leur première période fut indigne, ne serait-ce que d’un club de Ligue 1.

Dominé dans tous les compartiments du jeu, les Lyonnais subissent et Memphis, comme tous ses partenaires, ne se met jamais en valeur. Il est donc difficile d‘en vouloir particulièrement au Néerlandais. D’autant plus qu’il occupe un poste très particulier, celui d’avant-centre, où, si les ballons n’arrivent pas dans de bonnes conditions, son rayon d’action est franchement diminué. Son binôme à la pointe de l’attaque, Moussa Dembelé ne l’aidant pas beaucoup non plus à briller. C’est donc une première période à oublier, pour tout le monde.
Au retour des vestiaires, on finit par entre-apercevoir une lueur de football, mais c’est presque contre le cours du jeu qu’Aouar égalise, bien servi entre les lignes par Depay. C’en est trop pour Guingamp qui craque. Ou alors, c’en était peut-être trop pour Memphis Depay, qui sait ? Trop de frustration accumulée suite à ses nombreuses occasions ratées face à Hoffenheim, trop de critiques sur son jeu, lui qui a envoyé presque à lui seul l’OL en C1 la saison passée, trop de reproches de ses partenaires et de son entraîneur, lui qui a été sévèrement recadré par Bruno Genesio en début de semaine passée. Bref trop de haine et pas assez d’amour. Et de l’amour il en a mis dans sa frappe à la 67e minute. Un enroulé, aussi soudain qu’exquis, qui atterrit dans le petit filet de Johnsson, complètement surpris, comme tous ses coéquipiers. Un geste sublime, que l’attaquant célèbre le visage fermé, revanchard. L’extraordinaire succéda ensuite à l’imprévisible six minutes plus tard. D’un coup franc de 30 mètres, il expédie une frappe chirurgicale qui, après avoir survolé le mur, replonge parfaitement dans la lucarne guingampaise. Imparable, ou presque, puisque le portier suédois réussit l’exploit de la toucher. Guingamp revenu à 3-2, Depay doit à nouveau enfiler son costume de sauveur. À sept minutes du terme, Depay crochète tout en sobriété (trop rare pour ne pas être souligné) Ikoko pour servir le revenant Maxwell Cornet qui clôt le suspens. Ou quand un lion qui avait déjà rugi trois fois permet à son coéquipier, qui en a les crocs, de briller.
Quatre buts lyonnais samedi, et quatre buts qui portent la marque Depay. Un match à la hauteur du talent du garçon, et c’est bien ça le souci.

Un joueur à la fois constamment frustré et constamment frustrant

Il faudrait être fou, ou ne rien y connaitre au ballon rond, pour contester les aptitudes exceptionnelles de l’ancien du PSV et de MU. Sa seconde partie de saison 2017-2018 le prouve. Il a maintes et maintes fois endossé le costume de sauveur pour sortir son club d’un mauvais pas.
Que ce soit face au PSG, avec une frappe venu d’ailleurs, permettant à son club de pouvoir faire un mug :

Ou face à Marseille, d’une tête rageuse, qui permet à l’OL de recoller à son adversaire du soir dans la course à la C1 :

Mais le Néerlandais n’est pas arrivé il y a six mois. Si on parle autant de sa deuxième moitié de saison, c’est que la première était en dessous des attentes placées en lui. Certains observateurs optimistes ou bienveillants évoquaient un temps nécessaire d’adaptation. Mais ses premiers mois de compétition cette saison sont davantage venu infirmer que confirmer cette thèse. Depay est redevenu brouillon, impatient. Pire, il semblait perpétuellement agacé, et quand certains de ses coéquipiers montraient de l’envie et de la détermination, on peinait à voir chez lui une volonté de jouer pour et avec les autres. Certes, le collectif lyonnais est loin d’être rodé en ce début de saison, mais même dans des matchs comme face à Hoffenheim, ou ses coéquipiers avaient montré de la solidarité, lui avait semblé hors du coup, comme pas concerné par les efforts déployés. Or, si un public pardonne souvent un manque de réussite voire de talent sur une période donnée, il se montre très souvent bien moins patient avec ceux qui ne mouillent pas le maillot.
Ajoutées à cela les déclarations du n°11 lyonnais, réclamant une place de titulaire, qui lui reviendrait de droit et une attitude parfois individualiste sur le terrain, et vous comprenez l’ampleur du cas Depay à l’OL depuis un an. Le joueur frustrant par excellence, qui, quand il l’a décidé, peut être l’égal des plus grands de ce championnat, mais qui peut tout aussi bien sembler ne rien avoir à faire de ce qu’il se passe sur le terrain. Peut-être un jour, apprendra-t-il que pour être le héros d’une rencontre il faut surtout ne jamais en avoir l’intention. Le Néerlandais a l’exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire, en Ligue 1, à Nice. Mario Balotelli a un talent certain, mais à cause de décisions de carrière contestables et d’un ego surdimensionné, il n’a jamais eu la destinée qu’il aurait pu mériter.
C’est un secret de polichinelle, Depay voit l’OL comme une passerelle, lui permettant de passer du statut d’espoir déchu à Manchester United, à celui de crack que tout le monde s’arrache en Europe, le plus rapidement possible. Sachant pertinemment que si son joueur éclate, il en profitera de toute façon, le club a cédé à beaucoup de ses demandes dont celle de ne plus joueur sur l’aile gauche mais en pointe. L’attaquant aux 42 sélections (12 buts) avec les Oranje a donc toutes les cartes en main pour briller.

On espère ainsi retrouver très prochainement Memphis dans notre rubrique. En attendant, nous on se dit à dans deux semaines, trêve internationale oblige. Lyon affrontera alors son rival l’AS Saint-Etienne, un excellent moment pour rentrer dans la légende du club pour l’attaquant de 24 ans. Pour patienter vous pouvez retrouver les portraits de nos précédents Grande Rougadore ici.

 

Crédit photo de couverture: FRED TANNEAU — AFP

A propos de l'auteur

Diplômé ESJ Paris, journaliste foot, passé par le Paris Normandie. L'important n'est pas d'avoir raison, mais de l'argumenter. Rabiot est surcôté

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