Les carnets du football : voyage au pays de Guerrero (2)

[…] Vivement le premier match du Pérou, il faut je sente de nouveau cette ferveur des supporters.
Je vais sûrement avoir du mal à tenir jusqu’à demain soir.
Les rues vont être en ébullition, c’est sur.
Dommage que Guerrero ne joue pas … merci le règlement des JO. […]

Flâner au Parc des Expositions

Le match du jour à l’Estadio San Marcos avait accouché d’un triste 0-0, entre les deux formations d’Amérique Centrale. Après le Panama et le Mexique, c’était désormais l’Equateur et l’Argentine qui rentraient sur le terrain. Ce match, beaucoup plus mouvementé, a vu chaque équipe recevoir un carton rouge. Les Argentins, bien plus valeureux, gagnèrent finalement 3 buts à 2, bien que réduits à 10 dès la 26e minute de jeu. La journée se terminait déjà au stade. Juan, qui devait aider sa mère à son échoppe, devait filer. Il se déroba et disparu dans la foule qui sortait de San Marcos.

Théo décida alors de traîner aux abords du stade. Plus il marchait, et plus il entendait une clameur s’élever. Il avait atterri au Parc des Expositions, tout proche de l’Estadio Nacional, antre de son premier soir liménien. À l’intérieur de cet énorme parc se déroulaient de nombreux événements festifs, culturels et sportifs. Des échoppes s’ouvraient également ici et là, vendant des produits dérivés des Jeux Panaméricains. Il y trouva des affiches de l’événement, des mugs, des casquettes… Mais il avait décidé de craquer pour une peluche représentant la mascotte de ces Jeux, dénommée Milco. Après avoir mangé un bout, au milieu des locaux, il décida de s’intéresser de plus près aux Jeux en eux-mêmes.

Il avait repéré un stand spécialement conçu dans ce but. Là, de nombreuses anecdotes y figuraient, de sa création en 1951 jusqu’à aujourd’hui. Il y apprit qu’une édition des Jeux Panaméricains d’hiver avait vu le jour, en 1989, en Argentine ! Il fut également surpris de voir que c’était la première édition péruvienne, alors que les USA, le Canada, le Mexique ou encore le Brésil l’avaient déjà organisé deux fois chacun ! La nuit tombait sur le parc et les activités fermaient. Il rentra donc à son hôtel, mangea à peine devant une chaine de télé locale, puis s’endormit, la tête lourde.

29 Juillet – La nouvelle tombe

Théo n’avait pas entendu son réveil sonner ce jour-là. Alors qu’il se levait si tôt depuis son arrivée au Pérou, il n’avait pu s’empêcher cette fois de faire une grosse nuit de sommeil. Sûrement épuisé par toutes les péripéties qu’il enchaînait, il avait eu grandement besoin de dormir. À 13 h, son téléphone sonna. C’était son patron. Il décelait dans sa voix un mélange de colère et d’impatience. Pourtant, son discours était plutôt positif. Il était ravi, tout comme l’ensemble du staff, des retours réalisés par Théo sur tout ce qu’il avait vu. Comme s’il ne voulait pas perdre la main sur son poulain, mais qu’il tentait maladroitement de le remercier pour le travail abattu.

Il était évident que l’annonce de la présence des Jeux Panaméricains à son patron l’avait ravi, tout comme cela avait enchanté le jeune « scout ». Pas pour les mêmes raisons, certes, mais tout de même. Marc, son directeur, lui avait donc fixé les objectifs suivants : suivre le parcours de la sélection du Pérou jusqu’à la fin, puis s’envoler pour Cusco. Un billet d’avion l’attendait dans sa boîte mail. Il espérait que le parcours de la Rojiblanca serait le plus long possible, afin de rester dans cette ville à laquelle il s’était attaché.

Affiche des Jeux Panaméricains, Parc des Expositions, Lima 2019.

Il se lava, s’habilla rapidement, en prenant le soin de porter le maillot que son ami lui avait offert il y a peu, puis sortit en ville. Comme dans son imaginaire, la ville brûlait d’impatience. Les couleurs rouge et blanche trônaient partout en ville. Les balcons regorgeaient de drapeaux péruviens. Les bars ne désemplissaient pas. Quelques supporters Uruguayens se faisaient entendre çà et là. Très pacifistes, ces supporters ne demandaient qu’à prendre des photos avec les locaux, à échanger deux-trois mots. Les plus téméraires rentraient dans les magasins, dans les troquets, commandaient une bière qu’ils buvaient avec leurs nouveaux amis péruviens.

