Tour de France 1971 : Eddy Merckx profite de l’abandon d’Ocana

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Double tenant du titre, Eddy Merckx était bien sûr le grand favori pour faire le triplé. Lauréat de Paris-Nice, Milan-San-Rémo, Liège-Bastogne-Liège et du Dauphiné-Libéré, le nouvel arrivant de la Molténi a vu sa garde rapprochée se renforcer avec Van Springel (2ème de l’épreuve en 68) et Wagtmans (5ème l’année dernière). En forme en fin de Tour la saison passée, Luis Ocana a réussi à faire flancher le Belge sur le Dauphiné, mais sur trois semaines, l’objectif était bien plus ardu. Ses autres adversaires étaient son dauphin de la précédente édition Joop Zoetemelk, Gosta Pettersson (victorieux au Giro) ou le petit grimpeur Lucien Van Impe. Pour ce 58e Tour de France qui s’est élancé d’Alsace, 20 étapes au menu pour une longueur totale de 3 608 km avec notamment la plus courte en ligne de l’histoire : 19 kilomètres entre Luchon et Superbagnères dans les Pyrénées, sept étapes de montagne et deux chronos individuels.

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Eddy Merckx et la Molténi présent dès les premiers jours …

Cette édition du Tour de France a commencé par un chrono par équipes à Mulhouse. Sur un circuit plat de 11 bornes, Eddy Merckx, Stevens, Huysmans, Van Schil, Wagtmans et Van Springel ont laissé parler leur puissance collective pour prendre les 20 secondes de bonifications de a victoire. 2ème à 21’’, les Ferretti de Gosta Pettersson, Van Vlierberghe et Campagnari ont bénéficié de 10’’ tandis que les Flandria de Zoetemelk, Eric et Roger De Vlaeminck, Leman, Schutz et Tabak ont été crédités de 5’’. Merckx a endossé le maillot jaune.

La deuxième journée de course a été divisée en trois étapes. Dans un premier temps, Merckx a perdu son maillot jaune au profit son équipier Marinus Wagtmans et Eric Leman (Flandria) s’est imposé au sprint à Bâle. Puis, Gerben Karstens (Goudsmit) s’est montré le plus rapide au sprint sur un parcours plus escarpé. Merckx a repris son bien puisque Wagtmans a fini à plus d’une minute. Enfin, retour sur Mulhouse pour une victoire d’Albert Van Vlierberghe (Ferretti). Eddy Merckx a fini cette journée en jaune.

Sur la piste en cendrée du stade Tivoli à Strasbourg, Eddy Merckx a battu Roger De Vlaeminck au sprint après une étape disputée sous la pluie. Le maillot jaune a consolidé sa tunique avec 21 secondes sur Herman Van Springel.

Ensuite, la troisième étape a vu David (Peugeot), Jimenez (Kas), Genet (Mercier), Wagtmans (Molténi), Van Neste (Flandria), Genty (Bic), Simonetti (Ferretti), Hoban (Sonolor), Guerra (Salvarani) et Van Schil (Molténi), sortir définitivement à moins 30 kilomètres de l’arrivée. À nouveau sur une piste en cendrée de Nancy, Wagtmans a battu Hoban. Karstens a réglé le sprint du peloton à 2’29’’. Merckx était toujours en jaune.

… qui peut contrecarrer les plans d’Eddy Merckx ? …

Par la suite, le peloton de la Grande Boucle a pénétré en Belgique. Jean-Pierre Genet (Mercier) et José Gomez-Lucas (Werner) ont réussi à fuguer à 46 kilomètres de l’arrivée. Les deux coureurs ont résisté au peloton et Genet s’est montré le plus résistant à Marche-en-Famenne. Cyrille Guimard a réglé le sprint du peloton à 5 secondes.

