Le Défi à vélo, ensemble contre le cancer – Interview de Pierre Boussion

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Ligue 1

7 910 km, 12 pays à travers l’Europe, 90 jours et 21 000€. Non, ce ne sont pas les chiffres un peu fou d’une prochaine course imaginée par l’UCI. Ce sont les chiffres actuels du défi que s’est lancé Pierre Boussion, jeune ingénieur de 25 ans, pour soutenir la lutte contre le cancer. Le tour d’Europe à vélo et en solitaire, une idée qui lui est venu il y a un peu plus d’un an suite au décès de sa mère. Il a donc décidé de rouler pour la Fondation de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) pour la Recherche et est parti le 14 Avril dernier pour un périple de 6 mois autour de l’Europe.

Alors qu’il pêchait son repas du soir, j’ai pu l’appeler pour lui poser quelques questions sur son projet, son expérience jusque là et sa gestion de ce défi.

 

Maxime Rigaud : Salut, Pierre. Tout d’abord, comment vas-tu après 3 mois et demi de vélo et où es-tu actuellement ?
Pierre Boussion : Ça va bien. Un peu froid, j’ai passé Tromsø aujourd’hui. Depuis que j’ai passé le Cap Nord, il fait vraiment frais. J’avais peur que les jours polaires me dérèglent complètement mais c’est surtout très agréable : plus besoin de se soucier de la nuit. Je serais sur les îles Lofoten d’ici 3-4 jours pour m’y reposer un peu avant de reprendre la route vers le Sud.

“ J’avais besoin de le faire de façon sportive, que ça reste un défi, un challenge sportif tous les jours. ”

MR : Décris-nous un peu ton projet de faire le tour d’Europe à vélo.
PB : C’est un projet qui est né dans mon esprit pendant la deuxième partie de l’année 2018. L’élément déclencheur a été la perte de ma maman d’un cancer en Juillet 2018. J’avais cette envie de voyage, de sport, de voyager de façon alternative depuis un moment. Suite à son décès je me suis dit que c’était le moment. L’envie première était de faire le tour d’Europe à vélo. J’ai ensuite voulu y donner du sens et j’ai contacté la fondation de l’AP-HP, que j’avais connu via Sébastien Petithuguenin qui avait levé des fonds pendant la Solitaire du Figaro, une course de bateau, sport que je suis beaucoup. Il avait appelé ça “le Défi, ensemble contre le cancer” et avait récolté des fonds pendant la course. Je me suis dit que ça pourrait être sympa de prolonger ça à ma façon. J’ai monté ce projet avec l’association en réalisant une collecte de fond, en montant un site internet et en parallèle de ça, je préparais les aspects pratiques de mon voyage : matériel, itinéraire… Toute cette partie était fin 2018. En décembre, j’ai démissionné en prévoyant de partir mi-avril, le 14 exactement.
Pour la planification du voyage, j’ai regardé essentiellement en ligne ou dans des livres. Quand on voyage à vélo, le poids est problématique donc le but est de partir avec le nécessaire et sans surplus : on ne peut pas se permettre d’avoir des kilos en trop. Du coup, je suis parti avec le strict minimum. Maintenant, avec le recul de ces 3 mois, j’ai le sentiment d’avoir fait les bons choix en matière d’équipement : je n’ai pas balancé grand chose et je n’ai pas eu besoin de racheter beaucoup non plus. J’avais déjà un vélo de gravel – un vélo de route un peu plus costaud, avec des roues plus large – efficace sur les chemins et sur la route. J’ai dû rajouter un porte bagage et des sacoches. Mes vêtements sont des équipements techniques essentiellement. Ensuite, j’ai des équipements de camping : tente, réchaud, matelas, sac de couchage. J’ai un peu d’électronique, j’ai essayé les panneaux solaires au début mais je m’en suis vite débarrassé. Et enfin j’ai quelques médicaments et soins, et une sacoche pour stocker la nourriture. Au début, je ne savais pas combien pesait l’ensemble, mais quand j’ai pris l’avion, j’ai vu que le total était de 40 kg tout compris. On atteint pas des vitesses incroyables mais je ne vois pas trop de quoi je pourrais me débarrasser aujourd’hui.
Sur la partie construction de l’itinéraire, je voulais rester en Europe pour faciliter le voyage au niveau des visas et du passeport. Je voulais avoir des destinations “symboliques”, d’où les choix d’Istanbul et du Cap Nord qui sont les portes d’entrée de l’Europe en quelque sorte. Au début je m’étais dit que je partirai vers le Nord et que je redescendrai ensuite vers Istanbul pour rentrer de Turquie en avion. En fait, au niveau de la météo, c’était moins pertinent de commencer par le Nord. Je me suis donc arrêté sur l’itinéraire que je fais : partir vers Istanbul dans un premier temps, prendre un vol jusqu’à Helsinki et ensuite remonter jusqu’au Cap Nord avant de revenir en France. L’avantage de ce parcours était de partir à vélo et de revenir à vélo.

