En équipe

Le malheureux destin d’Andrés Escobar

Montons dans la machine à remonter le temps pour nous retrouver dans les années 90 aux États-Unis. Si le pays de l’oncle Sam est connu pour le basketball ou le baseball, il organise en 1994 le premier Mondial de football de son histoire. Mais ce qu’on retiendra de cet événement, c’est le malheureux destin du Colombien Andrés Escobar.

De son nom complet Andrés Escobar Saldarriga, 27 ans, latéral droit de l’Atlético Nacional, vainqueur de la première Copa Libertadores du foot colombien en 1989, l’équivalent de la Ligue des champions en Amérique du Sud. Il quittera derrière sa Colombie natale pour un bref passage en Suisse, aux Young Boys de Berne, avant de revenir dans son club de toujours. Un joueur élégant et généreux sur le rectangle vert comme dans la vie. Chaque jour de Noël, Andrés faisait un tour nocturne de son quartier pour distribuer des cadeaux aux enfants de sa ville.

Andrés Escobar intervenant devant un défenseur américain lors de la Coupe du monde 1994 – Crédits : AFP

Mais non, il n’a aucun lien de famille avec le trafiquant notoire Pablo Escobar, mort une année auparavant en pleine fuite, qui avait grandement financé le plus grand club de football de Medellín. Le pays traversait une période compliquée, ce tournoi mondial était donc une lueur d’espoir pour les Colombiens, qui vivent le football comme une religion. Pourtant, dans une poule abordable avec la Roumanie, les États-Unis, le pays-hôte et la Suisse, ce Mondial ne se passe pas comme prévu pour les Cafeteros : une défaite 3 buts à 1 face à la Roumanie pour leur entrée en lice avant de s’incliner face aux Américains 2-1, avec un but contre son camp d’Andrés Escobar en première période…

“Ne sors pas (…) promets-le-moi”

La Colombie est éliminée de la Coupe du monde, sans même jouer son dernier match face à la Suisse, grâce auquel elle sauve l’honneur avec une victoire 2-0. Dépités, les supporters sur place et les joueurs font leur retour au pays la tête basse. Triste leader de cette équipe, Andrés Escobar conseille à ses coéquipiers de ne pas se montrer en public en Colombie, comme l’avait expliqué l’attaquant Fasutino Asprilla : “Dans l’avion, Andrés est venu me dire ne sors pas, nous avons reçu des menaces, promets-le moi…”

Finalement, alors qu’il est en pleine négociation pour rejoindre l’AC Milan, cador du football italien, c’est lui-même qui sort avec sa petite amie à El Indio, bar de la banlieue de Medellín, le soir du 2 juillet 1994. Alors qu’ils rejoignaient le parking, un homme, Humberto Muñoz Castro, lui tire dessus à douze reprises à bout portant. Les témoins de l’assassinat ajouteront même qu’il aurait crié “goal” après chaque balle tirée. Si certains journalistes parlent d’un acte totalement délibéré, d’autres soupçonnent les cartels locaux, qui auraient parié des sommes exorbitantes sur la qualification de la Colombie pour le second tour de la compétition.

Hommage rendu à Andrés Escobar par des supporters colombiens lors de la Coupe du Monde 1998 en France – Crédits : AFP)

Un choc terrible pour les Medellinenses et pour le peuple colombien en général : plus de 80.000 personnes défilent dans les rues de Medellín pour ses obsèques. Humberto Muñoz est quant à lui déclaré coupable en 1995 et condamné à 43 ans de prison. Cependant, il n’en purgera qu’une dizaine avant d’être libéré pour bonne conduite. Une libération qui scandalisera la famille du défunt, qui se bat depuis 2005 pour réparer cette injustice. 

Un monument en la mémoire de Escobar est érigé dans sa ville d’origine, pour garder un souvenir de celui qu’on appelait “le Gentleman du football”…

Crédits photo en une : AFP

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