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Rencontre avec Benoit Maylin de Yahoo! Sport

WeSportFR est allé à la rencontre de Benoit Maylin, célèbre journaliste Tennis connu pour ses interventions complètement décalées sur l’univers de la Petite Balle Jaune qu’il côtoie depuis plus de 30 ans. Parcours personnel, meilleurs souvenirs en cabine, circuits ATP et WTA, anecdotes croustillantes … Il se dévoile pour vous !

C’est sur la terrasse d’un café du 17ème arrondissement de Paris que Benoit Maylin, l’un des plus célèbres et plus décalés journalistes Tennis du PAF, s’est prêté à l’exercice de l’interview de longues et passionnantes minutes, pour notre (votre !) plus grand plaisir.

Bonjour Benoit. Vous êtes un journaliste accompli, mais aussi commentateur et analyste Tennis depuis de longues années en France. Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ? 

J’ai commencé par un Bac S, puis j’ai fait l’armée. Ensuite, je suis parti dans le Sud de la France passer un brevet d’éducateur pour des leçons de tennis à des enfants. En revenant sur Paris en 1986,  j’ai commencé à travailler pour Tennis Magazine pendant 3 ans. J’ai touché à pas mal de styles de sports et de supports : Golf Magazine entre 1989 et 1991, France Télévisions, et notamment France Supervision en 16/9ème jusqu’en 1996, AB Sport puis Pathé Sport entre 1996 et 2002 pour les “médias majeurs”. J’ai continué avec France 2, ESPN Cassic, un peu de radio sur RTL, l’Equipe, Orange Sport, et enfin Yahoo! Sport où je réalise mes analyses décalées que tout le monde apprécie, moi le premier ! Le sport représente près de 40 ans de ma vie, et j’en suis pas peu fier !

Quand s’est déroulé votre premier contact avec le tennis ? Et quelle empreinte le tennis a laissé en vous après toutes ces années ?

Tout a commencé avec mon père. Il m’a fait jouer plutôt tard au tennis, mais de manière intensive, entre 11 et 16 ans. J’étais licencié au TC Saint-Gratien où j’ai réussi à être classé 4, d’ailleurs. Entre temps, j’ai touché à d’autres sports comme le handball, l’escrime ou encore la natation.

D’où vous vient cette passion enflammée pour le tennis que vous communiquez à chacune de vos apparitions ?

Le tennis est entré en moi à l’époque des Borg, McEnroe, de Roland-Garros et de la Coupe Davis en clair sur les chaines publiques, notamment celle de 1982 avec Noah et Leconte… quel souvenir de dingue en y repensant ! Et pourtant, à l’origine, j’étais porté sur le football ! Durant mes jeunes années, j’allais souvent à Roland-Garros, et là où je m’installais dans les tribunes, j’avais une vue sur la zone presse en face de moi. L’effet Waouh a été tel que je me suis dit “Pourquoi ne pas etre à leur place ?”. Je me suis donc lancé. Sans avoir fait d’école de journalisme.

Quel est votre avis sur le tennis actuel ? 

Il y a un fait majeur qui m’a marqué depuis que je regarde des matchs de tennis : le passage de la période Laver/McEnroe à Federer/Rafa oblige absolument TOUS les joueurs à développer un tennis irréel pour tenter de rivaliser. Ils ont eu une capacité d’adaptation et de renouvellement que n’ont pas la plupart des autres joueurs qu’ils ont rencontrés. Techniquement, on ne peut pas faire mieux que Roger et Rafa. Ou même le Big 4 au complet : Murray a adapté son jeu sur gazon pour remporter Wimbledon, Djokovic a appris à jouer sur terre battue pour remporter Roland-Garros, idem pour Stan Wawrinka plus tard. Sur le circuit féminin, malgré une dizaine d’années où le circuit était indécis au possible et renvoyait une image de tennis techniquement limité, avec uniquement des parpaings du fond du court, on est en train d’assister au constat inverse ! Les deux dernières finales de Grand Chelem cette année étaient de très haute qualité ! Deux gros combats entre Simona Halep et Caroline Wozniacki, puis une victoire tactique de la Roumaine contre Sloane Stephens qui joue un tennis d’une insolence rare… deux batailles que j’ai vraiment apprécié. Et puis ça slice de plus en plus, ça travaille au corps dans les échanges, ça monte au filet, ça tente des amorties … on constate même une petite hiérarchie qui se met en place entre le Top 10 et le reste du circuit ! C’est vraiment top !


