Tour de France 1974 : la passe de cinq pour Eddy Merckx

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Après s’être offert un mois de juillet sabbatique l’année dernière, Eddy Merckx (Molténi) revient dans la Grande Boucle avec un unique objectif : rejoindre dans les annales Jacques Anquetil en remportant un 5ème Tour de France. Vainqueur du Giro, du Tour de Suisse, du Tour de Catalogne et du Trofeo Laigueglia, le Cannibale a fait figure de grandissime favori. Sans pour autant aborder l’épreuve en toute sérénité à cause d’une blessure à la selle quil a empêché de s’entraîner correctement depuis son succès en Suisse. Malgré les absences d’Ocana, de Fuente, de Torres et surtout Zoetemelk, blessé sur le Midi-Libre, les prétendants étaient Bernard Thévenet mais le leader de l’équipe Peugeot se relève difficilement d’un zona frontal, le grimpeur Lucien Van Impe mais il vient à peine de reprendre la compétition, le vétéran de 38 ans Raymond Poulidor (Gan). D’autres hommes pourraient se montrer comme Alain Santy (Gan), brillant lauréat du Dauphiné, Wladimiro Panizzaet – 6e du Giro 1973 et le Portugais Joaquim Agostinho (Bic). Mais, le chemin a semblé être tracé pour le Belge à travers les 22 étapes et les 4 098 km. Le Tour a fait sa première excursion en bateau vers la Grande-Bretagne. 

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Eddy Merckx déjà devant …

D’abord, ce Tour de France a commencé par un prologue pour rouleur de 7,1 km de ce circuit tracé dans le quartier Belle-Vue de Brest. Le Bruxellois Eddy Merckx s’est en effet imposé sans surprise à 47,828 km/h de moyenne avec un temps de 8’54” malgré une blessure à la selle qui s’est rouverte ce matin lors d’une sortie d’entraînement. Troisième, Jésus Manzaneque a fini à 6 secondes. Joaquim Agostinho a fait une belle prestation à la 4e place à 13″. Bernard Thévenet (8ème à 23’’) ont fait bonne impression alors que Raymond Poulidor (27ème) est relégué à déjà à 33’’.

Pour la première étape, à 20 km de l’arrivée à Saint-Pol-de-Léon, Ercole Gualazzini (Brooklyn) et Herman Van Springel (M.I.C.), escortés du lieutenant d’Eddy Merckx, Joseph Bruyère, sont sortis définitivement du peloton. L’Italien s’est montré le plus rapide pour recevoir un bouquet d’artichaut. Le peloton est arrivé avec un retard de 22 secondes. Bruyère s’est emparé du maillot jaune. Gualazzini a gagné en 1972 la première portion de la 3e étape du Tour de France.

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Ensuite, la deuxième étape a eu lieu en Grande-Bretagne autour de Plymouth avec 14 tours de circuit de 11,7 km. Le vent a perturbé quelque peu le sprint final remporté par un puissant Néerlandais de 22 ans Henk Poppe. Du côté de Cyrille Guimard (Flandria), il a été victime d’une mauvaise chute dans le dernier tour de circuit et a terminé péniblement à plus de 34 minutes.

Retour en France déjà, en direction de Saint-Malo, où Eddy Merckx s’est octroyé 8 secondes de bonification. La victoire est revenue au sprint au Belge Patrick Sercu (Brooklyn). Quelques mois auparavant, il avait glané trois succès d’étape sur le Giro avant de quitter les routes Italiennes au terme de la 16e étape.

En terre normande en direction de Caen, Eddy Merckx a retrouvé le jaune grâce à des bonifications lors du deuxième sprint. Parfaitement lancé sur orbite par son équipe, Patrick Sercu s’est à nouveau imposé au sprint.

… Karstens en jaune …

Ensuite, sur la route de Dieppe, Gerben Karstens (Bic) a profité des sprints des points chauds pour prendre le maillot jaune des épaules d’Eddy Merckx. Pour la victoire d’étape, Ronald De Witte (Carpenter), parti avec Roger Pingeon, a résisté au retour du peloton pour s’adjuger cette étape.

