Tennis

Pourquoi la saison sur gazon fascine-t-elle tant ?

Comme chaque année et comme le veut la tradition, la poussière orange et sale de la terre battue fait place au gazon immaculé et coupé si parfaitement. Cette partie de la saison, la plus courte de l’année, fait toujours rêver et semble fasciner tous les fans de tennis qui se délectent de chaque point jouer sur herbe, de ‘s-Hertogenbosch à Wimbledon en passant par Halle et Eastbourne. Pourquoi ces cinq semaines sont-elles tant attendues et tant suivies ? Éléments de réponse… 

Navrátilová, Borg, Sampras, Federer… De nombreuses légendes du tennis ont brillé sur gazon, les hissant toutes au panthéon du tennis. Aujourd’hui encore, on aime retrouver toutes les stars du circuit sur cette surface si particulière, au rebond très bas. Les raisons sont diverses, historiques d’une part, esthétiques de l’autre.

 

Une surface historique

Dès les origines et la création du tennis sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, on trouve les premiers courts sur herbe. Pour la petite histoire, c’est au milieu du XIXe siècle que l’on rencontre les premiers aristocrates possédant des courts en herbe, pratiquant ce qu’on appelle le lawn tennis (littéralement tennis sur gazon). À la fin de ce siècle, les premiers tournois de tennis apparaissent et se jouent évidemment sur le pré vert : à Nahant dans le Massachusetts et surtout à Wimbledon dans la banlieue de Londres. Cette compétition, créée en 1877, est aujourd’hui le plus vieux tournoi du monde encore existant et est considérée aujourd’hui comme le temple du tennis.

Avançons un peu dans le temps et retrouvons nous au milieu du XXe siècle. Le tennis s’est développé partout dans le monde avec la création notamment des 4 tournois du Grand Chelem. Jusqu’en 1974, trois d’entre eux se jouent encore sur gazon (Open d’Australie, Wimbledon et l’US Open), le Grand Chelem australien changeant de surface en 1988 tandis que les Américains choisissent la terre battue grise en 1975 puis le dur trois ans plus tard.

 

Le gazon, créateur de légendes

Au-delà d’être la surface la plus ancienne et considérée par beaucoup comme la plus noble, elle nous a offert quelques matchs de légendes et fait entrer des joueurs dans l’histoire du tennis. Parmi eux, on peut bien évidemment citer Roger Federer et Martina Navrátilová, détenteurs des records de victoires à Wimbledon (respectivement 8 et 9). Évidemment, il y a aussi les 7 sacres de Pete Sampras. Le jeu offensif de Pistol Pete développait toute sa superbe sur le pré anglais grâce à ses services volées notamment. Comment dissocier Borg du gazon de Wimbledon, lui qui est le seul à avoir réalisé le doublé Roland-Garros – Wimbledon trois fois ? Le Suédois a également participé à l’un des tout premiers matchs de légende contre son rival John McEnroe : en 1980, la finale entre les deux hommes est considérée par beaucoup comme le plus beau match de tous les temps tant par son niveau que par sa dramaturgie. Un film lui a même été consacré. Cette rivalité a laissé place aujourd’hui à un duel à trois entre les plus grands joueurs de ce sport. Les finales entre Federer et Nadal au All England Lawn Tennis and Crocket Club sont parmi les plus beaux matchs, notamment celle de 2008 qui voit l’Espagnol faire tomber son rival suisse. Ou encore, le tout dernier match ayant eu lieu à Wimbledon, je parle évidemment de la finale de 2019 entre Djokovic et Federer se terminant pour la première de l’histoire au tie-break du 5e set à 12-12 !

Borg célébrant son dernier titre à Wimbledon en 1980 à l’issue d’une rencontre historique contre McEnroe – Getty Images

Tournons nous du côté français maintenant. Récemment, le gazon a couronné plusieurs de nos champions (et c’est peut être ce qui nous plait tant sur la surface verte). À commencer par le gazon austral ! En 2001, la France part à l’autre bout du monde défier l’Australie en finale de la Coupe Davis. Les Australiens, menés par Rafter et Hewitt, choisissent le gazon. Bien mal leur en a pris puisqu’au terme d’une rencontre haute en stress, Nicolas Escudé écœure les Jaune et Vert au 5e match décisif. Plus récemment, chez les femmes, c’est sur gazon que le drapeau tricolore a flotté avec les victoires d’Amélie Mauresmo en 2007 et Marion Bartoli en 2013 à Wimbledon, les deux dernières victoires françaises en Grand Chelem. Que dire enfin de ce match dont tout le monde se rappelle et qui marquera à jamais l’histoire du tennis ? 11h05 ! C’est bien entendu la rencontre du premier tour de Wimbledon 2010 entre Nicolas Mahut et John Isner, étalée sur trois jours et se concluant 70-68 au 5e set. Je ne sais pas vous, mais moi, quand la saison sur gazon reprend, je repense toujours à ce match… 

Bref, je pourrais en citer encore des dizaines, notamment la passation de pouvoir en 2001 entre Sampras et Federer qui révèle le Suisse aux yeux du monde entier ou encore les affrontements entre Graff et Navrátilová… Avec le gazon, c’est comme si chaque année, sur une très courte période, une nouvelle immense page de l’histoire du tennis s’écrivait.

