Pourquoi les All Blacks sont-ils si forts ?

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Monument de l’histoire du sport, respectés sur tous les continents, mythiques pour leur haka, leur longévité et leur palmarès, les All Blacks n’ont jamais cessé d’être, depuis bientôt un siècle, la référence de leur sport sur la planète.

Mais quels sont les facteurs qui peuvent expliquer une telle domination, qui semble à la fois irréversible et singulière, et qui a plus souvent tendance à impressionner qu’à agacer le connaisseur de ballon ovale, tant la beauté et les valeurs de l’ovalie ne peuvent mieux être représentées que par les Néo-Zélandais.

 

La Nouvelle-Zélande, vivier exceptionnel de talents

Les chiffres sont souvent rapportés dans les médias français, et pourtant ils impressionnent toujours le passionné de rugby. Avec plus de 3% de la population d’un pays de moins de 5 millions d’habitants, le pays recense presque 150 000 licenciés, un ratio qui ferait pâlir toute autre fédération dans le monde, et qui assure un vivier de talents très qualitatif.

Au-delà de ces chiffres, le vivier de joueurs néo-zélandais présente des caractéristiques physiques plutôt très intéressantes pour devenir joueur de rugby. Avant même son adolescence, le gabarit des Maoris est assez impressionnant, 1,85m pour 100kg atteint parfois avant l’âge de 15 ans. Le développement physique permet aux joueurs de prendre place au sein d’un XV, et parfois d’un XIII à tous les postes, et notamment aux postes clés d’un effectif moderne, à l’aile, à l’arrière, autant qu’en première ligne.

« Nos coachs vont toujours chercher à penser en dehors des sentiers battus, en essayant de trouver le point de différence dans la manière dont les joueurs pensent et réagissent et s’exécutent sous la pression.» J. Kaino

Surnommé l’autobus, ou l’Homme montagne, Jonah Lomu, légende des Blacks symbolise bien cette exception physique. Trois-quarts aile, l’ancien rugbyman néo-zélandais de 115kg pour 1,95m courrait le 100m en 11 secondes, preuve d’une capacité de percussion exceptionnelle voire effrayante.

Contre Lomu, l'impression de peser 20 kg » - Clermont-Ferrand (63000)

 

Une politique de formation unique en son genre

En plus de l’entraînement physique qui fait de gabarits déjà puissants de vraies machines sur le terrain, la formation des entraîneurs néo-zélandais, dès le plus jeune âge, va inculquer des valeurs très tôt avec un entraînement quasi-quotidien pour permettre aux jeunes de progresser dans tous les domaines du jeu.

« Je me souviens du temps où les deuxième lignes n’avaient pas à travailler à leur accélération, leur jeu de jambes, à leurs compétences d’évasion ou à leurs passes.» J. Kaino

Jérome Kaino décrit ici le processus de formation technique et physique des jeunes joueurs, qui ne se contentent pas de travailler les attributs physiques propres à leurs postes, désormais le joueur de rugby moderne a besoin d’être un top-joueur sur tous les plans, capable de jouer au pied, d’occuper, d’attaquer et de défendre.

 

Un championnat au service de la sélection

Souvent décriée en France, l’organisation et l’importance de l’équipe nationale ne fait pas de doutes à l’autre bout du monde. Le championnat des équipes néo-zélandaises est adapté pour permettre à la sélection de s’entraîner ensemble presque deux fois plus que la moyenne des équipes européennes, une chance pour créer une certaine unité, qui se ressent sur le terrain notamment face à ces mêmes équipes européennes.

En plus du calendrier, la politique de la fédération était, précédemment, de ne pas permettre aux joueurs jouant hors des provinces nationales d’être sélectionnés en équipe nationale. La grande majorité d’entre eux, à l’exception de Sam Whitelock avant la dernière Coupe du monde, réalise donc en général le début de sa carrière dans le pays et au sein de franchises à la renommée mondiale comme les Crusaders, au sein d’un championnat au niveau souvent comparé à celui du Top 14, le Super 15.

