Le combiné alpin, spécialité française

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Ligue 1

A l’instar de l’individuelle en biathlon le combiné alpin est le sous-exploité de la Coupe du Monde. Anciennement nommé le super-combiné, son changement d’appellation fait suite à son nouveau format. En effet, au départ, l’épreuve comportait une descente raccourcie et deux manches de slalom, ce qui avantageait bien largement les techniciens. Puis, à la fin des années 2000, pour équilibrer les chances, on enleva un des runs entre les piquets et la descente est certaines fois, remplacée par un super-G pour rééquilibrer les chances de tous. Et cela a eu une conséquence. Celle de voir les français y briller.

La recette du succès

Si les vainqueurs et les podiums varient toujours d’un combiné à l’autre, avec de temps en temps, quelques surprises il existe tout de même une constante dans le combiné alpin. Celle de voir au moins un Français sur la boîte depuis 2012 en Coupe du Monde, sans compter le paquet de Top 6 en plus, dont l’apothéose a eu lieu en 2016 avec un fabuleux triplé à Kitzbühel, rien que ça. A quoi peut-on attribuer cette réussite et quel est l’avenir en Bleu dans l’épreuve? Le succès vient tout d’abord de la “fusion” des groupes de vitesse et technique qui ne s’entraînaient pas ensemble lors des périodes préparatoires et donc peu dans les disciplines contraires. Cette méthode ne permettait pas non plus un échange d’informations sur le matériel, les sensations et surtout un apport de connaissances entre les deux blocs. Or, le combiné alpin demande des qualités et des connaissances dans les deux domaines. Rester imbriqué dans son cercle de spécialistes de la vitesse ou technicien sans avoir aucune vue réelle sur les besoins, fonctionnement et spécificités techniques et tactiques de l’autre amenait donc la participation à la discipline à l’échec. 

Victor Muffat Jeandet (2è) Alexis Pinturault (1er) et Thomas Mermillod Blondin (3è) pour un triplé d’anthologie (crédit photo: ffs.fr)

C’est à l’aube de cette décennie que la direction des équipes de France alpin a décidé de fusionner les deux groupes afin d’apporter plus de motivation, d’esprit de groupe mais aussi, donc, pour les raisons évoquées plus haut. De même, de plus en plus de géantistes s’adonnent au Super-G pour scorer au général pour les meilleurs mais aussi pour préparer les combinés. La méthode française ne permettait donc pas aux techniciens plus typés Géant de “monter”. Depuis, ce mélange a été possible et on en voit aujourd’hui les effets. Mais il ne suffit pas de fusionner les groupes pour réussir. Il faut aussi un bon niveau global, des capacités et une motivation pour cette épreuve. Un profil “descendeur” ne peut se muer en slalomeur de talent d’un jour à l’autre, même si certains, à l’instar d’un Adrien Théaux, d’un Dominik Paris ou des Norvégiens, du temps où ils gagnaient, grâce surtout à de grosses descentes ou super-G, ont commencé par cette discipline dans leur jeunesse – leur physique ayant eu finalement raison de leur choix – alors que de passer des épreuves techniques au Super-G voire à la descente est bien plus commun en pleine carrière sur le circuit.

Des ombres au tableau

Mais ce qui fait également et peut-être, surtout, la réussite des français en combiné alpin est que la majorité d’entre eux sont avant tout de très bons géantistes voire des spécialistes. De ce fait, évoluer sur un Super-G ou sur une descente raccourcie ne leur pose pas vraiment de problèmes, d’autant qu’on retrouve une densité de descendeurs forcément moins importantes, car moins de candidats, permettant ainsi aux “typés techniciens” de rentrer plus nombreux dans les 30 premiers pour le slalom. C’est ainsi qu’Alexis Pinturault, Victor Muffat Jeandet, Thomas Mermillod Blondin, Maxence Muzaton, Adrien Théaux, Valentin Giraud Moine ont pu squatté le haut du panier depuis si longtemps, avec deux globes de cristal pour le premier en 2016 et 2017. Malheureusement, le combiné alpin est voué à disparaître dès 2020 pour être remplacé par le slalom parallèle (dont on reparlera). En attendant, la FIS a décidé d’en organiser trois la saison prochaine et quatre lors de la dernière. Histoire de terminer en beauté et probablement continuer à y faire briller nos ressortissants jusqu’à la fin.

Toutefois, malgré cette réussite, il existe un autre point noir. L’absence de podium lors des grands championnats. En effet, il faut remonter à 2009 et la seconde place de Julien Lizeroux aux Mondiaux de Val-d’Isère pour retrouver trace d’un Français sur un podium mondial ou olympique. Il y a peu d’explications à ces contre-performances. La première serait, en toute facilité, celle de la pression. En effet, favoris logiques, surtout Alexis Pinturault, la nervosité de vouloir bien faire, même trop, dû à l’enjeu, fait vaciller le ski et le mental des Bleus. Sorties de route ou crispation en sont le résultat et la cause de l’échec. L’autre raison pourrait être une meilleure focalisation chez les adversaires. Les Mondiaux ou les Jeux peuvent donner un supplément d’âme et de motivation avec une médaille au bout, toujours valorisante et au moins tout autant importante qu’une victoire en Coupe du Monde, notamment les Jeux Olympiques qui restent au-dessus de tout autre palmarès. On pourrait aussi évoquer les pistes, avec préparation et profils différents que celles de Coupe du Monde…

Julien Lizeroux, dernier Français sur un podium de Grands Championnats, en 2009 (crédit photo: D. Balibouse/Reuters)

Mais peut-être est-ce tout simplement la fatalité. Le destin qui a permis à Luca Aerni d’être Champion du Monde en 2017 et à Sandro Viletta de ravir l’Or Olympique à Sochi. Cet état de grâce qui a offert leur première victoire respective toute compétition confondues aux deux Suisses à la surprise générale. Alors, peut-être que dans 11 jours, la bonne étoile de l’Equipe de France en combiné alpin brillera enfin lors de celui de Pyeongchang et que leur beau travail depuis six ans soit enfin récompensé par une médaille. Ou plus après tout.

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