Le Clasico de ce dimanche est-il moins attrayant ?

En sortant sur blessure samedi dernier face à Séville, Lionel Messi a été contraint de déclarer forfait pour le Clasico de dimanche. L’absence du quintuple Ballon d’Or, couplée à d’autres facteurs, remet-elle en question l’intérêt de ce choc ?



Des grands absents et des équipes peu performantes

Le numéro 10 barcelonais ne sera pas le seul absent ce dimanche. En effet, ce 238ème Clasico marquera la fin d’une ère : ni Messi ni Ronaldo ne fouleront la pelouse, une première depuis le 23 décembre 2007. Depuis que le portugais a rallié les rangs de la Juventus Turin cet été, le véritable match dans le match qui opposait deux des meilleurs joueurs de l’histoire ne sera plus et estompe quelque peu l’intérêt de certains pour cette rencontre. Plus que deux monstres sacrés du football, ce sont les deux meilleurs buteurs du Clasico, avec 26 unités pour Messi et 18 pour Ronaldo (à égalité avec Di Stefano), qui ne seront pas présents. Mais les deux éternels rivaux ne seront pas les seuls absents de marque : bien qu’il ait été cantonné à un rôle de remplaçant ces dernières années, Iniesta ne sera pas non plus parmi le groupe catalan après son départ pour le Japon en fin de saison dernière. Trois grands noms qui ne seront pas inscrits sur la feuille de match et dont la résonance manquera assurément dans les travées du Camp Nou.

Au-delà des individualités, la forme actuelle des deux équipes pose des interrogations quant à leur potentielle prestation ce dimanche. Du côté madrilène, Lopetegui et ses hommes semblent s’enfoncer peu à peu dans une crise. Si la victoire mardi soir face au modeste Viktoria Plzen (2-1) a donné un léger bol d’air à des Merengues en difficulté, leurs dernières sorties en Liga témoignent d’un collectif affaibli par rapport à la saison passée. Avant la rencontre de Ligue des Champions face aux Tchèques, les pensionnaires du Santiago Bernabeu restaient sur une série de cinq rencontres sans victoire toutes compétitions confondues, dont quatre défaites. Un bilan alourdie par un mutisme offensif inquiétant : la réduction du score de Marcelo en Liga samedi dernier face à Levante (défaite 1-2) a mis fin à 481 minutes sans inscrire le moindre but, la plus longue série de matchs sans marquer de l’histoire madrilène. Des chiffres inquiétants dont découle la 7ème place actuellement occupée par le Real Madrid en Liga. En ayant acquis 14 points acquis en neuf journées, les Merengue ont signé leur pire bilan à ce stade du championnat depuis la saison 2001/2002.

Pour autant, la Maison Blanche n’est pas définitivement larguée dans cette Liga. Seuls quatre points les séparent du leader barcelonais. En effet, les catalans éprouvent également des difficultés en ce début de championnat avec seulement 18 points pris sur 27 possibles, loin de leurs standards habituels. Bien qu’ils n’aient qu’une seule défaite au compteur (2-1 face à Leganés, actuel 18ème du championnat), les coéquipiers de Dembélé ont concédé trois matchs nuls face à Girone, Bilbao et Valence qui pointent respectivement aux 15ème, 17ème et 14ème places du championnat. Si la probante victoire mercredi face à l’Inter Milan a assurément renfloué le capital confiance des blaugranas, il n’est pas à exclure que quelques forces soient restées sur la pelouse suite à cette rencontre de haute intensité.

Ce Clasico opposera donc deux équipes qui paraissent assez loin de leur habituelle magnificence en ce début d’exercice 2018/2019. Des groupes aux performances en demie-teinte fragilisés par des absences de renom ne seraient donc pas en mesure, selon certains observateurs, de nous offrir le spectacle tant attendu. Mais si le Barça et le Real nous offraient en réalité un Clasico aux enjeux concrets traduits par une rencontre de haute volée ?

Une rencontre historique aux résonances singulières

L’histoire du football nous a démontré que le Clasico est un match différent des autres, imperméable à toute dynamique de groupe. Les barcelonais savent aussi bien que les madrilènes que s’il y a bien un match à remporter dans la saison, c’est celui-ci. Et ce dimanche, au-delà de la rivalité historique, géographique, politique et sportive, la victoire pourrait bien jouer un rôle de rampe de lancement à l’équipe qui ressortira vainqueur du Camp Nou.

