Tour de France 1975 : Bernard Thévenet met fin au règne de Merckx

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En cinq participations, Eddy Merckx a remporté le Tour à cinq reprises. Malgré ces succès sur Milan-San-Rémo, le Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège et l’Amstel Gold Race, le Belge n’était pas au sommet de sa forme depuis plusieurs mois. 14e du Romandie et 10e du Dauphiné, le Cannibale n’a jamais semblé aussi vulnérable. Pour en profiter, le lauréat de 1973 Luis Ocana (Super Ser) étais en tête de ligne mais lui-aussi n’était pas au top de sa forme en cette année 1975. Alors Felice Gimondi (Bianchi) avait l’expérience nécessaire mais il a perdu en peu de sa vigueur. Les autres noms à citer étaient Bernard Thévenet (Peugeot) – vainqueur du Dauphiné-Libéré en dominant ses adversaires et la valeur sûre Néerlandais Joop Zoetemelk (Gan-Mercier), gagnant de Paris-Nice avec comme lieutenant Poulidor.

Pour le prologue dans Charleroi, un jeune Italien de 24 ans s’est montré plus rapide qu’Eddy Merckx de deux secondes sur les 6,3 kilomètres du parcours : Francesco Moser (Filotex). La difficulté du parcours avec deux bosses a permis des petits écarts. Van Impe a agréablement surpris avec sa troisième place à 14 secondes tandis que Zoetemelk a fini à 17’’. Thévenet qui a chuté lors de la reconnaissance du parcours a terminé 11ème à 24’’. Ocana a pointé très loin à 45 secondes.

Ensuite, dès le matin pour la demi-étape, Merckx et Moser ont profité de la côte d’Alsemberg à 24 kilomètres de l’arrivée pour s’échapper avec Zoetemelk, Knetemann, Van Impe, Pollentier, De Witte et Priem. À l’arrivée, le champion des Pays-Bas 1974, Cees Priem s’est montré le plus rapide à Molenbeek. Malgré les efforts des Peugeot de Thévenet, des Bianchi de Gimondi et les Super-Ser d’Ocana, leurs leaders ont à nouveau perdu 53 secondes. Moser est resté en jaune. Mais l’après-midi, dans le Mont de l’Enclus, la bataille avait de nouveau rage. Moser, que Merckx, Pollentier, Van Springel, Demeyer, Godefroot, Gimondi, Thévenet, Battaglin et Van Linden étaient à l’avant. Alors que Zoetemelk, victime de crevaison, est obligé de rester avec les perdants du jour (Ocana et Van Impe) en concédant 1’22”. Van Linden s’est imposé à Roubaix au sprint devant Moser.

Puis, les quatre étapes suivantes se sont finis au sprint à Amiens avec la victoire de Ronald De Witte, à Versailles avec le succès Karel Rottiers, le triomphe de Jacques Esclassan (Peugeot) au Mans et la réussite de Théo Smit (Frisol) à Merlin-Plage.

Par la suite, place au contre-la-montre individuel de Merlin-Plage sur seulement 16 kilomètres. Le champion du monde Eddy Merckx a relégué Yves Hézard à 27’’ avec une moyenne à plus de 49 km/h de moyenne, sur un développement de 55X13. Le Belge s’est emparé du maillot jaune puisque Moser a terminé 4ème à 33’’. Pour les autres favoris, Thévenet qui a crevé a fini 6ème à 52’’, juste devant Ocana, un peu mieux en ce jour. Gimondi (19ème à 1’14’’) et Van Impe (25ème à 1’16’’) n’ont pas réalisé de prodiges. Cependant, la contre-performance de Zoetemelk 33ème à 1’31’’ était à signaler.

La septième étape en direction d’Angoulême a été marquée par les bordures. Mais, le manque de collaboration a permis un regroupement après 120 kilomètres de course. Poulidor, Van Springel et Galdos ont pu soupirer de soulagement. Francesco Moser s’est montré le plus rapide au sprint à Angoulême.

Après une victoire de Barry Hoban (Gan) à Bordeaux et de Théo Smit lors de la matinée du 5 juillet, l’après-midi était réservée aux spécialistes de l’effort solitaire entre Fleurance et Auch. Eddy Merckx a signé un 34e succès sur le Tour avec le meilleur temps en 49 minutes 24 malgré une crevaison à 4 kilomètres de l’arrivée. Bernard Thévenet a superbement résisté en finissant à seulement 9 secondes. Ocana (6ème), Moser (7ème après avoir, lui aussi, crevé), Pollentier (8ème), Zoetemelk (10ème) ont perdu plus d’une minute. Alors que Van Impe (18ème a peiné avec un retard final de 2’24’’.

Ensuite, les Pyrénées ont débuté tranquillement avec juste le col du Soulor mais plus de 200 bornes au programme. Cependant, cette première vraie ascension a été fatale à Agostinho, Van Springel et Pollentier. Ce dernier a rejoint Pau avec presque cinq minutes de retard. Après une offensive de Roberto Poggiali (Filotex) à 16 km de la ligne. Mais sur le circuit automobile de Pau, Felice Gimondi (Bianchi) l’a rejoint puis dépassé pour s’imposer avec deux secondes d’avance sur son compatriote. Le groupe maillot jaune est arrivé à huit secondes. À noter, la chute de Moser dans la descente du Soulor.

Le lendemain pour la 11 étape, les coureurs ont gravi dans un premier temps le Tourmalet. Les premières escarmouches entre favoris eu lieu avec une petite attaque de Lucien Van Impe (Gitane). Après avoir franchi l’Aspin, place à la grande explication dand la montée du Pla d’Adet. Le premier à attaquer a été Thévenet mais Merckx, Zoetemelk, Van Impe et Ocana ont recollé. Puis Zoetemelk est reparti avec Thévenet. À cause d’une crevaison, ce dernier n’a pas pu disputer la victoire d’étape au Batave. Van Impe et Merckx ont concédé 55’’ mais le maillot jaune demeure sur les épaules de Merckx.

