Los Angelenos : Kawhi Leonard

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 Los Angeles, cité des Anges. Deuxième ville des Etats-Unis derrière New-York, LA fait frémir tout amateur de voyage : Hollywood, Santa Monica, Venice Beach, Beverly Hills, les Lakers… Bref, quoi de mieux qu’un bon séjour dans l’une des villes les plus réputées du monde? Surtout pour tout amateur de basket, qui ne manquera pas d’aller voir une rencontre des Lakers ou des Clippers au Staple Center. Car oui, la cité phare de la Californie est une vraie terre de basket. Elle abrite bon nombre de playgrounds et à vu naître de nombreux phénomènes de la balle orange. Ils sont beaucoup, aujourd’hui à évolué dans la plus grande ligue du monde et à avoir vu le jour à LA. Un certain Kawhi Leonard notamment. Et il sera encore question de Compton, décidément !

Une enfance “banale” à LA

Riverside, à l’Est de Los Angeles. Alors que l’été commence à peine sur le Californie en ce 21 juin 1991, un petit afro-américain voit le jour. Kawhi Leonard, futur star de la NBA, nait, au sein d’une famille déjà très nombreuse. C’est à quelques encablures de son quartier de naissance qu’il grandira, aux cotés de sa mère Kim Robertson, son père Mark Leonard, et ses quatre sœurs. A Compton précisemment, banlieue de Los Angeles surtout réputée pour la violence de ses gangs et ses rappeurs connus tels que Ice Cube, The Game, ou encore Dr Dre. Il passe la plupart de son temps avec son père, à jouer au basket, comme la plupart des jeunes de son âge, où à laver des voitures dans l’entreprise familiale. Leonard a donc grandi en Californie, dans un cadre loin d’être idyllique près de la célèbre et redoutée ville du comté de Los Angeles, berceau du gangsta rap, comme DeMar DeRozan ou James Harden, eux aussi devenus des superstars de la NBA. Pour autant, sa famille parvient à l’éloigner de la violence quotidienne à laquelle beaucoup de jeunes de son âge sont confrontés.

Mark, son père, lui inculque le goût du travail et l’emmène fréquemment au car-wash qu’il possède depuis quelques années dans le centre de Compton. Tout commence par une enfance plutôt classique ou presque. Il passe son adolescence chez sa mère la semaine et chez son père le week-end car ses parents vont se séparés durant sa jeunesse. Et c’est particulièrement les week-ends, en compagnie de son père que le jeune Kawhi va se construire et se forger un mental. Quand il ne joue pas au basket, il lave des voitures pour aider son père, qui veille au grain concernant son éducation et qui filtre ses fréquentations. Rien de bien follichon, surtout pour un adolesecent, mais Kawhi est redevable envers son paternel et aime passer du temps avec lui. Une fois les voitures reluisantes, les deux compères attrapent une grosse balle orange et s’évadent, le temps de quelques shoots. Avant que la vie, leur vie, ne bascule. 

Une tragédie

Si les sourires de Kawhi Leonard sont si rares, ce n’est pas sans raison. S’il brille sur les parquets NBA à chacune de ses apparitions, l’esprit de Kawhi est ailleurs depuis janvier 2008. Le 18 du mois, il reçoit un appel de sa sœur, alors qu’il rentre d’une rencontre de basket, qui va changer sa vie. Mark Leonard, son père, a été assassiné sur son lieu de travail  après un conflit :« J’avais l’impression que le monde s’était arrêté. Je ne voulais pas y croire, cela ne semblait pas réel. Je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé. Je sais juste que quelqu’un est venu à la station et lui a tiré dessus. ». C’est un coup très dur à encaisser pour le jeune Kawhi, 16 ans à l’époque, d’autant plus que le meurtrier n’a jamais été retrouvé, et que bien sûr, « personne n’a rien vu, personne ne sait rien ». Cette fameuse loi du silence, Kawhi finit par s’y résigner et l’accepter: « Mec, j’essaie juste de ne pas y penser. Il y a beaucoup de meurtres à Los Angeles et souvent le tueur n’est pas retrouvé.” Les enquêtes étant toujours complexes à mener dans cette zone, la police ne parvient pas à retrouver le meurtrier, ni même à discerner un mobile. D’après certaines rumeurs, Mark Leonard entretenait des relations étroites avec certains trafiquants de drogue en Californie, lesquels lui auraient permis de monter son affaire et de vivre convenablement. Mais rien de plus. A ce jour, et malgré les tentatives de la famille Leonard pour relancer le dossier, ce crime est passé dans la catégorie des “cold cases“. Ce jour de Janvier, Kawhi Leonard perd bien plus qu’un père. Il perd son plus grand fan, son modèle, et surtout son meilleur ami avec qui il passait le plus clair de son temps. Son père était tout pour lui. Il le faisait courir par tous les temps afin de développer son corps, il lui a appris à shooter, il lui a apporté une éthique de travail. De plus, Mark Leonard était le genre de papa à pousser son fils, en particulier quand il s’agissait de sport, et à l’encourager pendant ses matchs. Autrement dit, il était présent pour lui et faisait son maximum pour emmener Kawhi sur le droit chemin. Comme il le dit lui même, “Mon père m’a appris à travailler dur” . D’abord un lieu parsemé d’agréables souvenirs, la station de lavage de voitures devient un lieu de sombres pensées. Kawhi Leonard se donne alors corps et âme pour le basket dans le but de rendre fier son père, même de là où il repose. Difficile donc, même quand on a connu les joies d’un titre NBA et les honneurs d’un trophée de MVP des Finales, de faire son deuil dans ces conditions. 