Cette saison, l’habituelle polarisation du championnat espagnol séparant Barcelone, le Real Madrid et l’Atletico de Madrid des autres équipes n’est plus. Après neuf journées, les équipes du haut de tableau se tiennent dans un mouchoir de poche et comme dit précédemment, quatre petits points séparent le Barça du Real. Les deux équipes se voient donc dans l’obligation de gagner ce dimanche afin de véritablement lancer leur saison.

Du côté catalan, on aura à cœur de confirmer les belles victoires acquises contre l’Inter Milan et à Tottenham en Ligue des Champions. Des performances notables qu’il faudra concrétiser face à l’éternel rival afin de conserver une maigre avance en tête de la Liga et de peut-être commencer à s’échapper du peloton. Le match de dimanche offrira donc aux catalans une occasion de donner un bel élan dans leur course vers le titre.

Dans la capitale espagnole, les inquiétudes se font plus nombreuses. La situation de l’équipe porte à croire que l’entraîneur Julen Lopetegui devra son salut à l’issue de la rencontre, après des débuts très critiqués et un bilan indigne de la réputation du Real Madrid. Avec six victoires, deux matchs nuls et cinq défaites depuis le début de la saison, l’aventure de l’Espagnol à la tête de la Maison Blanche pourrait tourner court en cas de défaite en terre barcelonaise. Le Real se doit donc de remporter ce Clasico afin de sortir de la crise et sauver la tête de son coach. Une mission pour laquelle les Merengue semblent très impliqués si l’on en croit les propos de Nacho : 

« Ce que je souhaite, en tant que joueur, c’est de gagner dimanche et je veux que Julen continue. […] Nous devons traverser ces moments compliqués et maintenant, il faut remporter le Clasico ». Son coéquipier Benzema n’en pense pas moins : «Lopetegui est un très bon entraîneur. Nous, les joueurs, sommes avec lui ».

Un Barça désireux de lancer véritablement sa saison en Liga affrontera donc des madrilènes soudés derrière leur entraîneur assis sur un siège éjectable. Une opposition qui, sous cet angle, paraît tout à fait alléchante, d’autant plus si l’on y rajoute les forces individuelles en présence.


En l’absence de leur meneur de jeu argentin, une part de l’attention sera portée sur le blaugrana capable d’illuminer la rencontre par des gestes de génie. Un costume qui semble taillé pour Coutinho ; le brésilien a toutes les qualités pour palier le forfait de Messi et s’imposer comme le leader technique du Barça en prenant davantage de responsabilités afin d’assurer le spectacle sur la pelouse. En face, des joueurs comme Isco pourront également profiter de l’occasion pour s’imposer comme le véritable détonateur madrilène. Deux joueurs de grand talent dont la capacité à endosser le rôle de chef d’orchestre reste cependant encore à prouver. Mais alors que les habituels vedettes ne seront pas là, ce Clasico apparaît comme l’occasion parfaite pour ces deux prodiges de s’accaparer la lumière grâce à leurs dribbles déroutants et leur vision du jeu exceptionnelle.

Bien que la pure qualité de jeu et la technique soient au centre des débats footballistiques, des matchs comme le Clasico sont également marqués par un très fort engagement physique qui dépasse bien souvent le seuil de tolérance. Et des joueurs capables de dynamiter la rencontre seront bien présents : Piqué, Ramos, Vidal, Carvajal, Suarez ou encore Casemiro ne manqueront sûrement pas d’étaler leur caractère bien trempé sur le terrain (si ce n’est sur les genoux de leurs adversaires).

Malgré l’absence des deux quintuples Ballon d’Or qui ont porté les ambitions de leurs clubs pendant une dizaine d’années, le Clasico de dimanche devrait tout de même tenir son rang et satisfaire des centaines de millions de téléspectateurs. Le Barça poursuivra-t-il sa remise en forme pour se lancer définitivement ? Lopetegui sauvera-t-il sa tête ? Comment les deux équipes se passeront-elles des deux meilleurs buteurs de l’histoire du Clasico ? Tant de questions auxquelles vingt-deux hommes tenteront de répondre dimanche soir.



A propos de l'auteur

Plus à l'aise stylo en main que balle au pied. Etudiant en journalisme mais avant tout fan inconditionnel de football.

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