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JO Tokyo – En route pour le doublé : l’épée française à nouveau dorée ?

Escrime épée

Aux Jeux olympiques de Rio il y a cinq ans, la France avait obtenu 42 médailles, record d’après-guerre, dont dix titres olympiques. Parmi ces dix champions, certains tenteront de conserver leur titre et d’autres espéreront que leurs compatriotes leur succéderont. Parmi les neuf disciplines qui viseront un doublé Rio/Tokyo (seul le deux de couple poids légers homme n’est pas qualifié pour les JO après son titre en 2016), zoom aujourd’hui sur l’Équipe de France d’épée qui tentera d’asseoir un peu plus sa domination sur la discipline aux Jeux olympiques.

La discipline : épée par équipe hommes

L’escrime et les Jeux olympiques, c’est une histoire d’amour qui ne s’est jamais arrêtée et qui dure depuis les olympiades d’Athènes en 1896. Sport prônant les valeurs défendues par Pierre de Coubertin, il fait partie des quatre irréductibles (avec l’athlétisme, la natation et la gymnastique) à n’avoir jamais quitté le programme olympique. Dans ce sport de combat si particulier où l’objectif est de toucher son adversaire avec la pointe ou le tranchant de son arme, trois catégories – ou type d’armes – se distinguent : l’épée, le fleuret et le sabre.

Discipline olympique depuis 1900 (1908 pour la compétition par équipe), quatre ans après le fleuret et le sabre car aucun tireur ne s’était présenté en 1896, l’épée est peut-être l’arme la plus simple des trois constituant l’escrime sportive aux Jeux olympiques. Arme d’estoc où seuls les coups portés avec la pointe sont comptabilisés, elle peut toucher l’adversaire sur tout le corps, seule l’arme n’étant pas comptée comme surface valide. Sans règle de priorité, contrairement au fleuret ou au sabre, elle accorde une touche à chaque tireur si ces derniers se touchent mutuellement au même moment.

Aux Jeux olympiques, lors de l’épreuve par équipe, la première nation à atteindre la barre des 45 points remporte le match. La partie s’effectue en relais entre les trois tireurs de chaque équipe, un tireur laissant sa place au suivant une fois qu’il a inscrit cinq points. S’il ne parvient pas à atteindre ce total au bout de trois minutes, il doit tout de même laisser sa place à son coéquipier qui restera en piste jusqu’à atteindre la fin de son relais ou l’expiration de trois nouvelles minutes.

La France avant 2016

Dans l’ère moderne, la France est l’une des nations les plus titrées et récompensées en escrime aux Jeux olympiques. Avec 42 médailles d’or au compteur, les escrimeurs français ne sont devancés que par l’Italie (49), les Transalpins étant également les seuls à compter plus de médailles dans cette discipline que les Français (125 contre 118).

Avec le fleuret, l’épée est le principal pourvoyeur de titres pour la France en escrime. Depuis les Jeux olympiques de 1900 à Paris, les Français ont été sacrés à sept reprises en individuels (dont quatre avant la Seconde Guerre Mondiale et une seule fois chez les femmes) pour neuf titres par équipe. Mieux, l’épreuve par équipe a permis à la France de monter dix-sept fois sur le podium depuis son intronisation en 1908. Autant dire que la délégation de 2016 arrivait avec une certaine tradition à respecter.

Succéder à Grumier, Jérent, Borel et Lucenay

Daniel Jérent, Yannick Borel, Gauthier Grumier et Jean-Michel Lucenay (de gauche à droite) après leur titre à Rio (Crédit : AFP)

Déjà sacrée en 2004 et 2008 et ainsi double tenante du titre (il n’y eut pas d’épreuve par équipe en épée en 2012 à Londres), l’Équipe de France arrivait avec un statut à défendre du côté de Rio. Pour se faire, une véritable armada fut constituée : l’expérimenté Gauthier Grumier, champion d’Europe 2015 et médaillé de bronze puis d’argent aux championnats du monde 2014 puis 2015, le talentueux Yannick Borel, champion d’Europe quelques mois avant les Jeux, Jean-Michel Lucenay, bronzé également à Torun aux championnats d’Europe 2016, et Daniel Jérent, vice-champion du monde 2013 et champion de France 2014. Ensemble, ces quatre hommes vont devenir champions d’Europe en 2016, se préparant de la meilleure des manières pour les olympiades à venir.

