Lettre à Papa…

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Ligue 1

Salut mon Papa, demain est un jour particulier pour tout suiveur assidu du football français. Non, je ne parle pas d’une célébration de cette énième coupe de la Ligue remportée par un PSG sur-compétitif. Je ne parle pas non plus de la préparation de cet AS Monaco d’outre-tombe, qui squatte le top européen alors qu’elle tombait à Bonal, il y’a 6 ans, sous le feu de Maïga, Perquis et Sauget. Non, si aujourd’hui je t’adresse cette lettre, c’est pour parler de deux clubs que tu connais bien. Sochaux et Strasbourg.

Sochaux. Strasbourg. Il y’a encore une dizaine d’années, quand ma seule occupation était d’envoyer le ballon Corner jaune dans les buts de ma cour de récréation de primaire, c’était le genre de matchs auxquels tu pensais au réveil et que tu attendais fébrilement toute la journée. Le genre de matchs aux parfums électrisants parfois annonciateurs de qualification en coupe d’Europe à la fin de saison, entre deux clubs, deux institutions qui possèdent tellement de points communs, aussi bien dans leur importance historique que dans l’attachement à leurs couleurs, à leurs valeurs. Parfois aussi des matchs sous haute tension, dans des luttes acharnées pour le maintien, lorsque ces deux clubs soudain devenus tellement fragiles, faiblards, victimes de luttes de pouvoir intestines ont amorcé doucement mais sûrement un déclin sportif alors que moi, je grandissais toujours dans l’espoir de revivre ces folles soirées d’ivresse internationales.

Et aujourd’hui je me mets à ta place, Papa. Alors que moi je n’ai vécu que le crépuscule flamboyant de ces deux grandes forces du football français, de ton côté c’est tout ton référentiel qu’il a fallu revoir. Voir des Grenoble, Evian, Arles-Avignon à la place de ces deux places fortes. Tu me diras que c’est la beauté de ce sport, que de laisser la place à ceux d’en bas. Je te répondrai que c’est aussi sa plus grande tristesse.

Aujourd’hui, j’ai 20 ans, et tout a changé. Ce match, que j’aurais regardé un samedi à 17h ou un dimanche à 21h sur Canal + il y’a une dizaine d’années, je vais le regarder un lundi soir, oui, un lundi soir, en même temps que Joséphine Ange Gardien. Car au final, c’est un match entre un 5e de ligue 2 en réhabilitation et un 10e qui n’en finit plus de s’enfoncer. Plus d’Isabey, plus de Niang, plus de Santos, plus de Farnerud.

Alors oui, tu me diras qu’au-delà du classement, il est question de suprématie régionale. Je peux comprendre, mais au final, quelle fierté tirer de régner footballistiquement sur une région où l’on est obligé d’agrandir géographiquement les frontières pour trouver son meilleur club…16e de ligue 1, et sûrement l’une des équipes les plus fades de France à voir jouer. Constat que l’on peut appliquer à toutes celles de notre coin de pays, qui se trouvent il faut bien le dire bien plus souvent en bas qu’en haut des classements auxquels elles se réfèrent.

Je ne veux pas être réactionnaire, et dire que c’était mieux avant. Strasbourg joue la promotion à l’échelon supérieur, possède une attaque prolifique et un stade et un public magnifiques. Sochaux voit sa pépinière sortir à tempo quasi industriel des jeunes d’avenir, et qui rendront fier leur club formateur lorsqu’ils brilleront sous des tuniques de clubs plus huppés.

Moi-même, je regarderai ce match par amour plutôt que par envie. Mais au final, le constat est implacable : ce derby n’est pas à sa place, et surtout pas un lundi soir. Mais après tout, tu as peut-être raison, Papa. Peu importe le classement, les joueurs, les schémas tactiques et le score final. Ce match, c’est un rappel de ce que nous avons été, pour nous dire que ce que nous avons connu avant, nous pourrons de nouveau le revoir plus tard. Que s’il arrive de descendre, remonter est tout autant possible, foi de Strasbourg. Alors, messieurs, en place, et que le meilleur gagne.

Maxence DURAND.

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