Tour de France 1970 : Eddy Merckx survole une deuxième fois les débats

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Vainqueur de Paris-Nice, du Giro et de Paris-Roubaix notamment, Eddy Merckx était le grandissime favori pour succéder à lui-même au palmarès du Tour de France. Ses principaux adversaires étaient son dauphin de L’ année précédente Pingeon (Peugeot), Van Springel (Mann-Grundig), Luis Ocaña ou encore le prometteur Joop Zoetemelk (Flandria). D’ailleurs, avec 5 étapes chronométrées, les organisateurs ont dessiné les courbes d’un futur succès de l’Ogre de Tervueren.

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Eddy Merckx direct dans le ton …

D’abord, dès le prologue à Limoges, Eddy Merckx a imposé sa patte en étant le seul à finir sous les 10 minutes les 7400 mètres du parcours. À 44,623 km/h de moyenne devant un spécialiste du prologue, le spécialiste des prologues Charly Grooskost (Bic) de 4 secondes. Celui-ci s’était imposé lors du prologue du Tour 1968 et avait fini 3e en 1969. Le troisième Jan Janssen était déjà à huit secondes. Pingeon, victime d’une insuffisance surrénale au mois de juin, était loin 26ème à 34’’. Alors que Poulidor a fini 11e à 24 secondes. Mais Poupou était encore convalescent de son zona. Ocaña a assuré une bonne sixième place à 15 secondes.

Pour la première étape, un jeune sprinteur Français de 23 ans s’est imposé à La Rochelle, son nom était Cyrille Guimard (Mercier). Eddy Merckx a fini troisième de cette arrivée massive. Les bonifications lui ont permis de garder son maillot jaune puisqu’il a été devancé par Janssen.

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Le lendemain, après 45 kilomètres de course, Berland (Bic), Delépine (Frimatic), Jotti (Scic) et Wolfshohl (Mercier), Godefroot (Salvarani) et 2 équipiers d’Eddy Merckx, Van Den Berghe et Zilioli ont réussi à former l’échappée décisive. Mais, voyant l’écart atteindre près de 6 minutes, Merckx est venu donner un coup de main à la poursuite pendant 15 bornes. Au final, Italo Zilioli s’est imposé grâce aux chutes de Bertrand et de Godefroot. L’Italien s’est emparé du maillot puisque le peloton a accusé 24 secondes de retard.

Italo Zilioli prend le maillot jaune momentanément …

Pour la troisième étape, place à deux demi-étapes. Dans un premier temps, un contre-la-montre par équipes de 10,7 kilomètres à Angers. Sur un parcours très technique de 2,140 km à parcourir 5 fois, les Faemino de Spruyt, Zilioli, Antheunis, Bruyère et Eddy Merckx l’ont emporté. Grâce à cette victoire, ils ont empoché 20 secondes de bonifications. Les équipes Willem II Gazelle de Wagtmans et du champion du monde Ottenbros et les Molténi de Basso et de Vandenbossche ont complété le podium du jour. L’étape de l’après-midi a couronné au sprint Marino Basso (Molténi) sur le vélodrome de Rennes.

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La quatrième étape sur les terres Bretonnes vers Lisieux a été marquée par une grosse chute collective d’une trentaine de coureurs. Les principales victimes étaient Pecchielan (Molténi), souffrant d’un traumatisme crânien et Tamiazzo (Ferretti), d’une fracture la colonne vertébrale. Sur une arrivée en côte, Walter Godefroot (Salvarani) a démarré à 300 mètres de la ligne pour prendre ce bouquet devant Roger De Vlaeminck (Flandria). 57 secondes plus tard, Pingeon, Vandenbossche, Gandarias, G. Pettersson et les autres ont franchi la ligne.

Ensuite, le sixième jour de course était divisé en deux étapes. Le matin, une arrivée au sprint remportée par le maillot vert Walter Godefroot (Salvarani). L’après-midi, Jozef Spruyt (Faemino) a gagné sans gloire en suçant la roue Léo Duyndam (Caballero-Laurens). Le peloton est passé avec un retard à 11 secondes.

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L’étape 6 entre Amiens et Valenciennes, s’est démarquée l’affaire par des silex et des clous posés par des gens mal attentionnés. Dans le final, les secteurs pavés ont permis à Roger De Vlaeminck (Flandria) de lancer les hostilités avant d’être rejoint par 11 hommes (Merckx, Poulidor, Janssen, Van Springel, Zoetemelk, Leman, Godefroot, Van Den Bossche, Wolfshohl, Gonzalez-Linares et Steevens). Dans le vélodrome, De Vlaeminck s’est imposé en débordant Steevens et Gonzalez-Linares dans les derniers mètres. Pas attendu après une crevaison, Zilioli a perdu sa tunique de leader avec un retard de plus d’une minute.

