[INTERVIEW] Laëtitia Philippe : « Je suis une battante ! »

1

Gardienne depuis plus de dix ans au plus haut niveau du football féminin français, Laëtitia Philippe, 28 ans, revient avec nous sur son parcours, sa carrière ainsi que le développement du football féminin en France. Entretien.

Bonjour Laëtitia, pouvez vous vous présenter pour nos lecteurs ? Où avez vous commencé le foot, d’où vous vient cette passion ?

Bonjour Je m’appelle Laëtitia Philippe, gardienne de but internationale française toujours en activité en D1F, je suis née à Chambéry (Savoie) le 30 avril 1991. J’ai eu envie de jouer au football après avoir vu la France gagner la Coupe du Monde en 1998. Je jouais avec mes cousins ou dans la cours de récréation mais après cela j’ai commencé dans un club à côté de chez moi avec les garçons en catégorie Poussin à Vimines (Savoie), je suis restée une saison dans ce club. Puis j’ai signé à Cognin Sport (Savoie) pour une année également. Suite à un déménagement en Haute-Savoie, j’ai changé de club et je suis arrivée en catégorie Benjamin au FCS Rumilly (Haute-Savoie), j’y suis restée 5 saisons (Benjamin 2e année, moins de 13 ans pendant 3 ans et une année en moins de 15ans). Lors de la saison 2006/2007 j’ai intégré le pôle France à Clairefontaine, je rentrais dans ma famille le week-end et pour jouer un match avec mon club.

À partir de mes 16 ans la mixité n’étant plus autorisé j’ai dû trouver un club féminin. Le Montpellier HSC m’a contacté. Je n’ai pas hésité une seconde avant de donner mon accord. J’étais toujours à Clairefontaine la semaine (le cursus au pôle était de 3 années) et je prenais l’avion tous les week-ends pour aller dans le sud de la France. J’ai joué mon 1er match en Division1F en 2007 à Toulouse à l’âge de 16 ans. Pendant la saison 2007/2008 j’ai joué 4 matchs en D1F et le reste de la saison en équipe réserve qui évoluait en D3. Je suis restée 11 saisons à Montpellier dont 6 en tant que titulaire au poste. Ensuite, j’ai fait une saison à Rodez toujours en D1F, et depuis cette saison je joue pour le FC Fleury 91 en D1F.

Pourquoi le poste de gardienne de but ?

Lors de la Coupe du Monde 98 Fabien Barthez m’a impressionné. J’ai commencé sur le terrain à tous les postes. Puis un entraîneur m’a mit dans les buts pour un match car le gardien n’était pas là. J’ai fait quelques matchs, j’ai alterné entre le terrain et les buts. A un moment donné il fallait choisir, et c’est la cage qui m’a attiré. Je ne saurais pas vraiment l’expliquer. J’aime avoir des responsabilités, il y a une certaine solitude aussi, il faut être fort mentalement et tout cela me plaît.

Vous avez commencé votre carrière professionnelle à 16 ans avec le MHSC, quel souvenir gardez vous de votre premier match ? Comment l’appréhende-t-on ?

C’était à Toulouse en novembre 2007 juste au pied du Stadium sur un terrain annexe. Nous avions gagné 3-0. Je me souviens de mon échauffement. La joueuse qui m’échauffait n’arrêtait pas de me parler pour me dire qu’il ne fallait pas que je me pose de questions, que je savais jouer au foot et que tout se passerait bien. Ça a été le cas. La victoire et un clean sheet. J’étais jeune, je ne me posais pas de question. J’avais la chance de jouer dans un grand club. Jouer en D1 à cet âge la ça n’arrive quasiment plus maintenant. Je remplaçais Céline Deville, j’étais plutôt bien encadré.

Habituée des équipes de France jeunes, vous êtes appelée avec les A et rentrez même en jeu le 21 novembre 2009 contre la Serbie. J’imagine que c’est beaucoup de fierté que l’on ressent à ce moment là ?

Oui énormément. J’étais jeune, je n’avais que 18 ans et j’étais régulièrement appelé en U19F. Je me souviens avoir remplacé Bérengère Sapowicz à 5 minutes de la fin de la rencontre. Mon sourire n’a pas lâché mes lèvres jusqu’au coup de sifflet final. J’ai dû chanter au repas le soir aussi, c’est la tradition pour une première sélection en A. J’avais été appelée sur deux rassemblements avant celui là pour pallier la blessure de Céline Deville. Bruno Bini a voulu me récompenser et me faire profiter de ce moment, c’était un match de qualification pour la Coupe du Monde 2011. Cela va faire 10 ans dans quelques jours, le temps passe vraiment vite mais j’ai encore ces images en tête, mon entrée, les quelques minutes jouées… C’était un moment extraordinaire !

Vous devenez vraiment titulaire en 2011/2012 jusqu’à la saison 2017-2018 où vous perdez votre place à Montpellier pour cause de blessures au dos ? Comment avez vous surmonté ses épreuves ?

Céline Deville a signé à Lyon, j’ai gagné ma place de titulaire et je l’ai gardé pendant pas mal d’années. Malgré des blessures qui m’ont éloigné des terrains un certain temps j’ai su revenir à chaque fois et reprendre cette place. Pour ma dernière saison au MHSC je préfère ne pas en parler plus, c’est du passé. J’ai tourné la page et celle là est loin derrière moi maintenant je continue d’avancer. J’ai vécu des épreuves, je me suis relevée après chacune d’entre elles et cela me rend plus forte aujourd’hui. J’ai appris a prendre du recul, à ne pas tout prendre à cœur. Nous rencontrons des personnes dans notre parcours pro ou perso qui n’ont pas forcément les mêmes valeurs que nous, il faut faire avec.