Le basket, plus qu’une passion

 Malheureusement, sa vie a brutalement bousculé en ce 18 janvier 2008. Au moment du décès de son père, Kawhi Leonard évoluait au lycée Martin Luther King, situé dans la ville de Riverside en Californie. Il était alors dans son année junior.

Revenons plus en détails sur le cursus de Leonard, deux ans avant que sa vie ne bascule. Au lycée, Leonard étudie d’abord au Canyon Springs High School. Mais le pauvre Kawhi ne jouera pas une seule minute au sein de son équipe lors de sa première année. La raison ? Il avait raté les tryouts car sa mère, Kim Robertson, bloqué au travail, n’a pu se libérer afin d’emmener son fils. Kawhi a bien tenté d’expliquer sa situation au coach de l’époque, mais ce dernier n’a rien voulu entendre. Du coup, Leonard a joué au football américain durant sa première année de high school, au poste de safety et de receveur. Il est alors prédit à un très bel avenir tant ses qualités semblent indéniables. Mais lui ne jure que par le basket. Après une saison à enfiler les yards, Kawhi troque son casque et son épaulière contre des sneakers et un débardeur. C’est la naissance d’une légende. 

La saison suivante, il décide donc de laisser définitivement de côté le ballon ovale pour se consacrer pleinement à la grosse balle orange, avant de changer de lycée en 2007 pour intégrer le Martin Luther King High School, à Riverside, là où il est né.

C’était le début d’une ascension fulgurante pour Kawhi, et la mort de son père n’allait pas empêcher cela. Comme un symbole, le 19 janvier 2008, soit seulement 24 heures après la terrible tragédie, Leonard se retrouvait sur le terrain avec ses coéquipiers de la Martin Luther King High School pour affronter Compton Dominguez, école située tout proche de l’endroit où l’on a retrouvé son père. Ce soir-là, malgré toute la tristesse et l’émotion qui habitaient Kawhi, il parvint à inscrire 17 points lors d’une défaite 68-60, avant de craquer et fondre en larmes dans les bras de sa mère, venu le retrouver. Pendant un long moment, les performances sportives de Kawhi sont logiquement affectées. Mais la douleur a laissé ensuite place à la motivation et la volonté de rendre son père fier, même s’il n’est plus là. Lors de sa saison senior, il rebondit et devient une véritable machine de guerre. Epaulé par celui qui deviendra son ami au sein de la NBA, Tony Snell,  Leonard guide les King High Wolves à un excellent bilan de 30 victoires en 33 rencontres (22,6 points, 13,1 rebonds, 3,9 passes décisives et 3 contres par match). Résultat, il remporte carrément le titre de California Mr. Basketball, décerné au le meilleur lycéen de l’Etat de Californie !  Pourtant, il n’est pas usurpé de dire que ce coin des USA et même plus particulièrement le comté de Los Angeles regorge de pépites. 

Alors courtisé par plusieurs universités, il choisit de faire son cursus à San Diego State, où sa progression sous les ordres de Steve Fisher va être sensationnelle. Lors de sa première année, il joue 31,3 minutes par rencontre en moyenne, pour des stats intéressantes: 12,7 points, 9,9 rebonds, 1,9 passe décisive et 1,4 interception. Son équipe termine avec un bilan positif de 25 victoires pour 9 défaites avant de se faire éliminer au premier tour de la March Madness 2010 par Tennessee. Pour sa saison Freshman, Leonard est élu meilleur rebondeur et meilleur joueur de sa conférence, la Mountain West Conference (MWC) et est choisit dans l’équipe type de la conférence. Lors de sa deuxième saison, en tant que sophomore, Kawhi Leonard confirme ses qualités. Avec un temps de jeu similaire, il tourne à 15,5 points, 10,6 rebonds, 2,5 passes décisives et 1,4 interception par match. Plus athlétique, il est plus dans la peinture et cela se ressent, au niveau du rebond mais aussi des points inscrits, lui qui devient de plus en plus aggressif. Le bilan des Aztecs est invraisemblable cette année-là: 34 victoires pour 3 défaites seulement. Avec, en prime, une victoire en MWC, comme la saison précédente ! Lors du tournoi NCAA, San Diego State remporte ses deux premiers matchs contre Northen Colorado (68-50) et Temple (71-54) avant d’être éliminé  au Sweet 16 par les futurs champions du Connecticut emmenés par Kemba Walker sur le score de 74 à 67. Cette saison-là, Leonard est toujours meilleur rebondeur de la MWC mais est aussi choisis dans la Second All Team America qui regroupe quelques uns des meilleurs joueurs universitaires du pays mais également dans la première équipe All-MWC.

Encore quelque peu sous-estimé, Kawhi Leonard décide de s’inscrire à la draft 2011. Il sera drafté en 15ème position par les Pacers mais directement échangé chez les Spurs de San Antonio. Avec la suite qu’on lui connaît.

 

Pas de surmédiatisation, pas d’omniprésence sur les réseaux sociaux, pas de bling-bling: Kawhi n’est pas une superstar comme les autres. Lui préfère briller par son humilité, sa classe, son efficacité, sa discrétion. Il semble porter toute la misère du monde sur ses épaules, mais son histoire nous fait comprendre par quels moments difficiles il est passé.  Silencieux, introverti mais tueur à l’intérieur, voici ce qui définit le mieux Leonard. Il ne montre pas ses émotions, ne passe pas son temps devant les caméras, mais après tout, cela lui va si bien.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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