Le début de course est animé par les favoris. Puisque Merckx (5’’), Zoetemelk (3’’) et Van Impe (1’’) se sont disputés le premier sprint de bonifications. Après avoir franchi le Mur de Grammont, l’échappée décisive de huit hommes avec Guerra (Salvarani), Riotte, Catieau (Sonolor), Bouloux (Peugeot), Stevens (Molténi), Van Neste (Flandria), Van Vlierberghe (Ferretti) et Reybrouck (Salvarani) a tenu en respect le peloton pour se disputer le bouquet à Roubaix. Sur le vélodrome, Pietro Guerra était le véloce devant Stevens. Le peloton a concédé 1’16” mais aucun soucis pour Eddy Merckx.

Puis, la journée du 2 juillet est divisée en deux étapes. Le matin, Eric Léman s’est imposé au sprint devant Gerben Karstens et Cyrille Guimard dans les rues d’Amiens. Et, au Touquet, dans le dernier kilomètre, Mauro Simonetti s’est détaché pour gagner devant son coéquipier Wilmo Francioni. Le peloton a terminé sur les talons des 5 autres échappés.

Au lendemain de la journée de repos, la plus longue étape du Tour 1971 s’est déroulé entre Rungis et Nevers. Les Molténi ont cadenassé la course tandis qu’au début de cette longue journée un policier qui a traversé inopinément la route a mis à terre Manzanèque. Sur le boulevard Pierre-de-Couberti, Eric Leman (Flandria) a été cherché un troisième bouquet. Alors que le maillot vert De Vlaeminck, Conti, Vianen, Agostinho et Vercelli ont goutté le goudron à 400 mètres de la ligne.

La huitième étape était le premier rendez-vous des grimpeurs au Puy-de-Dôme où tout s’est joué dans l’ultime ascension. À 10 km de l’arrivée, Delisle a attaqué, obligeant Merckx à réagir. Dans un groupe d’une vingtaine de coureurs groupés. Deux kilomètres plus haut, Thévenet s’est propulsé à son tour à l’avant. Aucune réaction de la part du maillot jaune ! Luis Ocana (Bic) a décidé de contre-attaquer 1500 m plus loin. Merckx a poursuivi à son rythme cette ascension. Seuls Zoetemelk et Agostinho ont su prendre la roue de l’Espagnol. Après avoir débordé Thévenet, Ocaña a lâché ses deux adversaires dans le brouillard Auvergnat pour l’emporter au sommet. 4ème de l’étape à 15’’, Eddy Merckx a conservé le maillot jaune.

Puis, en direction de Saint-Étienne, 9 coureurs ont profité du parcours vallonné pour distancer définitivement le peloton. Devant, on a assisté à une bataille entre les Peugeot et les Molténi. Finalement, au sprint, Walter Godefroot (Peugeot) a battu Francioni (Ferretti). Le peloton a cédé au final plus de dix minutes mais pas de quoi inquiéter Merckx.

… Eddy Merckx est humain, tant mieux pour Zoetemelk …

On est entré dans les Alpes à partir de la 10e étape.Au col de Porte, de nouveau, Luis Ocana (Bic) est entré en action avec Bernard Thévenet (Peugeot), Zoetemelk (Flandria) et G. Pettersson (Ferretti) dans son sillage. Où est Merckx ? Le Bruxellois a été victime d’une crevaison et son dépannage a duré plus longtemps que prévu. De plus, il ne semblait pas au top de sa forme. Au sommet, il a déjà perdu 2 minutes. Bon descendeur, le Belge a réussi à récupérer un peu de temps pour finir à 1’36”. Devant, dans le vélodrome de Grenoble, Bernard Thévenet a devancé au sprint Pettersson. Du côté d’Ocaña, il était 2e du général à une seconde de Zoetemelk. Merckx était à 59 secondes de lui maintenant.