… Eddy Merckx déjà sur son trône …

Puis, afin de rejoindre Forest, la première demi-étape était marquée par un secteur pavé dans un mauvais état. Mais, Lucien van Impe a profité d’un raidard pour attaquer à 15 kilomètres du but. Eddy Merckx s’est chargé en solitaire de recoller à son compatriote. Les deux Belges sont entendus jusqu’à la bosse finale. Enfin, Eddy Merckx a distancé Lucien Van Impe pour empocher les 20’’ de bonifications. Le peloton est arrivé avec 1’20’’ plus tard. Pingeon (91ème à 3’51’’) a encore explosé. Le Cannibale avait 1’45” d’avance sur son dauphin Godefroot. L’après-midi, Forest a accueilli un chrono exigeant de 7200 mètres avec trois bosses. Le champion d’Espagne José-Antonio Gonzalez-Linares (Kas) a créé la sensation en battant de trois secondes Merckx. Luis Ocaña a fini à 7 secondes et Joop Zoetemelk à 9 secondes. Vainqueur la veille, Roger De Vlaeminck a chuté et a dû abandonner. Souffrant du genou, Roger Pingeon (Peugeot) a dû quitter la course.

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Ensuite, Alain Vasseur (Bic) a réalisé une chevauchée en solitaire de 172 kilomètres jusqu’à Felsberg. Puis, à Mulhouse, Mogens Frey (Frimatice et Joaquim Agostinho ont résisté pour trois secondes au peloton. Frey a gagné au final.

Au kilomètre 87, Dolman, Merckx, son équipier Vandenberghe, Zoetemelk, Labourdette, Schleck, Pintens, Galdos, puis Wagtmans, Van Der Vleuten, Van Katwijk et Tosello se sont portés à l’avant. Derrière, la mésentente a régné puisque les Bic d’Ocana n’ont pas roulé. Leur leader Ocana a souffert d’hémorroïdes et d’une crise de foie. Au final, 5 minutes 30 de perte pour Van Springel, Poulidor, Van Den Bossche et Aimar. Ocaña a terminé à plus de 12 minutes. Devant, après le franchissement de la côte des Rousses et du col de la Faucille, le groupe de tête ne comprenait plus que Merckx (Faemino), Zoetemelk (Flandria), Pintens (Mann-Grundig) et Tosello (Molténi). Au final, Merckx s’est montré le plus rapide.

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Dans l’Ain, Divonne-les-Bains a organisé par la suite un contre-la-montre individuel de 8,8 km. Eddy Merckx (Faemino) a pris sa revanche en réalisant une moyenne effarante de 49,836 km/h sur un parcours dessiné autour des installations de l’hippodrome de Divonne-les-Bains. Gonzalez-Linares (Kas) a fini deuxième à 9 secondes. Avec 9 nouvelles secondes de retard, le dauphin de Merckx a accusé un retard de 3 minutes. L’après-midi, les sprinteurs ont réglé leur compte à Thonon-les-Bains avec le succès de Marino Basso (Molténi) devant Janssen et Godefroot.

La premier étape dans les Alpes vers Grenoble a permis à Eddy Merckx d’assoir encore plus sa domination. Parti dans le col du Granier, Andres Gandarias (Kas) a vu Merckx revenir sur lui dans la descente du col du Cucheron. Les deux se sont pas quittés dans le col de Porte. Mais sa descente a vu l’Espagnol chuter et laisser filer le Belge vers la victoire. C’était déjà son cinquième succès d’étape sur ce Tour 1970. Derrière, le maillot jaune, Luis Zubero a pris la deuxième place à 1’35”. Puis, un groupe composé de Schiavon, Houbrechts, Gosta Pettersson et Wagtmans est passé avec un retard de 2’07”. Le dauphin de Merckx, Zoetemelk a encore perdu 3 minutes.

… Eddy Merckx sans soucis dans les Alpes …

Parti après 110 kilomètres de course, dans le col de Festre, Primo Mori (Salvarani) a remporté la troisième étape à Gap. Derrière, Rini Wagtmans (Willem II Gazelle) n’a pas réussi à faire la jonction malgré le col de la Sentinelle. Walter Godefroot, Eddy Merckx, Luis Zubero et Lucien Van Impe ont fini ensemble à 2’30”. Le 4e du général, Herman Van Springel a lourdement chuté pour abandonner le lendemain. Zoetemelk a continué à protéger sa deuxième place en marquant son adversaire direct Gosta Pettersson. Merckx a accentué une fois de plus son avance sur le jeune Batave, plus de 6’30”.

Après trois ans d’absence le Mont Ventoux était de retour sur la route du Tour. Après un début d’étape animée par Guimard, Labourdette et Danguillaume, le trio ont été absorbé par les favoris au bas du Mont Chauve. À 13 kilomètres du sommet, le maillot jaune a accéléré et seul Agostinho a pu le suivre un instant. Puisque plus de quatre kilomètres plus loin, le Portugais était lâché. Eddy Merckx est passé devant la stèle « Tom Simpson » en enlevant sa casquette puis son style est devenu moins aérien dans les 4 derniers kilomètres. À bout de forces, Merckx n’a même pu lever les bras sommet. Deux autres Belges ont complété le podium de l’étape : Martin Van Den Bossche et Lucien Van Impe à 1’21”. Le Cannibale a compté 9’26” sur Zoetemelk qui a perdu sur ses adversaires.

