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Pourquoi Médiapro fait trembler le football français ?

Crédit photo : Andre Ferreira Icon Sport

L’argent ne fait pas le bonheur et ce n’est pas Médiapro qui vous dira le contraire. En effet, le groupe espagnol est tombé dans le filet judiciaire de la LFP qui a pris en grippe le nouveau diffuseur de la Ligue 1 et Ligue 2. Mais pourquoi ?

 

Qui est Médiapro ?

Crédit photo : Foot-sur-7

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Médiapro est un groupe audiovisuel sino-espagnol créé en 1994 et dirigé par Jaume Roures. Le groupe est détenu par Roures à 12%, Tatxo Benet à 12%, le fonds chinois Hontai Capital à 53,5% et à 22,5% par le groupe publicitaire britannique WPP. Il compte dans ses rangs un peu plus de 7000 salariés et en plus de détenir One soccer au Canada, il est le principal diffuseur de la Liga.

De belles ambitions

Crédit photo : BERTRAND-GUAY-AFP

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Le groupe de diffusion espagnol a acquis les droits de la Ligue 1 et de la Ligue 2 en 2018, de quoi annoncer des beaux jours pour le football français… ou pas. Dans la foulée, Médiapro rachète le 2 juin 2020 pour environ 10M le célèbre Téléfoot avec à son bord de gros noms, comme Grégoire Margotton, Bixente Lizarazu ou encore Anne-Laure Bonnet (ex Bein Sport). Les objectifs sont donc fixés, en effet, Roures vise les 3,5M d’abonnés ce qui équivaut à environ 1,1 milliard d’euros de revenus par an. De fortes ambitions pour ce groupe qui a pris à la légère le football français.

¿ Qué pasa ?

Avec un coût de 780M par saison, il faut avoir le compte en banque bien accroché mais aussi le cœur et la tête pour s’offrir les droits télés de la Farmer League. C’est donc avec un pas déterminé que Médiapro a voulu franchir la porte de ce défi à la rentrée le 14 août. Mais « attention à la marche ! » ont averti Vincent Labrune et Noël Le Graët. Rien à faire, le groupe espagnol est en train de tomber vers la sortie. En effet, avec une première échéance non payée pour les droits de la Ligue 1 et de la Ligue 2 le 5 octobre dernier de 172M, Jaume Roures a demandé un délai de paiement. Pas question d’attendre, la Ligue a déjà contracté un prêt garanti par l’État de 224,5 millions d’euros en mai, qui doit être remboursé sur quatre ans, à raison de 55 millions d’euros par an… à partir du versement des droits télés. C’est même très mal parti pour les clubs français dont l’économie (36%) dépend en partie de ce contrat de diffusion.

Mais que s’est-il passé ? Remémorez-vous les ambitions de Jaume Roures avec des offres de 25 euros avec engagement et 30 euros sans engagement, il visait 3,5M d’abonnés. Asseyez-vous bien car Médiapro aurait actuellement environ entre 250 000 et 500 000 abonnés, un très gros bide pour son lancement, au vu de son ambition. Médiapro tente d’amortir sa chute comme il peut en voulant renégocier les prix des droits télés avec la LFP. Impossible, la ligue a puisé dans ses réserves (50M) et a fait un emprunt de 112M d’euros pour ne pas faire sombrer les clubs, qui ont, ce lundi 19, accepté à l’unanimité la souscription de ce prêt face au non-paiement de Médiapro. Mais une autre chose aurait dû attirer l’œil du football français à l’annonce du groupe sino-espagnol.

À lire aussi : Genèse de Mediapro, de l’étonnement à la catastrophe

 

La désillusion italienne

En 2018, le groupe fait des fortunes avec la Liga et comme tout bon groupe d’audiovisuel qui cartonne, il décide de voir plus loin que l’Espagne. À exactement 1373 km à vol d’oiseau de la péninsule ibérique. Le pays des pâtes, des pizzas mais aussi du football est la cible prioritaire de Médiapro. Et pour cause, qui ne rêverait pas de diffuser la vieille dame, la Roma, l’Inter ou encore le Napoli ? Les présidents des clubs de la Serie A ont donc sabré le champagne à l’annonce d’un nouveau diffuseur venant d’Espagne, mais peut-être un peu trop vite. Effectivement, puisque le groupe a eu les yeux plus gros que le ventre (déjà à cette époque), et n’a pu avaler le morceau à la vision de l’addition de la première division italienne, un peu trop salée. Un contrat de 1,5 milliard d’euros par an jusqu’en 2021.

Le contrat a donc été vite rompu en mai 2018, Médiapro n’a pas été en mesure d’apporter la moindre garantie financière. Les critiques de la presse économique à la vision de cette piètre tentative, n’ont pas tardé à pleuvoir sur l’actualité et n’ont logiquement pas joué en faveur du groupe sino-espagnol. Mais que faisait la France à ce moment ? Personne ne lit la presse économique ? Pourquoi ce n’est pas remonté jusqu’aux oreilles de la LFP ?

La France s’en mord les doigts

Avec la crise sanitaire, vous aurez compris que même pour le football ce n’est pas la grande forme. Alors pourquoi ça n’a pas mis la puce à l’oreille à certains présidents comme J-M Aulas qui a quand même fait une licence d’économie à l’université de Lyon? « Médiapro s’est suicidé » annonce un président de Ligue 1 à RTL. Un suicide ? Un mot choquant qui reflète malheureusement la gestion économique du groupe et qui est en train d’emporter dans sa chute le football français. Cet évènement ne passe pas inaperçu même aux yeux des dirigeants du pays. L’Elysée réagit : « nous n’allons pas intervenir auprès de Médiapro pour les aider à payer leurs dettes ou garantir les risques qu’ils ont pris dans le cadre d’un appel d’offres. Nous n’allons pas intervenir sur les droits télés. ». L’Elysée a donc choisi l’absentéisme sur cette affaire, ce qui enterre de plus en plus Médiapro dans sa tombe.

Au secours Canal +

Crédit photo : AFP

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Grand perdant, l’année dernière, de l’appel d’offres (2020-2024), le pôle télévision du groupe Vivendi, Canal +, pourrait ressurgir en caressant dans le sens du poil la LFP pour réobtenir les droits. En effet, on pourrait revoir débarquer nos belles Ligue 1 et Ligue 2 sur Bein Sport et admirer les chocs des journées les dimanches soir après un bon Canal Football Club.

Mais rien n’est encore joué, la Ligue a dit chercher un nouveau diffuseur mais pas spécialement Canal +. Elle pourrait se tourner (pourquoi pas) vers les géants GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) qui sont de plus en plus présents ces dernières années dans nos salons.

Un football français aveuglé par l’appel d’offres, n’a pas vu arriver la catastrophe économique qui se profilait dans le porte-monnaie de Médiapro. Le mal est fait et le groupe audiovisuel sino-espagnol doit demander à son actionnaire Joye Media SL, situé à Madrid, de combler ce trou économique énorme pour sauver le foot français.

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