… puis c’est au tour d’Ocana …

La deuxième étape a vu la prise de pouvoir d’Ocaña. Suivant une offensive d’Agostinho dans la côte de Laffrey dès le 13ème km, l’Espagnol avait dans sa roue : Van Impe et le maillot jaune Zoetemelk. Derrière, Eddy Merckx n’a pas suivi. Ensuite, les 4 hommes de tête ont réussi à creuser un bel écart avec le peloton Merckx. Au bas du col de Noyer, alors qu’il restait encore 60 km à couvrir, Ocana est parti pour un extraordinaire exploit en solitaire. Même si Merckx n’était pas dans un grand jour, il était le seul à pouvoir lutter avec Ocaña. Le Cannibale a repris Zoetemelk et Agostinho pour finir à 8’42” à Orcières-Merlette derrière Van Impe, deuxième à 5’52”. En une journée, Luis Ocaña a assommé le Tour ! Merckx doit se réveiller !

Après la seconde journée de repos, dès le 6e kilomètre un des équipiers du Cannibale, Marinus Wagtmans, s’est élancé à l’avant de la course. Rapidement, Merckx et un autre Molténi, Jozef Huysmans, ainsi que Letort (Bic), Van Der Vleuten (Goudsmit-Hof), Aimar (Sonolor), Bouloux (Peugeot), Paolini et Armani (Scic) ont fait la jonction. Sous une chaleur torride à travers les routes sinueuses vers Marseille, Les 3 Molténi de devant ont tenu tête aux Bic et aux Mercier. Au final, Merckx est battu au sprint par Armani mais il a récupéré près de deux minutes sur Ocaña.

Sur le petit chrono individuel d’Albi, le duel entre Merckx et Ocaña a continué. Sur un parcours exigeant avec deux belles côtes à gravir, Eddy Merckx l’a emporté pour 11 secondes sur le maillot jaune. Les autres prétendants n’ont pu pas participer à la bagarre. Thévenet a perdu 42 secondes sur Merckx, Zoetemelk 1’02”, Van Impe 1’5’’ et G. Pettersson 1’15’’.

… le tournant malheureux de cette Grande Boucle …

Puis, lors de la quatorzième étape, Fuente s’est imposé dans l’indifférence générale. Puisque dans la descente du col de Menté, sous les Bretons, de nombreux coureurs ont chuté. Mais, le pire est arrivé au maillot jaune Luis Ocaña. Dans un virage en épingle, l’Espagnol tomba mais il est violemment heurté par Zoetemelk. Derrière, alors qu’Ocaña était à terre, d’autres coureurs Agostinho, et Thévenet, et Martinez butèrent sur le leader de la course. Enfin, Ocana est évacué vers l’hôpital de Saint-Gaudens où le diagnostic est rassurant. Le blessé n’a souffert que de fortes contusions au thorax et d’une entorse cérébrale mais il a du quitter la route du Tour. Arrivé à 6’21” de Fuente avec Van Impe, Lopez-Carril, Lucien Aimar et Joop Zoetemelk, Merckx a repris la tête du général. D’ailleurs, dans le Portillon, le champion belge a reçu des crachats et des pierres en plein visage de la part des supporters d’Ocaña. Le champion refusa de porter le maillot jaune.

La quinzième étape était juste la montée de Super-Bagnères (18,5 km à 6,3 %) depuis Luchon. Après trois démarrages, José-Manuel Fuente Lavandera (Kas) s’en est allé vers un second succès en deux jours. Auparavant, sous la pluie et le froid, Merckx a imposé une allure rapide dès le début pour former un groupe de vingt hommes. La bonne opération du jour était pour un autre Belge. Puisque Lucien Van Impe, a récupéré 34’’ sur Merckx et sur Zoetemelk qu’il a dépassé au général. Thévenet a bien récupéré de sa chute de la veille en finissant 3e de l’étape.