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Le tennis aujourd’hui, selon Benoit Maylin.

En parlant du Big 4, on le sait sur la fin, sur les dernières années. Et la Next Gen qui arrive n’a pas l’air de vous enchanter… 

En réalité, la “Next Gen”, je n’y crois pas. Elle développe un tennis très puissant du fond du court, mais ô combien “bête” tactiquement, c’est affolant. Je vais même plus loin : nous sommes entrés dans une ère de cogneurs où la puissance prime sur la variété technique. Alors que pour entrer et rester durablement dans le Top 10, il faut sans cesse brouiller ses propres cartes, être créatif et “intelligent” dans le jeu. Il n’y a qu’à regarder comme Dominic Thiem s’est fait tactiquement broyer par Rafael Nadal lors de la dernière finale à Roland-Garros…

Vous avez une façon d’analyser et de commenter le tennis qui vous est vraiment propre. 

Durant toute ma carrière de journaliste, j’ai constaté que le commentateur avait l’étiquette de l’homme barbant qui commente et décrit le match en ayant avalé des somnifères. Du coup, je me mets à la place d’un téléspectateur qui sort du boulot, lessivé et agacé par les remarques de son patron, et qui s’affale sur le canapé en voulant passer un bon moment de détente tout en apprenant des trucs.

On vous a sûrement déjà posé la question plusieurs fois auparavant, mais … d’où viennent vos personnages, tous plus farfelus les uns que les autres ?

Pour être honnête, j’en ai absolument aucune idée ! C’est tout simplement de l’improvisation totale. Et ça peut venir de n’importe quoi : un film que j’ai vu la veille, un trait d’un joueur, on mixe le tout, et ça donne le Monfisien, le Cannibale de Bâle, Drakulic, Tsongix, Richie “le Pitteuboule de Sérignan” … ! Mon dernier personnage, Dominic Thiem, je l’ai trouvé après avoir vu un Lucky Luke y a peu de temps, et je l’ai appelé “Rantanplan” parce que joueur est “bête” sur un court ! Plutôt que d’adapter sa tactique, lui, si ça ne marche pas, il va frapper encore plus fort dans la balle ! Pour le Cannibale de Bâle, c’était encore plus fort : je suis parti de Bâle, le lieu de naissance de Federer, j’ai cherché un mot qui rimait, et là, il y avait un match de catch à la télé, Ainsi est né le “Cannibale de Bâle” !

Benoit Maylin et ses multiples “déguisements tennistiques”.

Comment se passait la réalisation de votre chronique Tennis à l’Equipe ?

A l’époque où j’officiais sur l’Equipe du Soir, Olivier Ménard, le présentateur, ne savait pas du tout à quoi mon passage allait ressembler. L’écriture me prenait 2h de temps, je lui présentais le tout, il me disait OK peu importe que ça marche ou pas. Ensuite, je briefais les chroniqueurs de l’émission pour savoir quand et qui doit parler durant mon passage, et le tout se faisait sans relecture. Du pur live, de mes passages sérieux à mes craquages, en passant par les fous rires du plateau !

Qu’en pensent les joueurs ? 

Ils adorent ! Je crois que ça les fait vraiment rire ! Roger, en particulier ! D’ailleurs, il veut carrément me racheter mon masque de catch ! Par contre, j’y vais mollo sur sa femme, Mirka : il m’a dit qu’elle appréciait pas trop mon imitation … Faut pas se fâcher avec elle, ni avec la famille Federer, hein !