Direction le stade

Des cortèges se formaient, en direction de l’Estadio San Marcos. Avec des fumigènes, des cornes de brume, des confettis, des drapeaux… Toute la ville semblait peinte de rouge et de blanc. Les collectifs de supporters avaient pris le temps de préparer à la perfection l’avant-match. Pari réussi, la fête n’en était que plus belle. Il aurait aimé partager cela avec Juan, mais son ami ne répondait pas à ses appels. Il se demandait bien ce que son compère péruvien pouvait faire, alors que le match commençait dans une heure à peine. Après avoir regardé son portable une énième fois, en quête d’un signe de Juan, il le rangeait dans sa poche lorsqu’il tomba nez à nez avec un groupe de jeune supporters du Pérou. Ils semblaient avoir son âge, mais étaient beaucoup. D’habitude si enjoué à rencontrer des gens, il parut cette fois méfiant.

Une jeune fille de la bande, qui l’aperçut seul, décida d’entamer la conversation avec Théo. Ysela parlait bien plus rapidement que Juan, et elle ne tarda pas à comprendre que le jeune français n’était pas du tout du coin. Bien qu’il se débrouillât bien en espagnol, il lui manquait encore des mots. Ysela, originaire de Miraflores, était à peine plus jeune que Théo. Elle aimait le foot, comme lui, mais ce qu’elle préférait c’était le surf. Elle lui dit qu’une compétition avait lieu pendant les Jeux Panaméricains, et l’invita à se joindre à sa bande. Il expliqua qu’il attendait un ami, mais elle insista. Juan pouvait bien attendre, pensa-t-il. Il se joint alors à Ysela et sa bande d’amis, tous originaire de Miraflores, ou de Barranco, juste à côté de Lima. Ces quartiers, les plus branchés de tout Lima, étaient réputés pour son ambiance jeune et festive.

Barranco, quartier de Lima, 2019

Coup d’envoi, clap de fin ?

Le match débutait à peine, que les supporters furent douchés. Ils avaient pourtant prévu des banderoles à la gloire du Pérou, des chants entonnés à gorge déployé, un tifosi gigantesque. Le stade vibrait presque, mais cela ne suffit pas. Le soleil, à peine couché, gratifiait le stade de ses derniers rayons. La nuit, fraiche comme d’habitude, tombait à peine. Les buts, eux, pleuvaient. 1-0, puis 2-0 pour l’Uruguay, et la mi-temps était sifflée. Les Péruviens n’en croyaient pas leurs yeux. Conscients que leur équipe était limitée, ils ne s’imaginaient tout de même pas un si mauvais départ. Ysela, les yeux embués, ainsi que toute sa bande, avaient l’air abattu.

Théo, conscient de la déception immense que ses nouveaux compagnons vivaient, décida de faire la conversation. Ils étaient cinq, en plus de lui, et aimaient tous le football. Ysela était venue avec son frère, Dario. Ce dernier était venu avec trois amis à lui : Rico, Matis, et Lisa. Il s’avérait que Lisa connaissait Juan, ils étudiaient à la même faculté. Elle ne savait lui dire pour quelle raison il n’était pas là aujourd’hui.

Plus il apprenait d’eux, et moins il voulait partir. Rico et Matis étaient étudiants à l’UTEC, l’Universidad de Ingeneria y Tecnologia de Lima. Les deux étaient des fans absolus du Sporting Cristal, tout comme Ysela et Juan, et Matis connaissait très bien le président de ce club. Théo n’osa pas lui dire tout de suite ce qu’il faisait ici, mais cette opportunité lui donnait de la suite dans les idées. Il comptait bien aborder le sujet avec lui très rapidement. Et pourquoi pas, une nouvelle fois, surprendre son patron.

La deuxième mi-temps allait reprendre, et tout le monde espérait un retournement de situation. La nuit était noire, le stade illuminé, et tous croyaient fort en un discours fort du coach, une prise de conscience, un vent tournant… Le Pérou devait s’imposer.

Les Carnets du football reviennent, de manière régulière, les Samedi. Lors de l’épisode 3, Théo et sa bande découvriront le parcours entier du Pérou lors de ces Jeux. Prochaine étape ? Cusco. 

A propos de l'auteur

Si un jour on m'avait dit que je deviendrais journaliste F1 ... Fan d'athlètes espagnols en tout genre, mais surtout d'un en particulier. Considéré comme un footix par mes pairs, je supporte fièrement l'Olympique Lyonnais. Considéré comme un basketix par mes pairs, je supporte fièrement GSW.

Poster un commentaire

ultricies lectus risus. felis vel, justo nunc