Après un succès au sprint de Marinus Wagtmans à Montpellier et la victoire de Van Vlierberghe sur Benfatto à Toulouse, Luis Ocana a ressuscité en partant dans la côte de Montsaunes pour lever les bras à Saint-Gaudens. Le champion du monde Ottenbros a tenté vainement de revenir dessus. À la rue dans les Alpes, l’Espagnol a conservé 2’22” sur un peloton réglé par Guimard.

Pour la 18e étape, un espoir Français s’est distingué en glanant la première étape dans les Pyrénées. Bernard Thévenet – déjà en vue lors de l’ascension du Ventoux quelques-unes plus tôt – a pris le meilleur dans les derniers hectolitres de l’ascension vers La Mongie sur Van Den Bossche et Van Impe. Le maillot jaune a semblé subir le contrecoup du Ventoux en terminant 4e à 1’06”.

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Après la descente du brumeux Tourmalet, Merckx, Zoetemelk, G. Pettersson, Van Impe, Gandarias, Aimar, Delisle, Zubero, Schleck, Spruyt et Van Den Bossche se sont échappés. Delisle a eu l’immense honneur de passer en tête de l’Aubisque devant Eddy Merckx qui s’est assuré le maillot de la montagne. Mais de graves mésententes à l’avant, ont permis au peloton emmené par les équipiers de Godefroot. À 40 bornes de la ligne, Christian Raymond (Peugeot) est parti pour de bon seul pour accrocher un deuxième succès en deux jours pour son équipe. Parti en chasse, le groupe Godefroot, Janssen, Poppe, Huysmans, Gonzales et Bouloux a fini à plus d’une minute du Français.

… des Pyrénées sans encombre pour Eddy Merckx …

Ensuite, Bordeaux a accueilli l’arrivée de la demi-étape réglé au sprint par l’Allemand Rolf Wolfshohl (Mercier) et un contre-la-montre individuel de 8 kilomètres où Eddy Merckx a répondu à ses détracteurs. Le Belge a dominé ce chrono autour du Lac de Bordeaux avec une avance de 7 secondes sur le Suédois Tomas Pettersson. Seul Gonzales-Linares aurait pu lui contester la suprématie mais il a cassé son pédalier en démarrant. Ocana a fini troisième, confirmant son retour en forme.

Ensuite, les deux étapes suivantes se sont terminés par un sprint massif. Le premier à Tours, Marino Basso (Molténi) a décroché son 3ème bouquet. Alors qu’à Versailles, Jean-Pierre Danguillaume a pris le meilleur sur Jan Janssen.

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Enfin, le chrono final vers Paris la Cipale, Eddy Merckx a parachevé son œuvre à 46,518 km/h de moyenne et en 1h9’39”. Son dauphin au général Joop Zoetemelk, parti 2’ avant lui, est rattrapé à 15 km de l’arrivée. Le Belge a devancé au final de 1’47” Luis Ocana et de 2’15” Gosta Pettersson. Rini Wagtmans a raté son chrono en se classant que 24ème à 4’54’’. Vandenbossche (12ème) en a profité pour lui chiper la 4ème place du général.

Eddy Merckx a donc inscrit son nom pour la deuxième fois de suite au palmarès du Tour. Sa domination est restée impressionnante puisque son dauphin était à 12’41” et il a encore récupéré 7 bouquets. Contrairement l’année passée, il n’a remporté que le classement de la montagne, le classement de la combativité et le classement combiné. Walter Godefroot a réussi pour 5 points à lui priver du maillot vert. À noter, contrairement à l’an passé, aucun Français sur le podium puisque le meilleur Raymond Poulidor à la 7e place. Alors que 5 Belges ont fini dans les 10 premiers et ont 13 des 23 bouquets.

CLASSEMENT GÉNÉRAL
1. Eddy Merckx (Faema-Faemino) en 119 h 31 min 49 s
2. Joop Zoetemelk (Flandria-Mars) à 12 min 41 s
3. Gösta Pettersson (Ferretti) à 15 min 54 s
4. Martin Van Den Bossche (Molteni) à 18 min 53 s
5. Marinus Wagtmans (Willem II-Gazelle) à 19 min 54 s
6. Lucien Van Impe (Sonolor-Lejeune-Wolber) à 20 min 34 s
7. Raymond Poulidor (Fagor-Mercier) à 20 min 35 s
8. Tony Houbrechts (Salvarani) à 21 min 34 s
9. Francisco Galdós (Kas-Kaskol) à 21 min 45 s
10. Georges Pintens (Mann-Grundig) à 23 min 23 s

Photo : Presse Sports, Dico du Tour,

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