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La septième étape est divisée en deux. Dans un premier temps direction Harelbeke, Jean-Luc Molinéris (Bic) et Michel Pollentier (Carpentier) sont sortis du peloton à 20 bornes de l’arrivée. Le Français Molinéris s’est montré le plus véloce tandis que le peloton a concédé 22 secondes. Là encore, les points chauds ont permis un changement de leader avec Patrick Sercu en jaune. Dans un second temps, un contre-la-montre par équipes à Harelbeke, Eddy Merckx et ses hommes (Bruyère, Van Schil, Mintjens, Spruyt) l’ont emporté devant les Kas (Péruréna, Menendez, Galdos, Lasa, Pesarodona, Lopez-Carril, Aja, Melero) et les Bic de Karstens, Agostinho et S. Vasseur. Avec cette troisième place et les quatre secondes de bonification, Gerben Karstens a pris le maillot jaune.

Après une longue et ennuyeuse étape vers Châlons-sur-Marne, Eddy Merckx est sorti lors du dernier tour de circuit pour garder quelques mètres d’avance sur le peloton réglé par Sercu. Le 26e bouquet en carrière pour Eddy sur le Tour. Quant à Thévenet et Poulidor, mal placés, ils ont perdu 19’’ dans l’emballage final.

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La huitième étape, elle aussi, est divisée en deux. Le matin, Cyrille Guimard (Flandria) s’est imposé au sprint dans les rues de Chaumont. Au bas de la côte menant à l’arrivée, Sercu est victime d’une chute qui lui a fait perdre 1’36” donc Eddy Merckx a repris le maillot jaune. Puis, l’après-midi, Hoban s’est adjugé devant Merckx et Karstens les deux points chauds. Parfaitement emmené par Eddy Merckx, Patrick Sercu appris sa revanche au sprint à Besançon devant Esclassan et Karstens.

… le jeune revient sur les épaules d’Eddy Merckx …

Première étape très vallonnée sur cette Grande Boucle entre Besançon et Aspro-Gaillard. Le très pentu Mont-Salève a permis Lopez-Carril (Kas) de prendre ses aises. Mais, Merckx a mené la poursuite pour le rattraper et le dépasser. Les Kas ne s’en laissent pas compter : dans le dernier kilomètre, c’est au tour d’Aja d’accélérer. Mais, Eddy Merckx (Molténi), Agostinho (Bic), Poulidor (Gan) et Panizza (Brooklyn) ont fait la jonction. Lopez-Carril est revenu au prix d’une superbe descente. Ce dernier a malheureusement crevé dans le final, perdant 18 secondes. Au sprint, Eddy Merckx (Bel) a battu Wladimiro Panizza et Raymond Poulidor. Derrière ces cadors, il a fallu attendre 2’27’’ pour voir apparaître 13 coureurs (Van Springel, Santy, Danguillaume, Pingeon, Van Impe, Martinez, Delisle…). Pollentier est arrivé à 3’31’’. Alors que Guimard et Thévenet (qui n’a pas toujours pas récupéré de son zona) sont relégués à 8’34’’. Au général, le Belge avait pour dauphin Agostinho à 1’37”.

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Puis, lors de la 10e étape, le Mont-du-Chat avec les 8 derniers kilomètres à plus de 11% a fait la différence. Dans ce col, Lopez-Carril a placé une première banderille. Mais un de ses coéquipiers chez Kas, Gonzalo Aja a fait la différence. Derrière, Merckx a du mal dans ces pentes très prononcées. Poulidor puis Panizza l’ont donc lâchés. Le Belge est resté avec Agostinho, Bertoglio et Martinez. Dans la descente, le maillot jaune est descendu à fond avec Martinez dans son sillage. Le duo est repris à 7 kilomètres d’Aix-les-Bains. Merckx s’est montré encore le plus rapide devant Martinez.

Ensuite, l’étape vers Serre-Chevalier a vu l’abandon Bernard Thévenet, pas guéri d’un zona. Après avoir gravi le col de la Cochette et le Grand-Cucheron, place au Télégraphe puis le Galibier. Dans ce dernier, le 2ème du général à 2’ de Merckx, Raymond Poulidor a craqué alors que Pingeon et Lopez-Carril ont attaqué. Mais, le groupe du maillot jaune a recollé mais le champion d’Espagne est reparti. Excellent descendeur, Lopez-Carril l’a emporté facilement à Serre-Chevalier et s’est replacé à la 3ème place du général. Eddy Merckx entouré des Espagnols Galdós et Gonzalo Aja , est arrivé à 54 secondes. Poulidor et Pingeon ont passé la ligne à 2’23”.

