Tour de France 1972 : le quadruplé d’Eddy Merckx

0

Eddy Merckx va-t-il remporté un quatrième Tour de France consécutif ? Au programme, 21 étapes pour 3 846 kilomètres avec trois contre-la-montre individuel et un par équipes. Vainqueur de Milan-San-Rémo, de Liège-Bastogne-Liège et du Giro, Eddy Merckx (Molténi) a du faire face à un parcours extrêmement montagneux. Son principal était le grimpeur Espagnol Luis Ocana qui l’avait mis sérieusement la saison passé. Les autres prétendants étaient Gimondi, de la formation Salvarani lauréat sur le Tour en 1965, le Français Roger Pingeon, vainqueur en 1967, accompagné du prometteur Thévenet, Poulidor de retour après un an d’absence, le deuxième de la dernière édition Zoetemelk (Flandria), le troisième du dernier Tour de France Van Impe (Sonolor).

D’abord, Eddy Merckx a remporté le prologue de 7,2 km autour de la place La Rochefoucault d’Angers à une vitesse moyenne de 48,813 km/h en étant le seul à passer sous les 9 minutes. Son équipier chez Molténi, Roger Swerts s’est hissé à la 2ème place de l’étape à 11’’. Poulidor a perdu 12”, Zoetemelk 13”, Ocana 15” et Mortensen 17”.

Après sa huitième place sur le prologue, Cyrille Guimard (Gan-Mercier) a pris les commandes après la première étape entre Angers et Saint-Brieuc sur 235,5 kilomètres. Le sprinteur Français a empoché les 6’’ de bonification lors du point chaud de Segré avant de s’imposer au sprint devant Mickaël Wright.

Puis, l’arrivée à La Baule, Rik Van Linden (De Gribaldy-Magniflex) s’est montré le plus rapide sur boulevard Darlu devant Walter Godefroot. Guimard est resté en jaune.

La journée du 4 juillet a été ensuite divisé en deux étapes. La première, Van Clooster (Watney-Avia), Tschan (Peugeot), Moneyron (Gan-Mercier), Beysens (Magniflex-De Gribaldy), Deschoenmaecker (Molténi), Gualazzini (Salvarani) et Guyot (Sonolor) se sont enfuis après 22 kilomètres de course. À Saint-Jean-de-Monts, Gualazzini s’est imposé au sprint alors que peloton n’a fini qu’à 7 secondes. La seconde étape était un contre-la-montre par équipes à Merlin Plage de 16,2 kilomètres. Les Molténi, bien que privés de Van Schil (blessé ce matin), ont battu sur un parcours sinueux les Peugeot de 20’’, les Bic de 28’’ et les Gan-Mercier de 39’’. Ainsi Merckx a empoché 20’’ de bonification et repris à Guimard la tunique de leader.

Mais l’étape d’après, Cyrille Guimard (Gan-Mercier) a détrôné Merckx du maillot avec son succès d’étape à Royan. L’événement le plus important a eu lieu au kilomètre 110 où le peloton a croisé le chemin d’un vent de trois-quarts face. Vianen (Goudsmit-Hof) a placé une accélération avec Merckx dans sa roue. Aussitôt ont rappliqué Godefroot, Ocana, Gimondi et Guimard. Un groupe de 18 coureurs s’est isolés à l’avant et a réussi à prendre 3’08” à l’arrivée sur un peloton où figuraient Pingeon, Poulidor, Zoetemelk et Van Impe.

La cinquième étape est elle aussi divisée en deux. Le matin, le peloton a rejoint Bordeaux où le champion de Belgique Walter Godefroot (Peugeot) a sauté sur la ligne Marino Basso (Salvarani). Cyrille Guimard s’est contenté de la 3ème place, synonyme de 10’’ de bonification supplémentaires auquel on a ajouté 5” dans un sprint d’un point-chaud. L’après-midi, à 47,345 km/h de moyenne, Merckx a réalisé une performance digne de son statut en prenant le meilleur sur son équipier Roger Swerts. Ocana (3ème à 15’’) a bien résisté sur les 12,7 kilomètres de Bordeaux le Lac. 6ème du chrono à 24’’ du vainqueur Eddy Merckx, Cyrille Guimard a réussi l’exploit de conserver sa tunique jaune pour neuf secondes. Thévenet a perdu 32”, Gimondi 41”, Zoetemelk 49” et Pingeon 52”.

La sixième étape vers Bayonne a sacré Léo Duyndam, le plus rapide d’un groupe de cinq baroudeurs parti après 180 kilomètres de course.

La première étape pyrénéenne entre Bayonne et Pau. Dans l’Aubisque, après deux attaques, Ocana est sorti du peloton des favoris avec Merckx. La descente a permis de toute façon la jonction. Mais dans la montée du Soulor, Ocana a crevé alors que Merckx, Poulidor, Hézard, Gimondi, Guimard et Zoetemelk ont pris leur distance. Ocana a chuté dans la descente emmené avec lui Thévenet et Santy. Ce dernier est évacué vers l’hôpital. Dans la ville Palloise, Yves Hézard (Sonolor) a battu Cyrille Guimard au sprint. Ce dernier a réussi à rester en jaune. Ocana a finalement accusé 1’49” de retard alors Van Impe, dans le dur, a cédé 5’03”.

