Rencontre avec Lenaïg Corson, joueuse de rugby du XV de France

Rencontre avec Lenaïg Corson, joueuse de rugby en équipe de France !

Aujourd’hui, WeSportFr part à la rencontre de Lenaïg Corson, deuxième ligne en rugby à XV et ailier en rugby à sept en équipe de France de Rugby à XV et à VII ainsi qu’au Stade Rennais Rugby. Avec ses 25 sélections au cœur du XV de France, elle s’illustre comme l’un des piliers de l’équipe. Découvrez l’interview de cette jeune femme au mètre 85, souriante, pétillante, pleine d’humour et de générosité !

Tu as débuté par l’athlétisme.  Comment es-tu arrivée dans le rugby ?

Un peu par hasard pour tout vous dire. En arrivant à l’université de Rennes pour mes études en 2009, je cherchais à pratiquer un sport collectif. Le rugby était le seul sport que je pouvais exercer car il correspondait avec mon emploi du temps universitaire… comme quoi le hasard fait bien les choses ! J’ai de suite accroché par l’ambiance et j’ai poursuivi pour la compétition en club au Stade Rennais Rugby.

Comment concilier sport de haut niveau et vie professionnelle ?

Ce n’est pas évident de mener les deux de front, mais jouer au rugby et travailler à côté est un choix de ma part pour garantir un certain équilibre dans ma vie et préparer la reconversion. Ma passion reste le rugby mais c’est agréable de sortir de sa bulle de sportif professionnel et de côtoyer des personnes différentes, d’échanger sur d’autres sujets que le rugby, de changer d’environnement, d’apprendre et de faire évoluer ses compétences. Pour concilier ces deux vies, l’organisation prime avant tout. Il faut planifier et anticiper les éventuels imprévus, les déplacements, les valises (rires) … car je vis entre autre, entre deux villes : Rennes pour la vie en club et la région parisienne pour le travail et le rugby  avec l’équipe de France à 7. J’ai la chance de mon côté de bénéficier d’un contrat aménagé avec GMF, partenaire du rugby français. Je travaille aux partenariats sportifs et relations publiques avec une équipe très compréhensive et qui me soutient dans mes projets sportifs.

Source : rugbyrama

J’ai l’impression que les codes se cassent dans le fait d’associer le rugby à un sport exclusivement réservé aux hommes. Qu’en penses-tu ?

Depuis la coupe du monde 2014 organisée en France, le regard sur le rugby féminin ne cesse d’évoluer positivement. Nous avons vu un intérêt grandissant pour le jeu que l’on produit. C’est un jeu qui plait par sa fluidité, son sens de l’évitement comparé à nos confrères, où le ballon est en permanence en mouvement… On n’entend aussi beaucoup moins de préjugés à notre sujet. On peut dire merci aux médias et surtout à France Télévisions et Eurosport qui diffusent nos matchs. Aujourd’hui, les gens savent ce que c’est le rugby féminin. Ils ne jugent plus sans savoir. On voit que les sports au féminin attirent de plus en plus de spectateurs et tant mieux. Je pense qu’ils apprécient aussi notre fraîcheur de vivre et notre état d’esprit d’hargneuses sur les terrains. Ils s’identifient dans nos valeurs et l’image que l’on reflète. Les filles à XV ont remporté le week-end dernier le grand chelem sur ce tournoi des 6 nations, c’est une super performance qui a été suivie à la TV et même dans les stades. Au Stade des Alpes à Grenoble, plus de 17 000 spectateurs ont encouragé l’équipe de France, c’est un record pour un match du 6 nations féminin. Le rugby féminin plaît de plus en plus !

Cependant il y a toujours une inégalité certaine entre hommes et femmes dans le sport en général. Qu’est-ce qu’il manque selon toi, en 2018, pour faire changer les choses ?

Oui, ils subsistent certaines inégalités mais aujourd’hui dans le rugby, nous sommes conscientes que nous représentons seulement 5% des licenciés. Nous allons passer la barre des 20 000 licenciées cette année. Notre rugby se structure petit à petit même s’il reste encore beaucoup à faire. Économiquement, on peut comprendre que les inégalités persistent car la médiatisation et la visibilité ne sont pas les mêmes, les sponsors non plus. Mais les tendances pour le sport féminin peuvent laisser penser que les inégalités vont se réduire dans le futur.

Source : CDOS 35

Quel est ton geste préféré au rugby ?

