Jeep Elite : l’Elan Chalon au bord du gouffre



Champion de France il n’y a même pas deux saisons, l’Elan Chalon vit des moments compliqués. Digérer le titre n’a pas été chose aisée pour le club du président Juillot. En grande difficulté la saison dernière, longtemps à la lutte pour son maintien, l’Elan n’a réussi à se sauver qu’en fin d’exercice, et peut encore remercier Nate Wolters, meneur américain arrivé lors du sprint final qui a totalement changé la face de l’équipe. Le board Chalonnais ne voulait pas reproduire les erreurs du passé et a travaillé d’arrache pied tout l’été afin de peaufiner un effectif digne de ce nom. Mais après des débuts prometteurs, rien ne va plus et Chalon vient d’enchaîner 12 défaites sur les 15 derniers matchs. État des lieux.

Jean-Denys Choulet, un coach fatigué

En place depuis 2013, JDC, héro lors du titre 2017, a vécu l’une des pires saisons de sa carrière l’an dernier. Lui qui est connu et reconnu pour son flair historique, capable d’aller chercher des joueurs au fin fond de l’Europe et d’en faire des top players (Roberson, Clark, Booker…) s’est trompé dans les grandes largeurs l’an dernier. Le départ de la majorité des champions de France a obligé Choulet a construire son effectif autour d’un duo Lance Harris – Jérémy Nzeulie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’échec a été cuisant. De l’arrivée d ‘Adam Smith, resté très peu de temps en Bourgogne, à l’imbroglio autour de Pierre-Antoine Gillet désireux de résilier son contrat après une saison loin de son standing Belge, mais qui a finalement demandé à rester, la saison a été longue. Darrin Dorsey est arrivé à la mène et a été l’un des joueurs les plus sifflés de l’histoire par le Colisée. Entre temps, Raphiael Putney n’a même pas eu le temps d’esquisser un sourire qu’il fut couper par le staff, tout comme Jevohn Shepherd, blessé sérieusement et qui a été envoyé à Nancy. Khalid Boukichou et James Farr n’ont jamais été au niveau escompté, et c’est presque les deux tiers du roster Chalonnais qui ont déçu. Seul Pinault en sortie de banc et l’illustre Mickaël Gélabale ont répondu aux attentes, tout comme Ousmane Camara dans la raquette. JDC a donné de sa personne, et a eu du mal à s’en remettre. Heureusement, Wolters est arrivé, et l’Elan a enchaîné les succès en fin de saison, pour se maintenir confortablement.

crédit photo : bebasket

Cette saison, Choulet a voulu éviter tout accident industriel et s’est appuyé sur des joueurs d’expérience, avec un passé reconnu. Gelabale et Camara sont resté, Riley, grand fidèle de notre championnat et champion avec le Mans l’an dernier est arrivé, tout comme Sanford, auteur d’une bonne saison avec Antibes (14,3pts à 50% au shoot, 3rbds). Palacios, rodé aux joutes Européenne (Rytas, Gran Canaria, Besiktas) à également débarqué sur les quais de Saône. Le pari Justin Robinson commence à prendre du plomb dans l’aile (voir ci-dessous), et l’apport du centre de formation (Ca, Niasse, Ndoye) a également un apport mitigé. Choulet semble démotivé, au bord de la rupture.

Une méthode qui s’essouffle

Car Choulet a toujours fonctionné de la même façon : des intérieurs de devoir, des meneurs créatifs venus de nul part et des extérieurs capables d’envoyer bombes sur bombes. Cela a parfois fonctionné (l’année du titre, avec les Roberson, Bouteille, Nzeulie, Harris Fall and co), parfois moins (on se souvient encore de la période Suggs, Ireland, Rich du coté du Colisée). Cette année, cela semblait bien commencer, et puis, d’un coup, plus rien. La méthode Choulet commencerait-elle a atteindre ses limites ? Possible, d’autant plus que le courant n’a plus l’air de passer avec Dominique Juillot. Même si ses joueurs semblent encore le soutenir, certains ont l’air démotivés. Et puis, à force, les adversaires ont compris : si ils parviennent à maintenir l’Elan sous la barre des 75pts, il y a de très fortes chances qu’ils remportent la partie. JDC mise tout sur l’offensif, et ses ouailles ne sont pas réputés pour être des défenseurs assidus. Même si Camara dissuade dans la raquette, Palacios a parfois du mal à sortir sur un poste 4, tout comme Gelabale, bien moins fort physiquement que dans ses grandes années. Pinault et Sanford n’ont pas été engagés pour leur jeu défensif tandis que Robinson est plus petit que la majorité des meneurs de Jeep Elite, donc pas évident de défendre. Alors, quand tout va offensivement, cela fait l’affaire tant Choulet est capable de transcender ses joueurs au point de leur faire atteindre une confiance inébranlable. En revanche, quand l’adresse n’est pas au rendez-vous, cela devient tout de suite plus problématique. Pas étonnant que sur ses 6 dernières défaites en championnat, le club Bourguignon n’ait pas dépassé la barre des 80pts une seule fois. Il faut donc essayer de serrer les boulons, au risque de prendre encore la marée quelques temps.