Meilleure équipe au classement FIE (Fédération Internationale d’Escrime), la France se présente en qualité de tête de série n°1 dans ce tournoi olympique et retrouve le Venezuela pour son entrée en lice. Sans sourciller, les Bleus s’imposent facilement (45-29) et filent rejoindre la Hongrie en demi-finale. Face à des Hongrois qui comptent notamment Géza Imre, champion du monde 2015 et vice champion olympique quelques jours plus tôt après avoir battu Gauthier Grumier (finalement 3e) en demi-finales, la France est accrochée mais s’en sort finalement (45-40) pour se qualifier en finale, s’assurant ainsi une cinquième médaille consécutive.

En finale, la France retrouve l’Italie dans ce qui s’apparente à une revanche pour les épéistes tricolores. Battus par les Italiens en quart de finale des championnats du monde deux ans plus tôt, les Bleus sont en mission et ne laisseront aucune chance à leurs adversaires. Rapidement devant, l’Équipe de France fait la course en tête jusqu’au dernier relais de Yannick Borel qui n’a plus qu’à conclure la démonstration des siens (45-31). Huit ans après les frères Jeannet et Ulrich Robeiri, le quatuor Borel/Grumier/Jérent/Lucenay (remplaçant) est champion olympique.

Les chances en 2021

Cinq ans après son sacre à Rio, la France repart à la chasse pour conserver sa triple couronne olympique et assurer un sixième podium consécutif en épée par équipe. Qualifiée une nouvelle fois en qualité de meilleure nation au classement FIE à la fin des qualifications le 23 mars dernier, l’Équipe de France pourra bien tenter de conserver son dû. Tête de série n°1, elle emmènera à Tokyo un mélange d’expérience et de jeunesse.

Déjà dans l’équipe au Brésil, Yannick Borel arrivera avec encore plus de confiance qu’il y a cinq ans. Champion d’Europe en 2017 et 2018 puis champion du monde en individuel pour la première fois de sa carrière en 2018, le Guadeloupéen a étoffé son palmarès et sera à nouveau le fer de lance de cette équipe au Japon. À ses côtés, trois hommes découvriront les Jeux olympiques. Champions du monde par équipe aux côtés de Borel en 2019, les trentenaires Alexandre Bardenet et Ronan Gustin seront du voyage, même si ce dernier y sera en tant que remplaçant. Benjamin de l’équipe à seulement vingt-trois ans, Romain Cannone profite lui de l’éviction de Daniel Jérent, pénalisé pour un contrôle positif, pour s’inviter parmi les trois tireurs titulaires.

Comme indiqué précédemment, la France se présentera à Tokyo en tant que championne du monde en titre après s’être imposé à Budapest il y a deux ans. Si la non-convocation de Daniel Jérent peut s’apparenter à un coup dur, les ambitions ne changent pas : la médaille d’or et rien d’autre. Toutefois, les Français devront faire face à une rude adversité. Parmi les principaux adversaires des Bleus, on peut citer le Japon, pays hôte qui possède trois tireurs dans le top 15 mondial, mais aussi l’Italie, rival historique de la France et deuxième meilleure nation au classement FIE, ou encore l’Ukraine, vice-championne du monde malgré une équipe vieillissante. Tout autre résultat qu’une médaille serait une déception pour le clan tricolore qui compte bien conserver son titre pour le défendre une nouvelle fois à Paris en 2024.

Pour savoir si la France réalisera le doublé Rio/Tokyo, rendez-vous le 30 juillet pour l’épreuve d’épée par équipe qui se déroulera dans la Makuhari Messe de Tokyo.

Crédit image en une : Olivier BUNIC/AFP

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