Olympique Lyonnais- le bilan : Paradoxes et déception

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Qui dit fin de saison dit forcément bilan et nul doute que le président de l’Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas sera très attentif à faire un point précis sur les dix mois écoulés. Peut-être l’a-t-il déjà fait, ce qui aurait conduit à l’éviction de son coach Bruno Genesio. À WeSportFR, on s’y est également collé, alors entre bilan comptable honorable et déception des supporters, retour sur une saison pleine de paradoxes.

Découvrez ici notre point sur la saison de l’autre Olympique, l’OM.

Un premier bilan sur le plan sportif

Crédit photo : Stéphane Guiochon / le Progrès

Certes, l’Olympique Lyonnais est à nouveau sur le podium et est qualifié pour la prochaine Ligue des champions, avec en plus des parcours en C1 et en coupes nationales honorables, et, d’un certain côté, c’est bien là l’essentiel. Sur le plan purement comptable et si on se penche uniquement sur les résultats bruts, il n’y a pas grand-chose à redire.
Mais il faut juste ne pas y regarder de trop près, quitte à vite déchanter. Il suffit de mettre en perspective l’effectif lyonnais avec les résultats obtenus, et le bilan s’assombrit nettement. Bruno Genesio avait en sa possession la seconde meilleure équipe de France sur le papier, loin derrière le PSG certes, mais loin devant les autres aussi. Même si le LOSC a surperformé lors de l’exercice passé, il semble inimaginable de voir le club rhodanien finir autre chose que deuxième (au minimum). Et surtout pas à 19 points d’un PSG qui s’est complètement écroulé sur la fin.
Finalement ce que les amoureux du foot retiendront de la saison de Lyon, c’est un groupe irrégulier capable du meilleur (invaincu face à City en phase de groupe de C1, victoire face au PSG en février, une double confrontation honorable face au Barça…), comme du pire (des défaites inexplicables face à des clubs aux abois, une incapacité à tenir les matches du début jusqu’à la fin, et à saisir certaines opportunités de faire des gros coups…). Et surtout, n’importe qui qui a regardé plus de trois matches des Gones cette année observe un cruel manque de fond de jeu : on n’a jamais su où voulait aller cette équipe : qui est le chef ?  Quels sont ses leaders de terrain ?
Lyon a réussi à sauver l’essentiel, la C1, grâce au talent brut de ses joueurs et surtout grâce à Anthony Lopes, le gardien lyonnais, parfait dans son rôle de cache-misère tout au long de la saison. Ses parades décisives ont permis de prolonger de plusieurs mois l’escroquerie d’un Olympique Lyonnais qui ne paraissait finalement pas si à la ramasse que cela. Le club lui doit sa place en Ligue des champions l’année prochaine, mais fait pourtant traîner la prolongation de contrat du portier portugais… Peut-être que le nouveau directeur sportif Juninho, parviendra à remettre de l’ordre dans tout cela.

Le conseil de classe des joueurs  (qui ont majoritairement joué)

Crédit photo : AFP/Romain Lafabregue

Anthony Lopes : Rien à lui reprocher. Si tous ses partenaires s’étaient mis au niveau de son état d’esprit et de ses performances, Lyon aurait été champion.

Rafael : En tout, il aura joué une moitié de championnat. 18 matches irréguliers mais globalement satisfaisants.

Kenny Tete : Beaucoup de regrets. À chaque apparition il a montré des qualités qui ne demandent qu’à être constatées sur la durée. À surveiller l’année prochaine.

Léo Dubois : Une des grosses satisfactions de cette saison. Arrivé gratuitement cet été, il a franchi un cap, et se retrouve logiquement en Bleu.

Jason Denayer : Parfois tiré vers le bas par son acolyte en défense centrale, le Belge aura souvent tenu la baraque malgré un essoufflement en fin de saison.

Marcelo : Il cristallise l’essentiel des critiques des supporters : lent, doté d’un sens de l’anticipation proche de zéro, capable de relances catastrophiques… Sa solidité dans les duels ne sauve pas tout.