Sur la route d’Orange, Riotte (Peugeot) a démarré avec, sur son porte-bagages, Galdos (Kas) et 2 Molténi (Spruyt et Janssens). Jozef Spruyt, plus frais, n’a pas laissé passer l’occasion pour lever les bras. Le peloton a passé la ligne 41 secondes après. Lors de cette étape, le peloton a emprunté le versant est, de loin le plus facile jusqu’au Chalet-Reynard.

… Eddy Merckx gère en patron …

Puis à Montpellier, Barry Hoban a glané une septième victoire sur le Tour au sprint devant Esclassan et Sercu.

La chaleur a étouffé les coureurs lors de la 14e étape. À 15 km de Colomiers, une quinzaine de coureurs sont parvenus à s’extirper du peloton. Dans le final, Jean-Pierre Genet a profité d’une mésentente pour aller chercher une troisième victoire d’étape sur le Tour. Ses compagnons d’échappée ont fini à plus de 20 secondes alors que le gros du peloton a terminé à 1’14’’.

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Les premiers col des Pyrénées se sont présenté le lendemain. Quinze coureurs franchissent Port d’Envalira en tête avec Eddy Merckx, 5 Espagnols (Aja, Lopez-Carril, Galdos, Lasa, Zurano), Panizza, Agostinho, Poulidor, Martinez, Van Springel, Pollentier, Delisle, Van Impe et Lualdi. Cependant, Alain Santy (8ème du général au matin) a manqué à l’appel. Dans un jour sans, le nordiste concédé 5’13’’ à l’arrivée ! 28 kilomètres plus loin, à Seo de Urgel, le maillot jaune a surgi avec une cinquantaine de mètres d’avance après le dernier virage pour gagner facilement devant Martinez. Van Springel, Lasa, Zurano et Poulidor sont tombés. Francisco Galdos (6ème du général) est tombé lourdement en début de journée et a été contraint à l’abandon le soir même.

… Eddy Merckx connaît quelques faiblesses …

La 16 étape avait pour arrivée un sommet à Saint-Lary-Soulan. La course s’est accéléré au col de Peyresourde grâce à Lopez-Carril. Mais la vraie bataille a eu lieu dans la montée finale à 8 km du but, Raymond Poulidor a placé une attaque qui a laissé Eddy Merckx sans réaction. Puis, Lopez-Carril, Pollentier et Santy ont distancé le maillot jaune hué par la foule. Poupou a ensuite dépassé les trois échappées Bellini, Lasa et Van Neste pour gagner sa septième étape sur le Tour en carrière. 41 secondes plus tard, Lopez-Carril a franchi la ligne alors que Merckx a cédé 1’49” au vainqueur du jour. Mais, le Belge avait 2’24” d’avance au général.

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Dans la nuit, des terroristes ont plastiqué des voitures de la caravane et proféré des menaces à l’égard des coureurs espagnols. Pour l’étape, Jean-Pierre Danguillaume (Peugeot) est parti seul dans l’Aspin pour une grande chevauchée jusqu’au sommet du Tourmalet où est jugée l’arrivée. Sous un épais brouillard, le maillot jaune Eddy Merckx s’est contenté de maintenir son adversaire le plus proche au général, Lopez-Carril. Mais, il n’a pas réussi à suivre Poulidor, Santy et Martinez lorsqu’ils ont accéléré sur les pentes les plus sévères vers le sommet. Poupou a réalisé une bonne opération en remontant à la troisième place du général, à 5’18” d’Eddy Merckx.

La dernière étape pyrénéenne a souri aux attaquants. Après avoir grimpé le Tourmalet et le Soulor, Juan Zurano et son coéquipier de la Casera, Andres Oliva, ainsi que Ronald De Witte (Carpenter) sont sortis du peloton. Avant d’être rejoint quelques kilomètres après par le lauréat de la veille, Jean-Pierre Danguillaume (Peugeot). Tout en puissance à Pau, le Français a levé à nouveau les bras devant le Belge De Witte. Le peloton, réglé par Barry Hoban, a passé la ligne 3 minutes 14 plus tard.