Une fois rétablie vous n’êtes plus la gardienne titulaire, à quoi vous pensez à ce moment là ?

Pendant toute cette période, j’ai continué à travailler dur avec Dominique Deplagne (l’entraîneur gardiennes), je savais pourquoi je le faisais. Je suis une battante je ne lâche jamais rien. J’ai suivi les nombreux conseils de Bruno Martini également, proche de moi au MHSC. J’ai eu la chance d’être soutenue pour continuer d’avancer.

Après une saison difficile à Rodez où vous êtes reléguée, vous rebondissez au FC Fleury (le club est en D1 depuis 3 saisons), expliquez nous cette dernière saison et ce choix ?

La dernière saison a été compliqué sur le plan sportif avec cette relégation. Le RAF était dans l’élite depuis 10 ans, c’est dur à encaisser mais malheureusement c’est le football. J’espère qu’elles remonteront rapidement en D1F et je leur souhaite. Humainement, j’ai rencontré de belles personnes et j’en garderais un bon souvenir malgré tout. Mon choix s’est fait sur le FC Fleury, j’ai eu un discours très ambitieux de la part du président M.Bovis et du staff. Je suis une compétitrice j’ai besoin d’avoir des objectifs assez élevés pour continuer à progresser encore. Je connaissais pas mal de joueuses avec qui j’avais joué que ce soit à Montpellier ou en équipe de France. Le groupe est vraiment de qualité et je pense que l’ont peut faire vraiment une bonne saison.

“Il n’y a pas de limite”

Aujourd’hui vous avez 28 ans, vous avez déjà une longue carrière riche en expérience, mais vous avez encore de belles années devant vous ! Quels objectifs vous fixez vous pour l’avenir ?

J’ai vécu de très belles choses grâce au football et j’espère en vivre encore. Mes objectifs à court terme seraient de rester au Haut Niveau, continuer de travailler pour progresser encore, d’être performante en club. Il n’y a pas de limite. On ne maîtrise pas tout dans le monde du football, il est difficile d’anticiper quoi que ce soit, je prends tout ce qui est bon à prendre et après on verra de quoi l’avenir sera fait…

Quelle est votre moteur sur le terrain ?

Mon moteur, c’est d’être la plus performante possible à l’instant T. Je suis toujours à la recherche de pistes d’amélioration, il faut toujours chercher à régler des petits détails pour être meilleure.

Nous allons parler du football féminin plus dans sa globalité, quel regard portez vous sur le football féminin après la Coupe du Monde en France ?

Ça a été une belle Coupe du Monde. Dommage que la France n’est pas réussi à aller plus loin devant son public. Le football féminin a bien évolué depuis mes débuts. L’engouement médiatique a progressé largement après la Coupe du Monde 2011 en Allemagne. Nous avions été jusqu’en demi-finale, tout le monde c’était intéressé à cet événement, c’était une grande première d’être autant suivies et encouragées. Le football féminin a évolué dans tous les domaines je pense. Que ce soit physique, tactique, technique, l’encadrement aussi. Les staffs sont plus compétents, les clubs commencent à mettre plus de moyens pour leur équipe féminine. Il y aura toujours des choses à améliorer mais ça évolue doucement.

Les médias comparent souvent le foot masculin et féminin, à tort ou à raison peu importe. On sait que des inégalités existent notamment dans les conditions de travail. Qu’en pensez vous et qu’est-ce que aimeriez changer ou améliorer dans votre sport ?

Oui bien sûr qu’il y a encore des inégalités entre les hommes et les femmes. Malheureusement pour nous, nous ne rapportons rien au club à comparé des hommes (vente de maillots, entrées au stade, droits tv etc…) et tant que cela restera comme ça on ne pourra pas réclamer beaucoup plus. Mais si les inégalités salariales sont encore compréhensives, ce qui est un peu plus problématique ce sont plutôt les conditions de travail. Nous faisons le même sport, autant d’heures d’entrainement, des déplacements un weekend sur deux mais nous n’avons pas toutes la chance d’avoir les mêmes infrastructures. Un terrain décent qui nous est réservé, un vrai suivi médical, l’accès plus rapide pour des examens médicaux, les conditions de voyage varient énormément en fonction des clubs aussi (mini-bus, bus, train, avion, avion privé, hôtel plus ou moins confort…).

On peut dire que le football féminin a encore du retard sur tout cela, mais il est plus jeune aussi que le football masculin, il faudra encore du temps et c’est peut être les générations futures qui auront de meilleures conditions. Depuis mes débuts les conditions d’entrainement et tout ce qui entoure le foot féminin a déjà énormément progressé, il faut que cela continu.

On arrive à la fin de cette interview Laëtitia, que peut-on vous souhaitez pour la suite ?

Rester en bonne santé, une bonne saison avec le FC Fleury, un peu de réussite et le reste viendra !

Un grand merci à Laëtitia pour sa gentillesse et sa disponibilité et nous lui souhaitons une excellente saison avec le FC Fleury 91 !

1 COMMENT

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here