Le matin du 14 juillet avait lieu l’étape reine dans les Pyrénées entre Luchon et Gourette sur 145 kilomètres. Lucien Van Impe a grappillé des points au sommet du Peyresourde, de l’Aspin et surtout du Tourmalet. Dans ce col, le petit grimpeur Flamand a mis à mal le grand Eddy Merckx. Mais, le vent de face de la vallée l’a obligé à revenir dans le rang. Dans le col du Soulor, Van Impe a lancé quelques banderilles de nouveau mais c’est un équipier d’Ocana chez Bic, le Pyrénéen Bernard Labourdette, qui a réussi à distancer tout le monde. Après avoir passé en tête l’Aubisque, il s’est imposé en bas à Gourette avec 1’32” sur Merckx sous l’orage. L’après-midi, l’orage a cessé cette 2ème partie d’étape. Après une neutralisation de 16 bornes à cause de la boue, Zoetemelk s’est emparé de 5’’ de bonifications au point chaud de Nay. Peu après la côte d’Esquillot, Herman Van Springel (Molténi) et Willy Van Neste (Flandria) se sont détachés. Finalement, sur le circuit de Pau, l’équipier de Merckx s’est montré beaucoup plus rapide pour gagner une cinquième fois sur la Grande Boucle. Guimard a pris la 3ème place 24’’ devant le Cannibale.

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… Eddy Merckx n’ plus de concurrence

Après un début d’étape ennuyeux sur les routes landaises, Raymond Riotte (Sonolor) a attaqué suivi comme son ombre par Eddy Merckx, à 60 kilomètres du but. Ensuite, ce duo a reçu le soutien d’un équipier du maillot jaune Swerts, d’un ancien équipier désormais à la Salvarani, Vandenberghe, et de Van Der Vleuten (Goudsmit-Hof). Le mal est fait ! Les équipes Flandria (Zoetemelk), Sonolor (Van Impe) et Bic (1ers au challenge par équipes) n’ont pas la capacité pour revenir sur le groupe de tête. Du côté des Mercier, on est resté passif. Merckx, sur le circuit du Lac, a finalement réglé au sprint ses compagnons d’échappée. Le peloton a fini à plus de 3 minutes.

Après une longue étape vers Poitiers remporté au sprint par Jean-Pierre Danguillaume (Peugeot) dans un groupe de 10 baroudeurs et le succès de Jan Krekels face à Cyrille Guimard dans une arrivée massive à Versailles, le Tour de France s’est fini avec l’habituel chrono vers La Cipale. Eddy Merckx a bien sûr dominé cette étape chronométrée de 53,8 kilomètres à 45,765 km/h de moyenne. De plus, 4 de ses équipiers Wagtmans, Swerts, Van Springel, Van Schil ont fini dans les 7 premiersl du côté de la lutte pour la deuxième place, Joop Zoetemelk (8ème de l’étape à 4’6’’) a facilement comblé les 7’’ qui le séparaient de Van Impe (20ème de l’étape à 5’28’’). Joaquim Agostinho a été un brillant 2ème de ce contre-la-montre mais à 2’36” du maillot jaune.

Alors que Luis Ocaña avait mis fortement à mal Eddy Merckx. Il a fallu la terrible chute de l’Espagnol pour permettre au Belge de remporter un troisième Tour de France de suite.

CLASSEMENT GÉNÉRAL :
1. Eddy Merckx (Molteni) en 96 h 45 min 14 s
2. Joop Zoetemelk (Mars-Flandria) à 9 min 51 s
3. Lucien Van Impe (Sonolor-Lejeune) à 11 min 06 s
4. Bernard Thévenet (Peugeot-BP-Michelin) à 14 min 50 s
5. Joaquim Agostinho (Hoover-de Gribaldy) à 21 min 00 s
6. Leif Mortensen (Bic) à 21 min 38 s
7. Cyrille Guimard (Fagor-Mercier) à 22 min 58 s
8. Bernard Labourdette (Bic) à 30 min 07 s
9. Lucien Aimar (Sonolor-Lejeune) à 32 min 45 s
10. Vicente López Carril (Kas) à 36 min 00 s

Photo : Le Dico du Tour

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