Ferland Mendy : Le Real Madrid en a fait sa cible n°1 pour remplacer Marcelo (le quadruple champion d’Europe). Ça vous laisse imaginer la teneur de sa saison.

Tanguy Ndombele : Le patron au milieu c’est lui. On peut seulement regretter un certain manque d’impact sur son équipe quand celle-ci souffre : quand Lyon gagne c’est souvent grâce à lui, mais quand Lyon perd, il sombre aussi. A contrario, il est quelque fois arrivé que l’OL gagne sans forcément un grand Ndombele dans l’entrejeu.

Houssem Aouar : En difficulté en fin de saison, il aura tout de même livré un effectif convaincant, ponctué de match de très grande classe.

Lucas Tousart : Constant. Bien plus à l’aise dans la récupération et le duel, que dans le dribble et la percussion, on sait tous ce qu’il sait faire et ce qu’il ne sait pas faire, et il n’a jamais déçu. Il est un des rares à qui on ne peut rien reprocher.

Martin Terrier : Le troisième irréprochable. D’abord cantonné au banc et à des entrées en jeu pleines de promesse, il a fait son trou et démontré toutes ses qualités. À voir comment il aura sa place dans le 4-3-3 de Sylvinho l’an prochain.

Bertrand Traoré : De vraies qualités techniques mais un QI foot négatif. Un mystère pour la science.

Maxwell Cornet : Peut-être le seul que Genesio a indubitablement tiré vers le haut. On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais quand on a fait appel à l’ailier droit ivoirien, il a toujours essayé de répondre présent.

Nabil Fekir : Son départ avorté à Liverpool lui a peut-être coupé les jambes ? Capitaine mais trop rarement leader, il a livré une saison très moyenne pour un joueur de sa classe.

Memphis Depay : Le jour où il le décidera, Memphis sera un attaquant formidable. Mais cette année, il a juste été vaguement enthousiasmant par moment.

Moussa Dembélé : Une première partie de saison qui a alterné entre le catastrophique et le très décevant. Une seconde qui est plutôt allé chercher dans le registre « attaquant de classe internationale ». Sauveur de l’Olympique Lyonnais a de nombreuses reprises, il aurait aisément passé la barre des 20 buts en Ligue 1 avec un début de saison à la hauteur (et des ailiers plus collectifs).

Le conseil de classe des dirigeants

C’est là que le bât blesse. Les joueurs ont leur part de responsabilité dans cette saison mitigée, mais le président Jean-Michel Aulas, et son coach Bruno Genesio ont aussi des comptes à rendre.

Bruno Genesio : On va évacuer le bon très rapidement : deux coups de génie tactique face à Manchester City, des résultats sur le papier convaincant et on va même aller jusqu’à lui accorder les bénéfices du recrutement estival, particulièrement bon (trois recrues phare : Terrier, Denayer et Dubois, trois réussites). Voilà, on va pouvoir débuter les sujets qui fâchent.
Tout d’abord une petite question qui résume parfaitement le problème : Qu’est-ce qu’un bon entraîneur ? La plupart des gens conviendront qu’on reconnait un bon coach à sa capacité à faire jouer son équipe de manière à maximiser les résultats. Si on considère le matériau de base mis à la disposition de Bruno Genesio et ce qu’il en a fait, peut-on donc dire qu’il a fait une bonne saison ? Non, et le voilà le problème. Il faudrait 50 pages pour compiler tous les problèmes liés au coach lyonnais, juste pour cette saison. On va aborder les principaux :

La gestion des joueurs : Entre ceux alignés trop tard dans la saison (Terrier), ceux tout simplement jamais ou trop rarement présents (Caqueret, Solet, Pintor entre autres), et ceux au contraire à qui on a donné trop de responsabilités (Marcelo), Genesio n’a jamais brillé par la gestion de son groupe. Il suffit d’observer les performances des joueurs décevants avec l’Olympique Lyonnais lors des trêves internationales : Memphis et Traoré ont par exemple porté à bout de bras leurs sélections respectives. Le match de Coupe de France face à Rennes fut l’apothéose du problème : onze joueurs qui semblaient tout faire pour que leur coach s’en aille.