Crusaders claim 10th Super Rugby title with victory over Jaguares ...

L’ensemble des légendes néo-zélandaises débarquent ainsi souvent en Europe après 30 ans, et après des succès en équipe nationale, pour se donner de nouveaux défis. La politique de formation, presque de formatage à la néo-zélandaise quasi-imposé porte ses fruits, et fait désormais l’unanimité.

 

Une fierté nationale immense

Souvent symbolisé par la tradition du haka, devenu mythique, les joueurs néo-zélandais sont bien plus que de simples internationaux, ce sont de vrais ambassadeurs de leur pays.

Lorsqu’on arrive en Nouvelle-Zélande, on ne voit que des All Blacks sur les murs, lorsque l’on parle de Nouvelle-Zélande, on pense automatiquement au rugby. Et cette tradition remonte à l’histoire de la Nouvelle-Zélande, membre du Commonwealth, qui souhaitait s’imposer dans ce sport inventé en Europe. Et c’est dès le début du XXème siècle, que les hommes parés d’une fougère argentée commencent à acquérir une dimension mondiale.

Dès 1905-1906, une victoire contre les Blacks devient un réel exploit. C’est également cette fierté qui est la principale instigatrice d’un mental hors norme des équipes, depuis 2004, les Blacks ont été menés 46 fois avant de rentrer aux vestiaires, ils l’ont emporté 30 fois, une performance vraiment éclairante, permise à la fois par un esprit irréprochable et par un physique sans égal.

 

Une continuité exceptionnelle

Depuis leur premier test-match international en 1903, face à l’Australie, qui s’est soldé par une victoire, après une première tournée qui initie leur légende en Europe en 1905-1906, la grande histoire des Blacks début en 1924, année durant laquelle les All Blacks débutent une tournée internationale de grande ampleur. Avec 30 succès en 30 rencontres, les Blacks construisent (déjà) leur légende.

Après près d’un demi-siècle de tournées réussies, et des décennies de victoires, la Coupe du monde de 1987 s’annonce comme le premier grand rendez-vous des All Blacks avec l’histoire, et ces derniers ne le manqueront pas. 43 essais en six rencontres, seulement 52 points encaissés, une victoire nette en Finale face aux Français (29-9). Après deux revers en 1991 et en 1995, défaits respectivement par les Wallabies et les Gallois, les Blacks, par l’intermédiaire de leur trois-quarts Jonah Lomu, deviennent les idoles pour les jeunes rugbymen français et même européens.

Jonah Lomu est décédé

L’apogée de la domination néo-zélandaise intervient à la veille de la décennie 2010, avec des succès consécutivement lors du Tri-Nations et à la Coupe du monde en 2011. Cette Coupe du Monde, organisée à domicile deviendra la preuve, s’il en fallait une nouvelle, que le rugby est le sport phare en Nouvelle-Zélande, car elle constitue le plus grand événement jamais tenu sur l’île. Les Blacks peuvent compter sur le soutien inconditionnel de leur population, friande de leurs performances et du spectacle, encore et toujours aujourd’hui. Ils ajouteront deux titres mondiaux supplémentaire à leur besace (2011, 2015).

«Ils ont une compréhension naturelle et instinctive du jeu. Leur originalité, leur attitude non conventionnelle, leur façon de manier la balle : tout concourt à ce qu’ils fassent le spectacle.» M. Te Pou

 

Soutenu par une nation entière, observés, décryptés partout dans le monde en raison de leurs performances mythiques, les All Blacks se sont forgés depuis bien plus d’un siècle une légende unique dans l’histoire du sport. Dominateurs hégémoniques, “bêtes noires”, invincibles, les superlatifs ne manquent pas et n’ont jamais manqué pour parler des Blacks, d’un effectif irréprochable et qui sait se réinventer.

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