L’itinéraire pendant 6 mois, de la Bretagne à la Bretagne

MR : Une fois que tu as pris ta décision, est ce que tu t’es préparé physiquement ?
PB : Non pas spécialement. J’ai toujours fait beaucoup de sport. Du tennis, de la course. Je me suis mis à courir un peu plus sérieusement depuis 1 an, environ 4 fois par semaine. Et je faisais de temps en temps du vélo le week-end. Je me suis dit que sur 6 mois, les premières semaines serviraient de préparation, en partant doucement. Mais j’étais plutôt en bonne forme au départ.

MR : Comment tes proches et ton entourage ont réagi quand tu leur as annoncé ta décision de partir ?
PB : J’en ai parlé tout d’abord à ma famille, mes amis, avant même de démissionner, puisque la démission c’est ce qui met le plus en danger. Au départ, mon père était un peu sceptique mais quand il a compris les raisons du voyage et que je le faisais pour récolter des fonds pour la recherche contre le cancer, qui le touchait lui aussi suite au décès de ma mère, il est devenu mon premier supporter. Et ça a été le cas de tout mon entourage, une fois qu’ils ont compris mes motivations, il était difficile de m’en empêcher. Avant de remettre ma lettre de démission, j’en avais parlé à mes managers, pour qu’ils puissent anticiper mon départ et qu’ils n’aient pas de mauvaises surprises. Et finalement, tout s’est très bien passé.

MR : Aujourd’hui, au niveau des chiffres, tu en es où ?
PB : J’ai justement fait les comptes aujourd’hui. Je devrais passer le palier des 8 000 km demain. J’ai traversé 12 pays. Je n’ai eu qu’une seule crevaison, assez étonnant en 8 000 km. Par contre, j’ai cassé une quinzaine de rayons. Il me semble qu’aujourd’hui, c’était mon 90e jour de vélo. J’ai pu faire des petites pauses quand mon père et mes sœurs sont venus à Istanbul et quand ma copine m’a rejoint. Au niveau de la levée de fonds, on en est à quasiment 21 000 €. Je m’étais fixé comme objectif de récolter autant d’euros que de kilomètres parcourus, mais je pense que je vais avoir du mal à faire 21 000 km, donc c’est top, c’est plutôt bon signe. J’imaginais ce projet sur 6 mois, je devrais tenir ce timing et donc j’ai passé la moitié.

