Kicker, une évolution du risque jusqu’au soccer-style

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Kicker
(Crédits : Associated Press)

Le poste de kicker a une place à part au football américain. Joueur ultra précieux, sa réussite peut changer le cours d’un match, tout comme ses échecs peuvent annihiler les espoirs de victoire de son équipe. Toutefois, les kickers n’ont pas toujours eu cette place spéciale sur les terrains, notamment en NFL, et ont vu leur rôle changer drastiquement depuis plus d’un siècle. Retour sur cette évolution qui a mis ce poste en pleine lumière.

Une tâche supplémentaire

Kicker n’a pas toujours été un poste à part entière. En effet, pendant de très nombreuses années, c’était le joueur de l’effectif avec la meilleure aptitude au pied qui se chargeait de frapper les kicks lors des matchs. De fait, certaines des premières figures de la NFL cumulaient un rôle, souvent en attaque, avec celui de kicker. Pour ne citer qu’eux, Lou Groza (offensive tackle), George Blanda (quarterback) et Paul Hornung (running-back) furent de grands joueurs dans la NFL des années 50 et 60 en alternant entre jeux offensifs et coups de pied. Ainsi, à cette époque, le kick n’était qu’une tâche secondaire dans le jeu et représentait plus une alternative risquée (environ 40 % de réussite au cours des années 50) qu’une véritable option pour inscrire des points.

Spécialisation et placekicking

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Ben Agajanian, un des premiers kickers à temps plein en NFL. (Crédits : Press Gazette)

Avec l’abolition du “one platoon system” au cours des années 40, qui obligeait les équipes à aligner le même personnel en attaque et en défense, les franchises se tournèrent peu à peu vers la spécialisation de joueurs sur certains postes. Cette révolution de l’utilisation de l’effectif affecta bien évidemment le kick, et l’on vit ainsi se développer des joueurs utilisés uniquement pour kicker le ballon. Si historiquement on lie ce mouvement à Ben Agajanian, considéré comme le premier kicker à temps plein lors de la saison 1945, il n’est pas impossible que d’autres joueurs ait eu ce rôle avant lui quelques années auparavant. L’avènement de cette nouvelle position va légèrement augmenter la réussite des joueurs sur cet exercice et ainsi présenter le field goal comme une véritable arme offensive, malgré des pourcentages de réussite encore faibles.

Ancienne école et Gogolak

Si la réussite sur field goal est restée faible malgré la spécialisation du personnel, c’est également dû à la technique utilisée pour frapper ce type de coup de pied. Après avoir privilégié les drops pendant plusieurs décennies, le principe de placekicking a ensuite suppléé cette technique grâce au straight-on kick. Le principe ? Prendre une course d’élan droite et frapper le ballon avec la trajectoire la plus rectiligne possible grâce à la pointe de son pied. Si cela permet de minimiser l’effet conféré au ballon, cela diminue la puissance et n’augmente que très modérément la précision. De plus, le kicker est obligé de porter une chaussure avec un bout carré afin de réussir sa tâche. Loin d’être parfait, le straight-on kick va peu à peu disparaître du paysage footballistique suite à la montée de la méthode européenne.

L’histoire s’écrit lors d’un scouting des Buffalo Bills, alors en AFL, durant un match à Cornell en 1964. Sur le terrain se trouve un émigré hongrois, Pete Gogolak, qui va être à l’origine de la transformation du kick aux États-Unis. Ce jour-là, le senior va enchaîner kick sur kick dont un à 50 yds, une distance difficilement atteinte dans les ligues professionnelles. Ce qui impressionne les scouts, ce n’est pas sa régularité mais sa façon de frapper le ballon avec son pied. Gogolak prend une course d’élan légèrement décalée par rapport au cuir et le frappe avec l’intérieur de son pied : une technique diablement efficace qui va peu à peu devenir la norme.