Mahut et Isner après leur match record en 2010 – AFP

Une part mystérieuse

Petit à petit, le gazon, très coûteux à l’entretien, a été abandonné au profit des surfaces plus simples et moins chères comme le dur ou les surfaces synthétiques. Ainsi, aujourd’hui, il est quasi impossible de jouer sur un terrain sur herbe. En France, on peut en trouver dans les jardins de l’ambassadeur du Royaume-Uni ou au Lagardère Paris Racing. Récemment, des Normands, passionnés du jeu, ont créé un club à Deauville dans lequel on peut jouer sur gazon plus facilement que sur les deux lieux précédemment évoqués. Autant dire qu’à moins d’être Normand ou le fils d’un homme politique, vous n’aurez probablement pas la chance de tester cette surface. Et sur le circuit, même chose ! Sur les plus de 120 tournois homme et femme se déroulant sur la saison, on n’en compte qu’une grosse douzaine sur herbe… Autant dire que les joueurs n’ont pas beaucoup l’occasion de s’y entrainer. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir de jeunes joueurs qui découvrent la surface lorsqu’ils jouent leur premier tournoi sur gazon. Ainsi, pour les spectateurs (comme pour les joueurs), il y a une certaine curiosité à regarder et analyser cette partie de la saison. De plus, c’est une surface sur laquelle on ne peut jouer que pendant une certaine partie de l’année. En effet, l’hiver, vous vous en doutez, il est impossible d’y jouer et quand arrive la fin de l’été, il faut laisser du temps à l’herbe de se régénérer. Comme on dit : “tout ce qui est rare est cher”, cher à nos yeux de passionnés.

 

Un style si caractéristique

Federer, tout de blanc vêtu, entrant sur le Center Court – Tenniscity

Aujourd’hui, le gazon est d’office associé à Wimbledon. C’est en effet LE tournoi qui le représente le mieux. Et qui dit Wimbledon, dit tenues blanches, immaculées… La classe londonienne, le style british, c’est aussi peut être ce qui nous plait tant. Bien que cette tradition soit légèrement “archaïque”, il y a toujours un certain plaisir à voir les joueurs, tout de blanc vêtus, s’affronter dans le temple du tennis. Au style vestimentaire vient s’ajouter le style de jeu. Lui aussi est typique du jeu sur herbe. Pour bien jouer sur gazon, on dit souvent qu’il faut pratiquer un tennis offensif, porté vers l’avant. En tout cas, c’est sur cette surface que les serveurs-volleyeurs s’expriment le mieux ! On a tous vu les plongeons de Sampras se ruant sur la balle au filet. Tout le monde a pris du plaisir en voyant Tim Henman partir à la conquête d’un titre qui lui a toujours échappé en pratiquant son tennis d’attaque. Pour les grands serveurs c’est aussi une aubaine tant la surface est rapide et le rebond bas : Roddick, Isner, Anderson ou encore Ivanišević l’ont bien compris en atteignant les demies, la finale ou le titre à Londres. Le gazon fait aussi suite à la longue saison sur terre battue pendant laquelle les échanges peuvent durer éternellement. Ainsi, on passe de tout à rien, d’un extrême à l’autre, des rebonds haut aux balles sous les chaussettes. Les joueurs latins et sud-américains spécialistes de l’ocre disparaissent au profit des géants et attaquants. Le gazon c’est donc aussi l’occasion d’un renouveau chaque année…

Changer son style de jeu, le porter bien plus vers l’avant, c’est ce qu’ont appliqué tous ceux qui y ont triomphé. En réalité, pas tous non, puisque depuis 20 ans, la surface a été ralentie pour homogénéiser les différents types de courts. À titre personnel, je trouve cela dommageable tant l’herbe faisait émerger de véritables spécialistes. Il n’en faut pas moins garder des appuis très bas et tenter de prendre de vitesse son adversaire rapidement !

 

Cette saison, le gazon revient après une année blanche en 2020. Les deux premières semaines ont déjà offert leur lot de surprises. On espère tous ne pas être au bout de nos surprises avec, pourquoi pas, une page de l’histoire qui s’écrira à Wimbledon la semaine prochaine. Et vous, le gazon vous fascine-t-il autant ?

 

Source Image en Une : TennisTour.com

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