Pour l’étape suivante vers Albi, malgré un parcours peu propice aux attaques, Thévenet et Zoetemelk ont obligé Merckx à se découvrir pour rétablir la situation. Devant, Gerrie Knetemann (Gan-Mercier) a battu au sprint Giovanni Cavalcanti (Bianchi).

Par la suite, direction le Cantal sous un soleil de plomb avec avant même le départ l’abandon de Luis Ocana (5ème du général), blessé à la scelle. Après une longue journée, Michel Pollentier a retrouvé des couleurs en remportant cette étape vers Super Lioran. Malgré son isolement, Merckx a bien géré la fin de course en laissant partir son compatriote. Le Cannibale a fini à 25 secondes avec Van Impe, Moser, Zoetemelk et Thévenet.

Ensuite, la quatorzième étape a vu le peloton traverser le Massif Central avec un parcours accidenté en direction de l’ascension finale vers le Puy-de-Dôme. À 5 km de la ligne, Bernard Thévenet (2ème du général à 1’32’’ de Merckx) a démarré, suivi par Lucien Van Impe (Gitane). Derrière, le maillot jaune s’est retrouvé très vite en la seule compagnie de Zoetemelk qui ne l’a pas aidé. Le porteur du maillot à pois Van Impe est parvenu à décramponner le français pour remporter sa 3ème étape sur le Tour. Thévenet, 2ème à 15 secondes, a repris 34’’ à Merckx. Ce dernier a été frappé par un spectateur peu avant de franchir la ligne.

Par la suite, la première étape Alpine s’est élancée depuis Nice. Après avoir grimpé le col de la Couillole (km 103). Dans le col des Champs, Thévenet a lancé six attaques mais toutes neutralisées par les Molteni. Alors dur le col d’Allos, Merckx a attaqué sur le sommet pour distancer ses concurrents dans la descente. Malheureusement, le champion Belge a revu une vieille douleur au rein se réveiller. Eddy était un difficulté, il est débordé par Gimondi, Thévenet, Zoetemelk puis Van Impe. Bernard Thévenet a profité de l’ultime ascension vers Pra-Loup pour décrocher sa 7ème victoire d’étape sur le Tour devant Gimondi à 23 secondes. Le français a repris 1’56” à Merckx pour s’emparer de la tunique de leader.

Après une échappée grâce à la descente du Col de Vars, Merckx est repris par le peloton emmené par les équipiers du maillot jaune. Mais, les les 16 km d’ascension du col de l’Izoard ont permis à Thévenet de s’isoler à l’avant de la course en répondant à une première attaque de Zoetemelk. Bernard a eu 2’25” d’avance au sommet. Après une descente prudente, le Français a profité de la montée vers Serre-Chevalier pour à nouveau accroître son avance sur le groupe Merckx qui a fini à 2’22”.

Le jour suivant, Merckx s’est fracturé la mâchoire avant le départ réel à cause d’une chute avec Ritter. Malgré tout, le Belge a voulu mettre en difficulté le maillot jaune dans la descente de la Madeleine pour rejoindre un équipier en relai devant. Après une belle bataille, les choses sont revenus dans l’ordre au profit du maillot jaune. Mais, Merckx n’en a pas fini ! Il a retenté le coup dans la descente de la Colombière. Une fois de plus, les Peugeot (Bourreau, Delisle, Ovion) ont parfaitement tenu le choc. Vicente Lopez-Carril s’est débarrassé de De Schoenmaecke pour gagner à l’Avoriaz. Parti en chasse derrière, Lucien Van Impe a échoué à 2’11” tandis que Merckx, Thévenet et Zoetemelk ont fini ensemble.

Ensuite, l’étape 18 était un contre-la-montre individuel entre Morzine et Châtel sur 40 km. Lors de la reconnaissance du parcours, le maillot jaune Bernard Thévenet s’est retrouvé dans le pare-choc de la voiture de son directeur sportif. Plus de peur que de mal pour le Français. Mais, un peu affaibli, il a pris que la quatrième place de l’étape du jour à 1’12”. Quant au petit grimpeur flamand Lucien Van Impe, il a profité du col du Corbier – 6,1 km à 8,6 % – notamment pour remporter le chrono devant Ole Ritter. 3e à 57 secondes, Merckx n’a pas été impérial à cause de sa grave blessure à la mâchoire ne reprenant que 15 secondes à Thévenet.

Puis, Rik Van Linden (Bianchi) s’est imposé au sprint à Châlon-sur-Saône et Giacinto Santambrogio en baroudeur à Melun. Mais, lors de la 21e étape vers Senlis, Thévenet a perdu 16 secondes à cause d’une chute à deux kilomètres de l’arrivée. Ce jour-là, Rik Van Linden a cueilli un troisième bouquet sur ce Tour.

Enfin, pour la première arrivée sur les Champs-Elysées, Walter Godefroot s’est montré le plus rapide au sprint devant Robert Mintkiewicz sur le pavé parisien.

Sous les yeux de Giscard d’Estaing, Bernard Thévenet est devenu le premier homme à battre Eddy Merckx dans le Tour. Le Bourguignon de 27 ans succède à Roger Pingeon comme lauréat français de l’épreuve. Pingeon l’avait emporté en 1967. Au final, il a devancé de 2’47” Merckx. Le podium est complété par Lucien Van Impe à 5’01”.

 

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