Techniquement le raffut et fondamentalement, les « embrassades » ou la main, le regard, les paroles de ta ou tes coéquipières qui viennent t’encourager. Le rugby est un sport où le collectif prime avant tout. Tout seul, tu n’es rien sans ton équipe.

Qu’est-ce qui t’a permis d’arriver à ce niveau en seulement 8 ans ?

La passion, le travail, la persévérance, l’abnégation, mon physique et le plaisir de jouer le sport que j’aime.

Quel est ton plus beau souvenir en équipe de France jusqu’à présent ?

Mon plus beau souvenir avec l’équipe de France est d’avoir joué ma première Coupe du monde en Irlande en août 2017. Nous avions un groupe grandiose, qui pendant toute la préparation n’avait qu’une chose en tête, aller se chercher la Coupe du monde. Nous avons fini médaille de bronze, ça reste un bon souvenir même si nous étions venues pour prendre l’or.

Quelles différences t’apportent le rugby à XV et le rugby à VII ?

Le 7 c’est un des sports les plus extrêmes qui puisse exister. Pour jouer au sevens, il faut courir vite, longtemps et enchainer les tâches sur le terrain. Tu ne peux pas t’échapper ! Nous sommes 7 vs 7 sur la même surface qu’un terrain à XV. Il faut donc une très bonne condition physique et également une bonne technique de passe, car elles sont forcément plus longues. J’aime beaucoup le 7 car le jeu n’est vraiment pas cloisonné et je m’y sens plus libre. A XV, ce que j’adore c’est de jouer devant (ndlr : les avants constituent les joueurs de la mêlée) et tout le travail de conquête qui va avec : touche et mêlée. C’est tactique et tes efforts sont récompensés seulement si tu es bien connectée et que tu ne formes qu’un, avec les 8 joueurs de devant. L’un dans l’autre, le 7 et le XV sont complémentaires.

Quel autre sport aurais-tu aimé pratiquer si tu n’avais pas fait de rugby ?

Je suis compétitrice dans l’âme et j’aime vraiment les sports collectifs alors peut-être le Handball… mais franchement mon sport de prédilection c’est vraiment le rugby. Le terrain est un super défouloir et un fabuleux lieu de cohésion.

Source : rugbyrama

Tu as été primée « Meilleure joueuse de l’année 2017 ». Félicitations ! Qu’en tires-tu de ce sacre ?

C’était une très belle récompense et ça le restera, mais il faut avancer et rien n’est jamais acquis. J’ai vécu une année 2017 incroyable sur le plan sportif et personnel. Je ne remercierais jamais assez mes coéquipières et le staff pour ce que j’ai pu vivre humainement et sportivement. Ce début 2018 m’a réservé quelques embûches sur mon chemin…

C’est à dire ?

Je me suis blessée le 3 janvier, juste avant de partir pour le tournoi World Rugby de Sydney. Une déchirure de 10 cm de l’ischio. Après 5 semaines de rééducation, j’ai pu reprendre 3 semaines avant de me refaire mal début du mois de mars. C’est frustrant de se blesser de nouveau au même endroit après avoir respecté à la lettre le protocole de rééducation mais la vie nous réserve des surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, il faut l’accepter et aller de l’avant. Mais je suis positive, ce qui ne me tue pas, me rend plus forte ! La blessure fait partie du parcours du sportif donc je prends mon mal en patience en attendant de revenir sur les terrains avec plein d’envie et de détermination.

Quelle est la prochaine étape qui t’attend sportivement ?

Sportivement, j’ai envie de jouer la coupe du monde de rugby à 7 qui aura lieu à San Francisco en juillet. J’ai envie de gagner avec mon équipe, j’ai envie de vivre des émotions fortes avec ce groupe et très envie de m’exprimer et de me régaler autant que l’été dernier en Irlande. Avant ça, il faudra bien figurer sur le circuit mondial. Nous avons 5 tournois dans la saison face aux meilleures nations mondiales. Le prochain tournoi a lieu au Japon à Kytakyushu le 21-22 Avril.

Merci beaucoup à Lenaïg Corson pour le temps qu’elle nous a accordé et nous lui souhaitons un bon rétablissement avant cet été et encore de belles expériences sportives que nous sommes pressés de partager avec elle ! 

A propos de l'auteur

Passionnée de sport en général avec une préférence pour le tennis et le biathlon ! On dit qu'en Bretagne il ne pleut que sur les cons... ça tombe bien, je ne vis que des journées ensoleillées.

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