Supplément chantilly : les artistes oubliés de l’art footballistique

N°1 : Josip Ilicic

Entre élucubrations sur le montage financier du transfert de Neymar et choc post-traumatique des 60M de Kyle Walker, Sports Inside vous propose de retrouver ces joueurs qui nous font humidifier nos caleçons et qui justifient à eux-seuls les foutus euros lâchés dans l’abo Bien. Souvent délaissés car atypiques, SI les met en lumière, et parie que la nouvelle saison leur offrira une nouvelle scène pour faire ce qu’ils font de mieux : faire du football le plus bel art qui soit. Place au Mozart slovène, Josip Ilicic.

Avec son mètre 90 sous la toise et sa dégaine de boxeur géorgien, les suiveurs non foot-cocaïnés pourraient totalement demander la démission du pernicieux qui aura eu l’outrecuidance d’introduire un tel joueur dans une liste qui ne comporte que des magiciens. La parole est à la défense : l’habit ne fait pas le moine. De Palerme en passant par Florence jusqu’à Bergame où il vient de signer, et en ayant auparavant mis le championnat slovène à ses pieds, le natif de Prijedor ne fait rien comme tout le monde. Quitte à provoquer l’incompréhension, la colère ou l’admiration des fans, pro ou adverses. Surtout l’admiration, d’ailleurs. L’artiste est prêt, silence dans la salle…

Pourtant, le début de l’histoire n’a rien d’un menuet de Lully. En effet, le jeune Josip va traîner ses crampons dans différents clubs amateurs de Slovénie tout au long de sa formation, avant d’arriver tardivement, à ses 19 ans, dans l’honnête club du SC Bonifika, pensionnaire de deuxième division, avec lequel il brille avec intermittance, ce qui lui permet tout de même d’être recruté par le NK Interblock, arrivant tout juste de deuxième division.

Rebelote, les performances du jeune Josip attirent les foules, mais son irrégularité et son caractère corrosif altèrent son image, ce qui lui vaudra d’être envoyé en réserve par son club. Réserve d’où il verra son club redescendre en deuxième division après une dramatique phase de barrage. Mais Ilicic voit plus loin. Ses quelques sélections en équipe de Slovénie Espoirs lui ont donné une visibilité, nationale certes, mais qui lui permet de quitter Interblock pour signer du côté de Maribor, mastodonte alors en péril du football slovène. Mais c’est là, surtout, que l’artiste va composer ses premiers chefs d’oeuvre, utilisant la Ligue Europa pour exploser à la face de l’Europe du football.

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Pour sa première représentation sur la grande scène européenne, Ilicic élimine à lui tout seul les écossais d’Hibernians, préparation à la masterclass qu’il proposera face au Palermo. Buteur au match retour, mais surtout magistral, lors des deux confrontations, dans sa capacité à mettre la défense sicilienne en position foeutale, le jeune Josip ne le sait pas encore, mais ce match retour face au club des Pouilles sera le onzième et dernier sous les couleurs du Maribor. Syndrome de Stockholm oblige, le président Zamparini sort le chéquier et fait signer Ilicic et son coéquipier Bacinovic pour un peu plus de deux millions d’euros, une sacrée somme pour le club slovène qui n’opposera aucune résistance. L’artiste arrive au pays de l’opéra : l’histoire est en marche.

Et les débuts sont fracassants. Quasi immédiatement, Josip Ilicic s’installe dans le onze palermitain, et distille des gestes de classes, en prenant l’habitude de scorer sur les plus grandes scènes italiennes. L’Olimpico, San Siro et surtout l’Artemio Franchi de Florence voient danser ce grand échalas sur leurs pelouses, faisant preuve d’un sens du but certain. Son entente avec El Flaco Javier Pastore et le fuoriclasse Fabrizio Miccoli est orgasmique, et le trio va porter le Palermo tout au long de la saison, s’essouflant malheureusement sur la fin, empêchant la troupe de Delio Rossi de toucher cette qualification européenne qui leur tend les bras.

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Mais qu’importe. Le triangle magique va porter la Sicile jusqu’en finale de la coupe d’Italie, où ils s’inclineront avec les honneurs face à l’Inter Milan de Rafael Benitez. Mais la compensation est à la hauteur; l’Inter ayant terminé vice champion, la place européenne attribuée au vainqueur de la Copa est dès lors donnée au Palermo, concluant de fort belle manière cette saison feu d’artifice où le Slovène terminera en double double toutes compétitions confondues. Ilicic en profite pour être prolongé pour cinq ans, et gagne au passage le prix de recrue de l’année du club de Palerme. Mais le plus difficile arrive : après un premier album de cette qualité, le deuxième se devra d’être du même acabit, afin de ne pas gagner le statut d’éternelle promesse.