Trop fort trop vite ?

Pourtant, tout avait parfaitement commencé : avec 6 victoires après 8 journées, l’Elan semblait bien partie pour jouer le haut de tableau. Seul une défaite à Bourg dans un derby et un ASVEL trop fort avaient réussi à faire chuter Chalon. Surtout, l’effectif semblait en parfaite armonie, autour d’un Justin Robinson, successeur attitré de son presque homonyme Roberson, parti un an plus tôt à l’ASVEL. Très bon manieur de ballon, très créatif, excellent passeur (meilleur passeur du championnat avec 7.6 asts), le petit américain, débarqué de Russie cet été, a en plus une faculté incroyable à devenir clutch dans les moments chauds ; demandez donc à Monaco, qui pensait s’imposer au Colisée, avant que le lutin ne plante 2 bandrilles à 3pts dans la dernière minute, dont un shoot à plus de 9m.

crédit photo : basketeurope

Malheureusement, sa baisse de régime à coïncidé avec le déclin des rouges et blancs. Sanford n’est plus en réussite, tout comme Riley, Camara semble au bout du rouleau, et les jeunes apportent tant bien que mal, mais pas suffisamment pour la Jeep Elite. Seul Juan Palacios est au niveau, toujours très propre, performant, sans faire de bruit. Mais il risque de ne pas faire de vieux os du coté de la Bourgogne. Et depuis ce départ tonitruant, rien ne va plus : seulement 3 victoires en championnat et 11 défaites, plus une supplémentaire dans un derby contre la JDA en Coupe de France. Les joueurs, pourtant très proches les uns des autres, vivent plutôt bien l’effet de communauté, contrairement à la saison dernière où les tensions étaient palpables. Justement, cette ambiance colonie de vacances n’est-elle pas en train de porter préjudice ? Sans doute, et il va falloir faire une série, pour se mettre rapidement à l’abri. En effet, Fos, premier relégable, ne compte que 2 victoires de moins à 12 journées de la fin.

Un club à sa place ?

Finalement, on a l’impression que le marasme de l’année dernière n’a pas servi de leçon. Ou alors, le club n’a-t-il tout simplement pas les moyens d’en éviter un nouveau ? Difficile à penser, même s’il est vrai que l’Elan ne fait pas forcément partie des «murs» du championnat. Bien que le club ait remporté le titre en 2012 et 2017, il est compliqué de mettre Chalon dans la même case que l’ASVEL, Strasbourg, Pau, Le Mans ou encore Limoges voir Cholet.
Pourtant, le club dispose du 8ème budget de la ligue et d’une des meilleures ambiances du championnat, souvent propice à transcender les joueurs. Régulièrement, le club dispute les playoffs. Ça a été le cas 5 fois sur les 6 dernières saisons, depuis le titre de 2012 et l’avènement de l’Elan. Mais une seule fois le premier tour a été franchi, l’année du deuxième titre en 2017. Comme quoi, même si l’histoire récente du club est belle, elle est moins imposante que certains historiques.

Certes, l’Elan Chalon n’est assurément pas la meilleure équipe du championnat. Mais tout de même ; voir le champion de France 2017, qui avait enivrer tout bon amateur de basket cette année-là et même plus régulièrement depuis que Jean-Denys Choulet (fervent amateur d’un basket champagne, offensif) en est le coach, est dommagable. Espérons que le club parvienne à se maintenir aisément avant d’attaquer le prochain exercice de pied ferme. Avec une reconstruction à tous les étages ? Sans doute, puisque Dominique Juillot, le président, a déjà annoncé que JDC s’en irait à la fin de la saison.

 



A propos de l'auteur

Supporter inconditionnel de l'Olympique de Marseille mais aussi du football en général. Fan des Houston Rockets mais surtout de The Beard.

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