Autre personnage qui vous accompagne depuis plus de 10 ans : Julien Varlet, ex-joueur professionnel sur le circuit ATP reconverti en consultant pour Canal+ Afrique. Pouvez-vous nous parler de votre première rencontre ? 

Julien, je l’ai connu à l’époque où je travaillais pour ESPN Classic. Dans le train, on était en route pour Londres, il s’est assis à coté de moi, on allait à Londres pour Wimbledon, et l’entente a fonctionné de suite. Pour moi, en plus d’etre un homme gentil au possible, c’est un excellent consultant Tennis. Il a une très bonne capacité d’analyse, précis sur la technique, quasi incollable sur les circuits ATP et WTA.

Et son surnom, Obésix ? 

Improvisation totale aussi ! La preuve, la veille de l’attribution de son surnom, j’avais regardé Astérix et Obélix ! Véridique ! (rires)

© Youtube

Benoit Maylin et Julien Varlet, alias Obésix.

Vous avez parlé de l’Equipe et de passages à la TV. Une question brûle les lèvres de vos fans : vous reverra-t-on un jour sur le petit écran ?

Franchement, il n’est pas sûr que je revienne à la télé. Après, tout dépend des propositions qui arrivent chez moi, mais le format de mes chroniques n’est pas forcément transposable sur tous les médias TV… Et puis avec Yahoo! Sport, Facebook, Twitter et Youtube, je peux encore me permettre d’exister, pour le plus grand bonheur de mes Tennix ! Et aussi parce que ce format-là me plait énormément.

Auriez-vous un conseil à donner pour tous les journalistes apprentis ou autodidactes qui veulent se lancer dans le métier de journaliste sportif ?

A l’heure actuelle, tout est possible, et ce, grâce à l’ère du Numérique. La question m’aurait été posée il y a 10 ans, je vous aurais dit “Allez à l’ESJ, c’est obligatoire”, aujourd’hui, ça n’est quasiment plus nécessaire. Cela dit, il est recommandé d’y aller pour au moins apprendre les bases du journalisme en fonction de l’orientation souhaitée : présentateur TV ou radio, chroniqueur en plateau, journaliste reporter sur place, etc. Il faut se dire qu’on n’a pas forcément besoin d’un passage par l’ESJ (NDLA : Ecole Supérieure de Journalisme) pour être considéré comme un bon journaliste : 80% des élèves qui y sont actuellement ont de fortes chances de ne pas s’imposer, grillés par la concurrence autodidacte. Il faut être curieux, touche-à-tout, très motivé, et surtout, vérifier les sources. J’insiste sur ce principe de base qui est souvent bafoué depuis l’explosion de l’ère des réseaux sociaux : une personnalité peut dire A, le journaliste va écrire B, et en 5 minutes, le twittos va lire Z. Et ça, c’est malheureux. Et interdit chez moi. Enfin, je dirai qu’il faut être capable de dire “Je ne peux pas laisser dire ça”, d’imposer sa personnalité, ses convictions, afin de laisser sa patte dans ce microcosme très réduit.


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Les réseaux sociaux ont modifié le traitement de l’information, selon vous ? 

Oui, complètement ! J’ai constaté que les gens ont envie d’avoir une autre façon de voir, comprendre et digérer l’information. Ils subissent un bourrage de crane d’une information parfois erronée, coupée, taillée, déformée, et ça ne leur convient plus. Du coup, moins de temps passé à la TV, ça donne une recherche personnalisée de l’information, et c’est là que les réseaux sociaux s’inscrivent. Mais comme partout, il faut savoir trier le vrai du faux …

Ces recommandations marchent pour tous types de médias ? 

