Cyclisme

Mauvais temps et neutralisation, jusqu’à quel point?

Après le Grand Prix de Denain, la semaine dernière, l’étape du jour du Tour de Catalogne a été raccourcie de plus de 60km en raison des mauvaises conditions météorologiques. Cet événement est loin d’être isolé et est de plus en plus fréquent. Alors, faut-il continuer à neutraliser les courses quand le temps le nécessite ou faut-il laisser les aléas climatiques faire partie de la course???

C’est un épineux sujet, qui divise les passionnés de cyclisme. En effet, nous sommes tous nostalgiques de certaines étapes ou courses d’un jour dantesques que nous avons vécu devant notre télévision ou que l’on nous a conté. Des épreuves de Légende qui ont forgé l’Histoire du cyclisme et la Postérité de ces Héros heureux ou malheureux, qui ont défié les éléments. Mais pourra-t-on revivre ces exploits à l’heure où, depuis plusieurs années, la sécurité est un enjeu crucial dans le sport surtout dans le cyclisme?

Cette météo qui forge la Légende

Le cyclisme est donc fait de chevauchées fantastiques, d’exploits hors du commun, de héros extraordinaires. Et comme ce sont les coureurs qui font la course, ce sport doit (surtout?) sa popularité à ceux qui ont rendu une étape, une course, un moment de Légende. Et parmi ces derniers, certains, si ce n’est les plus grands, sont liés à une météo infernale. Bravant neige, vent, froid, gel, ils ont tenté l’impossible et ont vu leur entreprise couronnée de succès.

La plus célèbre pour le Grand Public, étant celle de Bernard Hinault lors de Liège-Bastogne-Liège 1980. Une course disputée sous des températures limite négatives où le Breton perdit la sensibilité de deux doigts, malgré les gants qu’il portait. Mais ce n’est bien sûr pas la seule et la liste est longue. Et sans forcément être associées à des exploits solitaires, ces courses ont vu des leaders flancher et/ou des adversaires tenter des coups tactiques. Et il faut dire que ces conditions donnent un peu de piment et de spectacle à un cyclisme de plus en plus aseptisé…

Bernard Hinault sous le déluge lors de Liège-Bastogne-Liège 1980 (crédit photo: Velominati)

Des coureurs de plus en plus frileux

Oreillettes, consignes d’équipe à respecter, manque d’ambition, de prises d’initiatives, les épreuves cyclistes sont de plus en plus calculées et prévisibles. Il n’y a déjà plus grand chose pour vibrer, surtout sur le plat, plus beaucoup de coureurs de premier rang à oser tenter sans avoir peur de perdre – Nibali et Sagan commencent à se sentir seuls avec l’arrêt de Contador –  que restera-t-il si on continue à neutraliser ou raccourcir un parcours au moindre flocon ou blizzard?

Le dernier exemple en date le plus célèbre est Milan-San Remo 2013, couru en partie sou la neige, puis sous la pluie, après une neutralisation et une suppression de 50km au beau milieu de la course. Des conditions pourtant similaires au LBL de 1980… Et si malgré ces conditions, ceux qui avaient terminé ont loué le fait que tous les classés méritaient une médaille (Fabian Cancellara), d’autres estimaient qu’il était inhumain de les avoir fait courir sous la neige pendant plusieurs heures (Tom Boonen). Même les plus grands ont un avis divergeant sur la question…

Mais si les organisateurs prennent le moins de risques possibles, c’est également le cas des coureurs, qui, de plus en plus quand, jugeant une étape dangereuse, décident eux-mêmes de la neutraliser. Comme cette étape du Tour 2010, sur les routes autour de Liège (décidément), où de nombreuses chutes dans une des descentes furent causées par la pluie, l’étape fut tout bonnement neutralisée par les coureurs eux-mêmes également en protestation de celle de la veille elle aussi entachée par les chutes…

Bon, avant MSR, Cancellara critiquait quand même. Ici, Maillot Jaune et initiateur de la grève de Spa au Tour de France 2010 (crédit photo: La République des Pyrénées)

Bien définir le Danger sans le voir partout

Concernant ce dernier cas, il est évident que, lorsque les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour qu’une descente se déroule sans danger, il est nécessaire de prendre alors les bonnes dispositions. Il est possible de neutraliser cette partie du parcours par différents moyens et de reprendre la course lors que celle-ci est terminée et de répercuter les écarts lors du nouveau départ. L’inconvénient qui peut se poser est s’il s’agit d’une grande étape de montagne avec plusieurs descentes. Répéter le processus peut vite être fatiguant et poser un souci logistique.

Si neutraliser ou modifier une étape à cause des descentes est totalement légitime, ça l’est beaucoup moins quand on neutralise les arrivées finales… Déjà vu lors d’un Tour de Catalogne, une montée ne semble pas avoir de conséquences dangereuses. Quel est l’intérêt si on peut rouler, comme cela fut le cas lors d’un récent Giro? La neutralisation tue la neutralisation et par conséquent la course. Même si les oreillettes et capteurs de puissance ont déjà un peu commencé à le faire… Et n’empêchent pas les chutes…

Le sujet de la neutralisation est bien complexe. Oui, dans certains cas, celle-ci est nécessaire voire même obligatoire, mais il ne faut pas non plus aller vers un excès du “tout sécuritaire”, au risque d’éliminer tout spectacle et toute passion pour ce sport. Alors, évidemment, on ne retrouvera jamais la folie de ce cyclisme d’antan, mais il est tout à fait envisageable de trouver un juste milieu, vous ne pensez pas?



Sport en directMercato Football Ligue 1
Écrire un commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Dernières publications

Remonter au début
Vous n'avez pas la permission de vous inscrire
libero. leo. porta. neque. velit, mattis luctus in suscipit