Mais, le lendemain vers Luchon, Guimard est totalement largué dans le Tourmalet. Profitant d’un équipier dans l’échappée matinale – Roger Swerts, Merckx a eu un relai à l’avant quand Ocana et lui sont sortis. Dans l’Aspin, Lucien Van Impe (Sonolor) s’est refait la cerise pour revenir le duo. Dans Peyresourde, le grimpeur de poche Belge a avalé le dernier fuyard : Mariano Martinez (De Gribaldy-Magniflex). Mais, derrière, Merckx a imposé un gros rythme afin de revenir devant dans la descente vers Luchon. Au final, Eddy Merckx (Bel) a pris le meilleur sur Van Impe et Ocana a perdu 8 secondes. 8ème de l’étape à 2’44” avec Gimondi et Thévenet, Cyrille Guimard a perdu son maillot jaune après un beau panache face à un Merckx dominant.

Puis, l’étape vers Colomiers, a d’abord vu Roger Pingeon quitter la route du Tour. Puis, l’autre événement a eu lieu à l’arrivée puisque le belge Spruyt a chuté dans la dernière ligne droite, entraînant Houbrechts et Harings. Jozef Huysmans en a profité pour l’emporter.

Par la suite à La Grande-Motte dans le dernier kilomètre, Willy Teirlinck (Sonolor) est parvenu à s’extraire de la meute et à conserver 3’’ d’avance sur la ligne. Du côté de Merckx, un ennui mécanique l’a contraint à une belle poursuite à moins de 20 kilomètres de l’arrivée.

La onzième étape avait pour arrivée le Mont Ventoux. Après un début d’étape tranquille, les Molténi ont résolument pris les commandes. Dès les premiers kilomètres de l’ascension finale, Guimard, Aimar, Mortensen et Hézard sont lâchés. Après sept attaques d’Ocana, Bernard Thévenet (Peugeot) a placé un contre. Ni Ocana, ni Merckx ont réagi. Le Français s’est envolé vers un succès de prestige. Sur le haut, Merckx a encore repris quelques secondes à son rival Espagnol. Poulidor a perdu 51 secondes sur son compatriote tandis que Agostinho a cédé 1’18″, Van Impe 1’25″, Gimondi à 1’46″ et Zoetemelk 1’55″. Au général, Merckx avait 3’01” sur Ocana.

Comme sur l’étape de la veille, l’équipe de Merckx a cadenassé la course jusqu’au col de Manse. Puis la montée finale vers Orcières-Merlette a vu Lucien Van Impe (Sonolor) régler son compagnon de fugue Agostinho. Ces deux coureurs s’était échappés dans l’avant-dernière montée du jour. Au sein du groupe des favoris, Merckx a été répondu présent aux attaques d’Ocana. 1’17’’ après Van Impe, Merckx a batti au sprint un groupe de 7 coureurs dans lequel se trouvent tous les premiers du général sauf Thévenet (13ème à 1’56’’) qui a concédé un peu de terrain.

Sur l’étape vers Briançon, Ocana a montré ses premiers signes de faiblesse. Dans le col de Vars où les Molténi (Huysmans, De Schoenmaecker, Bruyère) ont pris les affaires en main. Lors d’une attaque de Delisle, Agostinho et Merckx étaient les seuls à répondre. Puis dans l’Izoard, Merckx et Guimard ont fait cause commune jusqu’à 4 kilomètres du sommet où il a lâché le Français. Après, une descente rondement menée, Merckx s’est imposé avec 1’31” sur le quatuor Gimondi, Guimard, Van Impe et Poulidor. Derrière, Ocana au prix d’un gros effort suite à une crevaison, n’a accusé que 1’41” de retard, un moindre mal. Tandis que Zoetemelk a terminé 11ème à 7’27’’, Thévenet 14ème à 9’42’’.

Lors de la courte demi-étape vers Valloire avec le Galibier via le Lautaret, Ocana a énormément souffert en perdant pied de le début. L’Espagnol a connu des difficultés respiratoires et a perdu 2’11. Les autres perdants étaient Hézard (51ème de l’étape à 4’4’’) et Thévenet (27ème à 2’20’’). Offensif sur le haut du col, Zoetemelk a filé seul vers Valloire mais Merckx l’a rattrapé dans la descente à 5 km de la ligne. Le Belge s’est imposé lors du sprint final. Le premier à avoir mis le feu au poudre, Joaquim Agostinho a fini troisième à 24 secondes devant Edward Janssens. Guimard qui a fini à 56 secondes avec Gimondi, Martinez et Houbrechts, a pris la deuxième place du général à 6’22” du Cannibale. La seconde demi-étape est passé par les cols du Télégraphe, du Grand-Cucheron du Granier pour rejoindre Aix-les-Bains. Dans ce dernier, Ocana était totalement en perdition. Il a abandonné son poumon gauche étant en sang le soir-même. En contrant Delisle Van Impe dans le dernier col, le Belge est avale à 4 bornes de l’arrivée dans la plaine. Cyrille Guimard s’est finalement imposé de peu face au maillot jaune.