Pour prendre exemple sur mon parcours personnel, lorsque j’ai postulé chez tennis Magazine, j’y ai été au culot, directement au siège. Pendant 1 mois, je me suis pointé en même temps que la secrétaire de l’époque à ses heures d’entrée et de sortie afin de savoir si Jean Couvercelle était disponible pour me recevoir ! Je n’ai pas lâché le morceau, j’ai obtenu mon rendez-vous, et finalement, j’ai été pris pour un mois de stage. A la fin du mois avait lieu une conférence où chacun donnait ses idées d’articles. J’avais proposé la mienne, et le rédac’chef m’avait dit “C’est nul, mais je te garde quand même. Tu m’as l’air d’être quelqu’un de motivé et d’avoir très envie.” Et c’est ainsi que j’ai travaillé pendant 2 ans à coup de stages renouvelés. Moralité : ne lâchez rien et allez à la source, ça va forcément payer.

On va revenir sur le tennis. Quels sont vos meilleurs souvenirs derrière la cabine de commentateur ?

(réfléchit) Il y en a beaucoup trop … A Miami, je me souviens avoir commenté des matchs en maillot de bain, par exemple ! A l’époque où c’était pas encore à Key Biscayne, dans les années 90, il y avait la plage à 5 minutes de distance des courts, et on y piquait une tête avant de revenir ! J’ai été aussi soigné par un kiné de l’ATP pour une ampoule alors que j’étais en nage devant un Agassi – Roddick. Puis finalement, Agassi arrive, vient voir le kiné, et moi, intimidé, je dis au kiné “Ca va aller, c’est bon, j’ai plus mal, t’as plus important à faire, je crois…” ! J’ai aussi été en boite avec Anna Kournikova, Marat Safin, j’ai bu une bière avec Roger à l’époque où il avait 18 ans…

Vous aviez aussi délivré une interview absolument improbable de Richard Gasquet, non ? 

(rires) Ah cette interview était exceptionnelle ! Richard s’entrainait avec Tarek Benhabilès, et j’étais de passage pour Stade 2. Vu qu’on ne trouvait pas un coin suffisamment approprié pour tenir cette interview, je l’ai faite dans … un jacuzzi. Cette interview s’est transformée en un suivi d’une semaine jusqu’à Boca Raton puis dans les Everglades ! Le pauvre, il avait tellement peur des crocodiles…

Quel a été votre meilleur match à commenter ? 

Je dirai la finale de Wimbledon en 2001 entre Pat Rafter et Goran Ivanisevic. Ce tennis d’attaque, Ivanisevic qui ne servait que des mines illisibles, Rafter qui ne renonçait jamais et restait fidèle à son jeu d’attaque du premier au dernier point, et l’ambiance de folie sur le Center Court … absolument dingue. Les Croates avaient fait le déplacement pour soutenir leur héros national, tandis que les Australiens répondaient avec brio pour Rafter !

Et votre pire match ? 

Sans hésiter, un premier tour d’Alex Corretja à Roland-Garros, sur le Court n°1. J’étais dans une cabine sans clim, le match a duré 5 heures, et le niveau était proche du néant. Une purge monumentale. Il y a eu aussi un Hewitt – Ferreira en finale du M1000 de Stuttgart, que je commentais avec Thierry Champion en direct. L’ambiance était très, très, très bon enfant dans la cabine, et à un moment, Hewitt se retourne, nous regarde et nous montre du doigt ! On a pas compris, on a crus qu’on les gênait vraiment pour jouer, alors que non, il y avait juste une petite lumière qui était allumée juste à coté de nous ! J’avais honte, je pensais qu’on avait été repérés avec nos bêtises et qu’on allait se faire virer !

Une dernière question : le match avec Pauline Parmentier est-il encore d’actualité ? 

Oh oui, ça va se faire ! Je vais demander à mon cher Obésix d’être mon préparateur physique pour ce match d’anthologie ! Et vous serez tous invités, mes chers Tennix !

 

 

Remerciements chaleureux à Benoit Maylin pour nous avoir accordé de son temps personnel pour cette très riche interview.

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