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Puis pour la 19e étape, deux étapes sont proposées aux coureurs. Le matin, après une manifestation des agriculteurs qui ont arrêté la course pour distribuer des tracts, le peloton a laissé filer Francis Campaner vers la victoire avec 14 minutes d’avance sur le peloton au final. La seconde étape du jour a vu sans surprise, Eddy Merckx a gagné le contre-la-montre de 12,4 km autour du lac de Bordeaux. Cependant, le jeune Michel Pollentier, 2ème à 2 petites seconde, lui a mené la vie dure. 5ème de l’étape à 20’’ de Merckx, Raymond Poulidor a récupéré 37’’ sur Lopez-Carril pour la bataille derrière le Cannibale.

… indéboulonnable Eddy Merckx

Pour la 20e étape, Gérard Vianen a trouvé l’ouverture au 108ème km pour remporter un succès en solitaire à Nantes. Quatrième victoire pour l’équipe Gan.

La pluvieuse étape vers Orléans du lendemain matin a permis de revoir Eddy Merckx dans ses œuvres en partant seul à plus de 12 kilomètres d’Orléans pour s’imposer en solitaire avec 1’25” sur le peloton où ses équipiers ont bien gêné la poursuite. L’après-midi, le deuxième du chrono de Bordeaux Michel Pollentier a profité d’un parcours tout plat dans les quartiers d’Orléans pour gagner le chrono de 37,5 kilomètres avec une avance de 10 secondes sur Merckx à 46,495 km/h de moyenne. Cependant, le maillot jaune a sans doute payé les efforts du matin. Raymond Poulidor (5ème de l’étape à 29’’ du vainqueur) a ravi la 2ème place du général à Vicente Lopez-Carril (22ème à 2’46’’) pour 1’.

Enfin, la dernière arrivée du Tour à la Cipale, en surgissant des profondeurs du peloton, le maillot vert Patrick Sercu (Brooklyn) a débordé tout le monde pour récupérer dans son sillage le maillot jaune Eddy Merckx pour lui assurer la 2ème place de l’étape. Mais, Sercu s’est rabattu brusquement à la corde au nez et à la barbe de Gustaaf Van Roosbroeck (M.I.C.). Le Belge a porté réclamation. Sercu est déclassé à la 3ème place, Merckx est déclaré vainqueur de l’étape. Du côté de Poulidor, il a profité d’un point chaud pour prendre quatre secondes de bonification en début d’étape.

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Avec 21 maillots jaunes, huit victoires d’étape, le classement du combiné et de la combativité, Eddy Merckx a dominé une fois de plus le Tour de France pour s’adjuger une cinquième victoire en six ans. Plus de 8 minutes plus loin, Raymond Poulidor (Gan-Mercier-Hutchinson) est monté 7e fois pour la fois sur le podium devant Vicente López Carril (Kas-Kaskol). Malgré quelques faiblesses en montagne et dans les forts pourcentages, le Belge n’a pas connu de grande difficulté sur ce Tour malgré ses soucis de selle surtout avec l’absence d’Ocaña.

CLASSEMENT GÉNÉRAL :
1er Eddy Merckx (Molteni) en 116 h 16 min 58 s
2e Raymond Poulidor (Gan-Mercier-Hutchinson) + 8 min 04 s
3e Vicente López Carril (Kas-Kaskol) + 8 min 09 s
4e Wladimiro Panizza (Brooklyn) + 10 min 59 s
5e Gonzalo Aja (Kas-Kaskol) + 11 min 24 s
6e Joaquim Agostinho (Bic) + 14 min 24 s
7e Michel Pollentier (Merlin Plage-Shimano-Flandria) + 16 min 34 s
8e Mariano Martinez (Sonolor-Gitane) + 18 min 33 s
9e Alain Santy (Gan-Mercier-Hutchinson) + 19 min 55 s
10e Herman Van Springel (MIC-Ludo-de Gribaldy) + 24 min 11 s

Photo : Getty Image, lagrandeboucle.com,

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