” Globalement, je n’ai pas eu de gros coup de fatigue. Je pense que je me suis habitué à l’effort maintenant et je me sens bien. “

MR : Est-ce que tu as connu des journées galère ?
PB : Au début, je n’étais pas forcément très à l’aise avec le camping sauvage : j’ai roulé jusqu’à la nuit et il était difficile de trouver un bon lieu où camper. Maintenant, j’arrête de rouler à partir de 18h pour trouver un lieu tant qu’il fait encore jour. En Slovénie, j’ai eu une météo très mauvaise, même de la neige au sommet d’une montagne. Récemment, j’ai eu un peu de galères quand je suis arrivé au Cap Nord. Il faisait beau et doux mais durant la nuit, une tempête s’est levée et j’ai passé 24h à l’intérieur d’un restaurant pour partir le lendemain sans que ça ne se soit calmé. Avec le vent et le brouillard, je ne voyais pas à 10 mètres, j’ai dû même mettre le pied à terre de temps en temps, le tout sous la pluie et 0 degré. Ce ne sont pas des grosses galères mais ce ne sont jamais des moments très agréables.

MR : A l’inverse, j’imagine que tu as eu des belles journées et fait de belles rencontres.
PB : Tout à fait oui. A mon départ de Bretagne, j’étais accompagné de 3 copains. Dès le premier soir, on a rencontré un barman. On a été boire une bière dans un petit village de Bretagne et ce barman a été très sympa et m’a même fait un don. J’ai aussi rencontré d’autres voyageurs à vélo avec qui j’ai pu, parfois, partager le même itinéraire : j’ai pédalé avec un couple pendant 3 jours, je suis resté avec un anglais 1 semaine. Ça fait parti des belles surprises de ce voyage. Il y a des moments très bas mais aussi des moments très hauts. Et quand ça arrive, il y a une forme d’euphorie sur son vélo. C’est assez étonnant. Par exemple, quand la journée a été compliquée, au 70e km, d’un coup, tu ne sens plus tes jambes et tout va bien. C’est une sensation assez agréable et j’imagine que c’est ce qu’on recherche quand on fait des efforts physiques longs et intenses, cet espèce de sentiment de voler. Ça m’est arrivé quelques fois et j’espère chaque jour que ça arrive mais ce n’est pas forcément le cas.

MR : Est-ce que tu arrives à rester connecté avec ton entourage ?
PB : En Europe c’est très facile. Il n’y a que en Albanie, Monténégro et Turquie où je n’avais pas de réseau. J’arrive à parler tous les jours à mes proches. Je me suis aussi engagé à communiquer sur l’association, sur les réseaux sociaux. Je suis en contact avec Sophie Le Maire, de l’association, depuis le tout début. C’est elle qui me tient au courant du montant de la cagnotte, elle m’encourage, prend de mes nouvelles et tous les gens de l’association sont derrière moi. Finalement je suis assez connecté. Les peu de fois où j’ai été déconnecté, ce n’est pas forcément agréable : en camping sauvage, en plus de la solitude quotidienne, pas tous les jours évidente à gérer, le soir, on se sent vite très seul et on se couche à 20h.

MR : Donc tu as pu suivre les exploits français sur le Tour ?
PB : Oui, mon jour de pause est arrivé lors de la 19e étape, celle qui a été écourtée. J’ai pu la regarder en entier. Souvent, je m’accordais une pause vers 17h-17h30 pour regarder les 10 derniers kilomètres et voir l’arrivée de chaque étape.

Comme pour une étape de montagne sur tour, ça grimpe pour Pierre

MR : D’ailleurs, tu as grimpé le Mont Ventoux, un des cols mythiques du Tour de France.
PB : C’était dur de tout parcourir d’un coup. Mais le Ventoux, c’était top, le Graal de tout cycliste. J’avais laissé mes sacoches en bas par contre. C’était dur, mais je suis content de l’avoir fait. Finalement, plus tard, j’ai eu le sentiment de faire des cols (en Slovénie, au Monténégro ou en Albanie) plus dur avec le poids des sacoches. En tout cas, c’était une super expérience et puis, c’est très sympa de voir plein d’autres passionnés de vélo dans le village de Bédoin, au pied de la montée.