Ce kick soccer-style s’inspire fortement d’une frappe au football roi en Europe, auquel Gogolak avait l’habitude de jouer dans son pays natal. Avec son style particulier pour l’époque, le joueur sera drafté par ces mêmes Bills lors de la Draft AFL de 1964, avant de rejoindre les New York Giants et la NFL deux ans plus tard, en 1966.

La révolution européenne

Jan Stenerud, kicker révolutionnaire dans les années 70. (Crédits : Getty Images)

La démocratisation de cette façon non-conventionnelle de frapper les kicks va pousser la NFL à s’ouvrir vers le vieux continent sur la position. Chaque année, un nouveau kicker européen va s’imposer dans une franchise différente : Garo Yepremian (Chypre, Detroit Lions) en 1966, Jan Stenerud (Danemark, Kansas City Chiefs) en 1967, Bobby Howfield (Angleterre, Denver Broncos) en 1968 puis Horst Muhlman (Allemagne, Cincinnati Bengals) en 1969 et Toni Fritsch (Autriche, Dallas Cowboys) en 1971. Peu à peu, la ligue abandonne le straight-on kick au profit de cette nouvelle technique. 23 ans après les débuts de Gogolak, tous les kickers de la ligue utiliseront cette nouvelle façon de kicker.

Outre l’aspect technique, ce changement a permis à la NFL de s’intéresser à l’Europe, alors même que ce sport est considéré comme une chose purement américaine. Des européens débarquèrent sur les terrains et l’intérêt grandit pour ce sport de l’autre côté de l’Atlantique, et l’on peut ainsi dire que Pete Gogolak est à l’origine de l’ouverture de la ligue vers un monde nouveau. Son style atypique a plus été un déclic qu’une invention, car d’autres kickers se servaient déjà du soccer-style et ont inspiré le hongrois. Parmi eux, on peut citer le polonais Fred Bednarski en 1957 avec Texas, Evan Paoletti en 1958 avec Huron College ou encore Walt Doleschal, kicker tchécoslovaque de Lafayette entre 1959 et 1961. Des précurseurs oubliés qui ont participé à l’éclosion d’une technique efficace.

Technique et Statistique

Mais pourquoi le soccer-style s’est autant démocratisé à travers la ligue ? À vrai dire, pour plusieurs raisons techniques. Tout d’abord, il était bien plus simple et bien plus naturel pour n’importe quel joueur de frapper le ballon avec l’intérieur du pied plutôt qu’avec la pointe. Il était également plus naturel pour le joueur de prendre une course d’élan décalée par rapport au ballon pour venir frapper le cuir, plutôt que de se placer derrière le ballon et de courir tout droit. Botter avec l’intérieur du pied permettait également d’avoir une surface de frappe plus importante et ainsi de maximiser ses chances de réussite et de réduire la marge d’erreur.

(Crédits : ABC News)

Avec tous ces bénéfices, les statistiques des kickers se sont largement améliorées. Le plus frappant est le taux de field goals réussis à travers la ligue au cours du temps. Au début des années 60, avant l’apparition du soccer-style et l’émergence de kickers à plein temps, environ 53,8 % des kicks étaient réussis. Suite à la démocratisation de la nouvelle technique, le pourcentage a évolué pour monter à 72,2 % en 1985, soit une évolution de +18,4 % en vingt ans. À partir de 1986, année qui marque la retraite de Mark Moseley, dernier straight-on kicker de la ligue, le pourcentage n’a cessé d’augmenter pour atteindre 84,5 % en 2015.

La réussite a également explosé sur les field goals longs (50+ yds), passant de 13,1 % dans les années 60 à 35,6 % dans les années 80 puis 65 % en 2015. Une preuve que toutes les modifications autour de la position ont profité au kick.

Le poste de kicker a connu une évolution impressionnante des années 50 à aujourd’hui. De tâche supplémentaire à poste à plein temps, avec la modification de la technique de frappe, le kicker s’est peu à peu affirmé comme un poste clé en NFL. Aujourd’hui, avoir un bon kicker est primordial pour n’importe quelle franchise car il peut lui permettre de lui sauver bien des situations compliquées.

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