La quinzième étape a démarré d’Aix-les-Bains pour aller au Revard avec 28 km de course, soit 21,3 km d’ascension à 6,1 % de moyenne. Encore une fois, Delisle a tenté le premier sa chance vainement. Agostinho et Poulidor ont secoué le cocotier le groupe de tête à 4 km du sommet. Puis, ces 2 hommes sont rejoints par Van Impe peu après. Derrière, un groupe composé de Merckx, Guimard, Delisle, Zoetemelk, Martinez et Janssens était en chasse. Mais sous l’impulsion du maillot jaune, la jonction s’est effectué dans les derniers mètres. Alors que Merckx pensait avoir gagné, Cyrille Guimard (Gan-Mercier) a jeté son vélo sur la ligne pour glaner un quatrième succès d’étape. À la peine, Gimondi a perdu 1’52”.

L’étape suivante a traversé les monts du Jura via le col de la Faucille. Mortensen, Beysens, Teirlinck et Wolfshohl se sont enfui à une cinquantaine de kilomètres de l’arrivée. Mais, seuls Leif Mortensen (Bic) et Willy Teirlinck (Sonolor) sont restés au commandement avec 1’30’’ d’avance à 20 km de Pontarlier. Sans surprise, Teirlinck, déjà vainqueur à La Grande-Motte, a battu au sprint son compagnon de fugue. Souffrant du genou, Guimard s’est accroché dans les nombreuses côtes du parcours.

Mis à mal dans les Alpes, Bernard Thévenet (Peugeot) a retrouvé de sa superbe dans les Vosges. Revenu dans le dernier kilomètre de l’ascension du Ballon d’Alsace, le Français a débordé Martinez et Zoetemelk pour ramener un nouveau bouquet. Du cote de Merckx, il a grimpé à son train pour finir à 30 secondes devant Van Impe. Cyrille Guimard a fini 21ème à 1’59” mais il a souffert affreusement du genou. Toujours dauphin, le normand a accusé déjà près de huit minutes sur le maillot jaune.

Souffrant depuis deux jours d’une inflammation du périnée, Merckx est resté au chaud dans le peloton pour se faire soigner. Pendant que Marinus Wagtmans a levé les bras en solitaire à Auxerre après une journée sous la pluie. Le peloton réglé par Rik Van Linden est arrivé à 20 secondes où ne figurait plus Guimard qui a quitté la course.

Puis, lors de la 19e étape, dans la côte de Limours, Guy Santy (Bic) s’est enfui. Bruyère, Moneyron, Vianen, Guerra et Santambrogio l’ont rejoint 13 kilomètres plus loin. Mais, Vianen a crevé. Moneyron et Guerra ont ensuite perdu contact dans la côte de Châteaufort. Au sprint, Santambrogio (Salvarani) a semblé être le plus rapide mais il commet l’erreur d’utiliser un trop grand développement. Dans le dernier virage en épingle, Avenue de Paris à Versailles, le Wallon Joseph Bruyère (Molténi) l’a débordé pour gagner cette longue étape de 230 bornes. C’était temps car le peloton est revenu à presque 10 secondes des hommes de tête.

Enfin, la dernière journée de course est coupé en deux. Dans un premier temps, un contre-la-montre individuel est maîtrisé par l’inévitable Eddy Merckx à 45,446 km/h de moyenne. Le vrai intérêt a reposé sur la lutte pour la deuxième place en Gimondi et Poulidor. Le Français avait quatre secondes d’avance au départ sur le champion d’Italie. Mais, le lombard a déjà un crédit de 27 secondes sur le vétéran français à mi-parcours. L’écart n’a pas cessé de croître pour atteindre 57’’ sur la ligne. Hézard a fini 3ème de l’étape derrière le Transalpin. Alors que Van Impe, 7ème à 2’40”, a conforté sa quatrième place au général face à un Zoetemelk, bien décevant finalement (14ème à 3’52’’). L’après-midi, Willy Teirlinck a réussi à fausser compagnie au peloton pour gagner le dernier bouquet.

1969, 70, 71, 72 : Eddy Merckx serait-il donc imbattable ? 4 participations, 4 victoires ! Comme lors des éditions précédentes, son dauphin était à plus de 10 minutes. Le podium était complété par Felice Gimondi à 10 minutes et 41 secondes et Raymond Poulidor à 11’34”.  Le Bruxellois s’est également imposé au classement du maillot vert mais le champion Belge l’a offert à Guimard en pleurs. Lucien Van Impe a amené un deuxième maillot à pois à Paris.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here