La tactique : Excepté les deux matches face à City, on en a déjà parlé, l’Olympique Lyonnais n’a jamais pris le pas sur son adversaire tactiquement. Pire, l’équipe a perdu plusieurs matches face à des adversaires plus faibles dans le jeu uniquement sur des points d’organisation et de combinaisons destinées à bloquer son jeu. On n’a jamais su où Genesio voulait aller, comment il voyait le jeu de son équipe, et ce qu’il demandait à chacun de faire sur la pelouse. Par conséquent, on a eu l’impression de voir des joueurs compter uniquement sur leurs qualités pendant tout une saison. C’est sûr, si on considère que le groupe a été livré à lui-même pendant 10 mois, 3e de Ligue 1, c’est même inespéré.

La communication : « Bruno, ton amour pour l’OL t’honore mais il faut tourner la page », voilà le message presque prophétique des ultras lyonnais à la fin de la saison dernière. Mais le coach lyonnais a préféré parler d’abord d’un acharnement d’une minorité, avant de dire ne pas comprendre les supporters de plus en plus mécontents au fil de la saison. Genesio n’aura jamais su faire face aux critiques (légitimes, on l’a vu), préférant se réfugier dans un rôle de Calimero, pour mieux ne pas se remettre en question.

https://twitter.com/SeriousCharly/status/1134062173184057345

Jean-Michel Aulas : Il aura mis du temps, mais il a finalement pris la bonne décision en ne reconduisant pas son coach pour la saison prochaine, ne serait-ce que pour apaiser un climat autour du club qui était de plus en plus explosif. Sinon, cette année, JMA nous a fait du JMA pur jus : un président omniprésent qui enchaîne les déclarations, certaine fois plutôt malheureuses. Il a promis de prendre du recul à partir d’aujourd’hui pour laisser son nouveau directeur sportif et son coach gérer, on verra s’il tient promesse.

Et pour la saison prochaine ?

Bruno Genesio est remplacé par un duo. Sylvinho en entraîneur principal et l’ancienne légende du club Juninho en directeur sportif. Un choix qui a eu le mérite de calmer instantanément les supporters et même de créer une forme impatience en vue de la reprise. L’OL repart donc sur des bases plus saines, avec un crédit confiance envers le coach au maximum chez ses fans.
Premier chantier : le recrutement, rendu plus facile par la victoire de Chelsea face à Arsenal en finale de Ligue Europa mercredi (4-1), qui qualifie directement l’Olympique Lyonnais pour la prochaine phase de groupe de C1. Au rayon arrivées, le nouveau coach lyonnais a annoncé être à le recherche d’un défenseur central et d’un milieu de terrain, a priori pour compenser le départ inéluctable d’Ndombélé. Outre le milieu français, Ferland Mendy devrait également quitter le club. Reste des interrogations : quid de l’avenir de Marcelo après une saison pareille ? Quid de celui de joueurs comme Bertrand Traoré, extrêmement décevant? Sylvinho va-t-il faire le pari de relancer le Burkinabé qui semble avoir un fort potentiel, ou préférera-t-il jeter l’éponge ? Quid des jeunes pousses également, comme Gouiri, Caqueret, Solet qui ont largement l’âge de briller au plus haut niveau ? Sylvinho va donc devoir composer un groupe à son image, adapté à la tactique qu’il veut mettre en place, et sans oublier le centre de formation lyonnais, principal atout du club depuis de nombreuses années. Pour sa première expérience en tant que coach n°1, il arrive sur un terreau fertil et avec une place assurée en C1.

L’actualité dans la capitale des Gaules s’annonce donc remplie ces prochains mois. Première échéance vraisemblablement, la vente de Ndombele et Mendy puis la reconstruction d’un groupe solide et cohérent. On le sait, nouveau coach rime la plupart du temps avec avalanche de départs et d’arrivées, même si le duo brésilien semble privilégier la stabilité. Reste maintenant à faire mieux que Genesio dans le jeu, mais aussi dans les résultats, ce qui n’est pas non plus chose aisée. L’Olympique Lyonnais attend un nouveau titre depuis 2012.

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