Ligue 1 : Paris, vraie performance ou faux coup d’éclat ?

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Crédits ANNE-CHRISTINE POUJOULAT
Ligue 1

Depuis la fin du match de ce 19 Janvier 2019 opposant Paris à Guingamp, deux réactions s’opposent (avec les nuances qui les accompagnent). Nous tentons pour vous de décrypter ce résultat hors norme à l’aide des deux points de vue. Nous avons donc fait le choix d’opposer le sentiment d’extase au pragmatisme. Les superlatifs à l’analyse objective. Et, fatalement, Paris à Guingamp.

9-0, un tour de force

Une équipe type réglée

Si le score en dit long, la manière l’est encore plus. Guingamp a été inexistant (2 tirs, 0 cadré). Pire, il n’y avait rien. Pas de pressing, incapables d’aligner deux passes, ils semblaient totalement perdu sur le terrain. Pour Etienne Didot, c’est honteux, et on le comprend. Alors oui, l’opposition n’était pas franchement au rendez-vous cet après-midi. Mais on ne peut toutefois nier avoir assisté à une vraie démonstration de football. Si vous demandez dans cinq ans à un supporter présent le score de ce match, il s’en souviendra (sauf s’il supporte Paris depuis 2012, peut-être…). Le trident offensif Neymar Cavani Mbappé a clairement surnagé pendant ce match, bien aidés par des latéraux offensifs et talentueux (même Kurzawa a fait son bout match), et un Di Maria passeur. Le pauvre Buffon, quant à lui, s’est sacrément ennuyé. Les joueurs étaient affûtés, volontaires, et techniques.

Ce qui fait surtout de ce match une rencontre à part, c’est aussi que Paris a continué à pousser tout le match, sans jamais se relâcher. Revanchards après un match perdu en Coupe de la Ligue contre cette même équipe de Guingamp, on a vu ce soir un tout autre visage. Pressing, précision dans les passes (91 % de réussite), des occasions en nombre (28 tirs, 12 cadrés), ce fut un récital. Le chef d’orchestre Tuchel, pour qui 2 buts suffisent pour plier un match, a bien organisé ses hommes. Et malgré la perte rapide de Verratti, pièce essentielle dans son système, rien n’a bougé. Paris est réglé comme une horloge suisse.

Et maintenant, l’Europe ?

Cette année encore, Paris prouve donc bel et bien qu’ils sont au-dessus du lot. Si la tendance peut nous faire dire que Paris doit faire mieux en Europe, on semble oublier trop rapidement de quel groupe ils sont sorti cette année. Liverpool, finaliste l’année dernière, et Naples, gros client italien, n’étaient pas des tendres. L’élimination contre le Réal l’année dernière ? Un CR7 injouable, Madrid qui gagne la Ligue des Champions une troisième fois d’affilée. Oui, Paris est magique en Ligue 1, oui l’UCL c’est un autre niveau. Et oui, même un 9-0 contre Guingamp est un gros gros match. Parce que si l’on banalise cette performance, alors plus rien ne nous étonnera de Paris. Et quand on a la chance de voir jouer des stars interplanétaires ensemble, il faut en profiter. Extasions-nous. Et il y a fort a parier que la presse internationale s’extasieras aussi demain. A Manchester, ça frémit.

Un match qui rentre dans la norme ? 

Le PSG n’est plus une surprise

Les saisons de Ligue 1 se suivent et se ressemblent par bien des aspects pour le PSG. Outre la récurrence de leurs sacres, Paris parvient toujours à finir son année en ayant mis une fessée à trois ou quatre clubs. Et les circonstances sont à chaque fois les mêmes. Un match face à un club globalement en difficulté depuis le début de la saison, particulièrement dans le dur en ce moment. Une équipe qui décide de regarder jouer les stars parisiennes le temps de 90 minutes. La plupart du temps, la valise est précédée d’une grosse contre-performance du PSG, ou d’une polémique. Cela procure aux Parisiens une envie de revanche. Ce soir, les hommes de Tuchel ont touché le quinté dans l’ordre. Ils faisaient face au dernier de L1, certes sur une pente ascendante mais encore loin d’être tiré d’affaire.  Cela suivait une élimination surprise en Coupe de la Ligue face à ces mêmes guingampais, une polémique sur leur stage au Qatar. Enfin, ils bénéficiaient ce soir d’une équipe au complet.

Une Ligue 1 à deux vitesses

Le PSG domine outrageusement le championnat, c’est un fait, et seuls eux peuvent sortir d’une rencontre avec un tel score à leur avantage, mais la récurrence et le contexte font que ce genre de victoire n’a plus rien d’impressionnant. C’est seulement le résultat logique d’une partie où une équipe apathique a laissé trois monstres du football mondial s’amuser pendant une heure et demie. Neymar, Cavani et Mbappé sont capables de mettre plusieurs buts face à une défense concernée et concentrée, je vous laisse donc imaginer ce qu’il en est face à des plots. Ce qu’on attend de Paris, où plutôt, ce que j’attends de Paris, ce n’est pas qu’ils mettent 9-0 à Guingamp. Le projet QSI n’est pas celui d’une domination nationale mais bien continentale. Encore une fois, que Paris soit cinq tons au-dessus de tous les autres en Ligue 1, je n’ai pas attendu ce soir pour le savoir. Dès les premières années QSI, les scores fleuves ont plu, il n’y a donc pas de réel changement là-dessus (quelques buts en plus sans doutes, mais entre une victoire 6-0 ou 9-0, la différence est ténue vous en conviendrez).

Paris pas si impressionnants que ça ?

Quels enseignements nous apporte donc ce succès ? Paris est en forme, et le stage au Qatar n’a peut-être pas altéré les organismes plus que ça (et encore, la blessure de Verratti vient quelque peu noircir le tableau). Et c’est à peu près tout. L’évaluation de l’avancement ou non du projet parisien se fera en C1, comme chaque année. En dehors de cela, chaque victoire de ce type ne sera que le reflet de ce qu’est pour le moment le PSG : un mastodonte français, mais encore seulement un honnête club européen. Paris dispose des plus gros moyens, des meilleurs joueurs, des plus belles infrastructures, et la différence avec ses « concurrents » à l’échelle hexagonale est phénoménale. L’essentiel pour Paris est ailleurs que dans des victoires 9-0 en janvier face à Guingamp, mais est plutôt dans un huitième maîtrisé face à Manchester United en février, ainsi qu’une campagne européenne à la hauteur de ses ambitions dantesques. Seulement, pour le moment, le PSG ressemble à Tony Yoka. On a bien vu qu’ils étaient capable de mettre une raclée à des vigiles bedonnants de boite de nuit de province, mais on attend toujours de les voir face à Anthony Joshua.

Après cette victoire, Paris compte désormais 13 points d’avance sur son plus proche poursuivant, Lille, avec deux matchs en retard. Ils confirment leur suprématie à domicile avec 10 victoires en 10 matchs. Surtout, ils réalisent leur plus large victoire à domicile, et accrochent une nouvelle victime à leur tableau de chasse, après notamment Troyes et Dijon récemment. Pour Guingamp, toujours lanterne rouge, les choses se compliquent. En plus de ne pas avoir beaucoup de points, la différence de buts risque d’être décisive pour le maintien. Et là, c’est mal parti.

Co-écrit par Augustin Bouyssou

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