Une saison charnière qui ne démarre pas sous les meilleures hospices. En effet, Ilicic et l’ensemble de l’équipe sicilienne tardent à se remettre du départ record de Javier Pastore vers le Paris-Saint-Germain, en témoigne l’exécrable élimination lors des tours qualificatifs face au FC Thun. La campagne d’amicaux est difficile, et Josip éprouve des difficultés à retrouver son niveau qui était le sien l’année précédente, malgré le fait que le nouvel entraîneur, Gasperini, a construit son équipe autour du Slovène. Le début de championnat s’annonce cependant prometteur, le Palermo ne quittant jamais la première moitié du classement jusqu’à la trêve.

Malheureusement, blessures et suspensions, auxquelles s’ajoute les tensions internes entre direction et staff technique, vont noircir cette esquisse, au point que le club sicilien n’assurera son maintien qu’à l’avant-dernière journée. L’année suivante sera encore plus terrible, puisqu’elle verra le club descendre en Série B en conclusion d’un véritable chemin de croix.

Ilicic, malgré la saison décevante au niveau collectif, a démontré son influence grandissante dans le jeu malgré une feuille statistique moins impressionnante au niveau des assists, laissant découvrir un rôle de buteur aiguisé, ce qui lui permet de s’attirer les regards d’une de ses anciennes victimes expiatoires, la Fiorentina, qui déboursera 9M pour s’attacher les services du désormais cadre de la sélection slovène, au même titre que Samir Handanovic ou Valter Birsa.

Pourtant, contrairement à son arrivée dans la capitale sicilienne, l’atterrissage de Josip Ilicic dans la bourgade toscane ne se fait pas sans turbulences. Le Slovène éprouve de grandes difficultés quant à s’intégrer au schéma de Vincenzo Montella, et souffre de la concurrence avec Mario Gomez et Pepito Rossi qui enfilent tout deux les buts comme les perles. Souvent remplaçant, le Slovène ne profite pas des fenêtres de tir laissées par son coach pour s’exprimer; au final, il ne prend part qu’à 21 matchs de championnat et quelques minutes en Europa Ligue, rendant une feuille de stats faméliques et surtout un visage nonchalant et désintéressé qu’exècre l’Artemio Franchi, qui n’hésite pas à le siffler.

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Mais le Slovène ne lâche rien. La blessure aux croisés du genou de Pepito Rossi vont permettre, le malheur des uns faisant le bonheur des autres, à Ilicic de se faire sa place aux côtés de Mario Gomez, sans pour autant laisser afficher tout son talent, malgré une saison à 8 buts en championnat et un statut de meilleur buteur du club dans la championnat national. Après deux saisons, le bilan du géant slovène est mis en doute : son bilan statistique, loin d’être catastrophique, ne rentabilise pas le coût de son transfert, et son attitude sur le terrain et à l’entraînement ne joue pas en sa faveur.

Mais il suffit parfois d’un grain de sable pour que s’emballe un destin. L’arrivée du technicien Paulo Sousa va bouleverser la donne : l’ancien de Bâle va alors ordonner son équipe autour du duo Ilicic-Kalinic, permettant au Slovène de prendre plus de liberté dans son jeu et dans ses déplacements. Le cocktail est explosif, et le Slovène retrouve toute la classe qu’il avait su afficher en Sicile. Son entente avec Nikola Kalinic est dévastatrice, et permet à la Fiorentina de se qualifier une nouvelle fois pour la Ligue Europa malgré les bouleversements de l’intersaison. Le Slovène, auteur de 15 buts et 7 assists toutes compétitions confondues, a enfin trouvé sa place, et ses performances sont soulignées dans tous les canards transalpins.

La saison suivante sera de moins bon calibre, subissant l’influence de la perte qualitative de l’équipe (la Fio finit hors du top 5 pour la première fois depuis 6 ans) et du manque de lisibilité tactique offerte par Paulo Sousa en réponse aux résultats décevants, qui coûteront la place à ce dernier. Cette fin de cycle et l’arrivée de Stefano Pioli, qui lui signifiera d’entrée qu’il ne compte pas sur lui, vont entraîner son départ à l’Atalanta, équipe surprise de la saison précédente et qualifiée pour les joutes européennes.

Un transfert attendu par les suiveurs de la Série A. Car en effet, aujourd’hui âgé de 29 ans, Josip Ilicic n’a plus de temps à perdre, et doit confirmer qu’il est autre chose qu’un joueur né pour amuser la galerie. Pour que l’on se souvienne encore de ses sonates dans quelques siècles….

Maxence DURAND

Source :

calciomio.fr

transfermarkt.com

A propos de l'auteur

Penseur éclairé sur la tectonique des plaques footballistiques. ADN Bielsista, esprit Sarriste et coeur jaune et bleu. Djoko for ever et n'oubliez pas que Klay Thompson est le vrai GOAT.

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