MR : Est-ce que cette expérience te donne envie de voyager encore, pas forcément de la même manière, et d’en découvrir ou redécouvrir un peu plus ?
PB : Une chose est sûre, ça me donne envie de repartir à vélo. Pas de la même façon. J’aimerai repartir de manière plus légère, une semaine ou deux avec des copains. J’ai eu un gros coup de cœur pour l’Albanie. Je n’y suis resté que 5 ou 6 jours et j’aimerai en voir plus : les montagnes au Nord et surtout la côte que je n’ai pas faite. J’ai vraiment pris goût au vélo et je ne compte pas arrêter. Partir 6 mois, c’est bien de se donner les moyens de le faire au moins une fois mais on ne peut pas le faire trop souvent non plus. En rentrant je reviendrai à une vie plus classique tout en gardant cet attrait pour ces choses là et essayer de les faire le plus souvent possible.

MR : Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait se lancer dans un défi du même style ?
PB : Si il/elle a envie, le conseil que je pourrais donner c’est de le faire, d’aller au bout. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile. Tout le monde peut faire ce genre de défi mais il y a des décisions à prendre, des concessions sur certaines choses que l’on pourrait manquer. Il faut “juste” faire le choix d’aller au bout de son projet. Je pense que c’est ce qui me rend le plus fier. Le plus dur, c’est d’aller au bout de son envie, de passer à l’acte. Une fois que l’on s’est mis dans la tête que l’on va le faire, la préparation est naturelle et n’est pas difficile. Le seul conseil pour se lancer, c’est de se lancer et de ne pas attendre. Il n’y a pas forcément de bon moment pour le faire. Toute notre vie, on aura des contraintes et la décision n’est jamais facile. Mais sur le plan personnel, c’est très enrichissant, de connaître ses limites physiques, sa gestion de la solitude. Le faire pour une association m’apporte énormément également, si ça peut créer des vocations, tant mieux.

MR : Justement, à propos de l’association, parles nous en un peu.
PB : L’association est la fondation de l’AP-HP pour la recherche : il s’agit de 39 hôpitaux de Paris qui font parti d’une même association. ils ont une cellule de recherche contre le cancer commune. J’ai choisi de soutenir plus particulièrement le service d’oncologie de l’hôpital Saint Louis à Paris, axé sur la favorisation des nouveaux essais cliniques, pour faciliter la création et mise en service de nouveaux traitements.

MR : Et maintenant, quelle est la suite du programme ?
PB : Pendant le périple, je vais suivre l’Atlantique jusqu’à Bergen puis traverser les montagnes entre Bergen et Oslo. Et ensuite, suivre en Suède, traverser Malmö jusqu’à Copenhague et rentrer en France en passant par le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. La Norvège est assez vallonnée. Avec les fjords, on ne fait que monter et descendre, mais jamais très haut. La Finlande était très plate. La fin devrait être assez plate aussi avec la Suède, le nord de l’Allemagne, et les Pays-Bas. Après, ça sera le retour en France, chercher du boulot et retourner dans le train de vie d’avant. Pour le moment je ne pense pas trop à l’après mais il faudra bien s’y mettre à un moment. Dans le dernier mois du défi, j’essaierai de profiter du temps que j’ai tout seul pour trouver ce que je veux vraiment faire.

MR : Cet échange se termine, merci d’avoir répondu à mes questions, je te laisse le mot de la fin…
PB : Merci d’avoir pris l’initiative de me proposer cet échange. J’aimerai juste ajouter que les personnes qui veulent me suivre peuvent le faire sur mes pages Facebook Le défi à vélo: ensemble contre le cancer et Instagram le.defi.a.velo. Pour ceux qui souhaitent soutenir la recherche contre le cancer, vous pouvez visiter mon site ledefiavelo.com dans lequel je partage mon expérience et où vous trouverez le lien vers le soutien à la fondation de l’AP-HP.

En haut du Mont Ventoux, un défi pour tous les cyclistes

Sources Images : page Facebook @le.defi.a.velo

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