Tour de France 1987 : Stephen Roche réalise le doublé

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Bernard Hinault s’est reconverti dans les relations publiques de la société du Tour de France. Son successeur Greg Lemond était absent à cause d’un accident de chasse. Laurent Fignon (Système U) était présent au départ à Berlin mais il n’était pas dans la forme des années 1983 – 84 puisqu’il a été largué sur le dernier Tour de Suisse. Le Tour de France a souri un outsider. Le premier nom qui est venu à la bouche des observateurs était l’Irlandais Stephen Roche, vainqueur du Giro et du Tour de Romandie en cette saison. Son adversaire numéro était l’Espagnol Luis Herrera (Café de Colombie) mais cet excellent grimpeur avait beaucoup de mal sur les épreuves chronométrés individuels et par équipes. Sean Kelly était également attendu mais ce coureur passe-partout avait des soucis dans la très haute montagne.

D’abord, le prologue est organisé au cœur de Berlin, sur le Kurfürstendamm, les Champs-Elysées allemand avec une distance de 6,1 kilomètres sans la moindre difficulté. Lauréat des prologues des 4 jours de Dunkerque, du Tour de l’Oise et du Tour de Suède, Jelle Nijdam (Superconfex) a battu le polonais Lech Piasecki (Del Tongo) après un effort de 7 minutes et 6 secondes. Stephen Roche (3ème à 7 secondes) et Jean-François Bernard (7ème à 9 secondes), ont réalisé une bonne entame. À la rue, Laurent Fignon a déjà perdu 30 secondes. Tandis que Charly Mottet n’a guère fait mieux avec le 48ème chrono à 26’’.

Puis, l’étape en ligne 100 % Berlinoise a profité aux baroudeurs. Nico Verhoeven s’est montré le plus rapide dans un groupe de huit coureurs. Mais son leader a perdu son maillot jaune au profit de Lech Piasecki, premier Polonais à porter cette tunique.

Ensuite, place au contre-la-montre par équipe au sein de la ville Allemande sur une longueur de 40 kilomètres 500. Sur un parcours légèrement vallonné mais très rectiligne, les italiens de la Carrera (Roche, Zimmermann, Bontempi, Maechler) ont roulé à 54,610 km/h de moyenne pour réaliser le meilleur chrono en 44 minutes 50. L’équipe italienne Del Tongo (Saronni, Contini, Lang) s’est parfaitement comportée en finissant 2ème à 8’’ des Carrera. Piasecki est resté toujours en jaune devant Bontempi et Roche. Les Système U ont limité les dégâts en prenant la 5e place à 37 secondes. Cependant, Fognon n’a pas pu finir dans les roues de ses équipiers. L’équipe Café de Colombie de Herrera ne s’est classée que 21ème sur 23 mais elle n’a concédé que 3’27’’. C’était mieux que lors de l’édition précédente.

La troisième étape entre Karlsruhe et Stuttgart était un mini Liège-Bastogne-Liège Allemand. Après une course animée mais neutralisée par l’équipe du maillot jaune, la bonne échappée a pris forme dans la dernière partie de l’étape avec parmi eux Charly Mottet. Le vainqueur sortant du Dauphiné a récupéré un matelas de 5’07’’. Pour la victoire d’étape, dans la côte de Feuerbacher, le suisse Erich Maechler (Carrera) et le portugais Acacio Da Silva (Kas) ont faussé compagnie aux autres échappés. Maechler a levé les bras alors que Da Silva s’est emparé du maillot jaune.

La cinquième journée de course était d’abord marquée par la fugue du belge Herman Frison (Roland) lors de la demi-étape matinale. Le parcours de l’après-midi était bien plu accidenté avec la traversée de la Forêt Noire. Les prétendants comme Herrera, Hampsten, Alcala, M.Madiot, Criquielion, Rooks, Roche, Delgado et Millar ont profité des bosses pour se dégourdir les jambes. Mais peu après la mi-course, Marc Sergeant (Joker) a porté l’attaque décisive pour l’emporter en solitaire avec 13 secondes d’avance sur le peloton.

Pour la sixième étape, les coureurs ont roulé enfin sur les routes de l’Hexagone en utilisant les routes des Vosges pour rejoindre Epinal. Les trois premières difficultés du jour ont permis de créer l’échappée victorieuse avec 9 coureurs. Parti à 32 kilomètres de l’arrivée, Christophe Lavainne (Système U) est sorti tout seul pour remporter cet étape. Au sein du peloton, les Carrera ont été obligé de mettre la machine en marche pour éviter de perdre le maillot jaune avec au final un retard de 2’37”.

Ensuite, à Troyes, les sprinteurs sont récompensés avec la victoire dans un premier temps de Bontempi (Carrera). Mais suite à contrôle positif à la testostérone, la victoire est revenue à Manuel-Jorge Dominguez de l’équipe B.H. Le lendemain à Epinay-sous-Senart , même scénario mais un gagnant différent avec la victoire de Jean-Paul Van Poppel (Superconfex). Mais, la neuvième étape en direction de Renazé a été bénéfique aux attaquants. Puisque Amadio, De Rooy, Peeters, Garde et Van Der Poel ont fait le break après 240 bornes de course. Le champion des Pays-Bas Adrie Van Der Poel (PDM) l’a emporté au sprint devant Roberto Amadio (Brianzoli). Alors que le peloton a terminé à 1’32’’.

En cette 10e étape, place à un rendez-vous vital en vue de la victoire finale avec le très long chrono individuel entre Saumur et le Futuroscope sur 87,5 kilomètres. Profitant des 20 premiers kilomètres vallonnés, Stephen Roche a confirmé son statut de favori en étant le plus rapide en 1h58’11”. 2ème de cette étape à 42’’ de Roche, Charly Mottet a pris le maillot jaune que détenait depuis la 2ème journée Erich Maechler (16ème du chrono à 3’24’’). Laurent Fignon a encore été en difficulté (20ème à 4’15’’). 78ème à 9’1’’, Herrera a perdu gros.

Les baroudeurs ont profité d’une seconde partie d’étape accidentée. Issu d’un groupe de dix, Martial Gayant a réalisé le coup double en prenant le maillot jaune en plus de son succès d’étape. L’arrivée en bosse a permis à Parra, Herrera, Alcala et Delgado de récupérer quelques secondes sur leurs adversaires du général.

Puis, l’étape de Bordeaux gagnée au sprint par Davis Phinney, a été marquée par l’abandon de Sean Kelly après 75 kilomètres de course. L’Irlandais s’est fait une luxation acromio-claviculaire à cause d’une chute.

La première étape dans les Pyrénées a eu lieu entre Bayonne et Pau avec au programme les cols du Burdincurutcheta, de Bagargui, du Soudet et de Marie-Blanque. Parti avec Herrera dans le Soudet, Jean-François Bernard (Toshiba) a débordé un par un les échappées sauf Eric Breukink et le colombien de l’équipe Postobon Pablo Wilches. Mottet était dans le dur sans le dernier col mais ses équipiers l’ont ramené dans le groupe des favoris pour récupérer le maillot jaune des épaules de son équipier Gayant. Le néerlandais Eric Breukink (Panasonic) a profité du gros travail effectué par Bernard et Herrera pour démarrer au dernier kilomètre et l’emporter avec 6 secondes sur son dauphin Français. Le groupe des leaders est arrivé avec un retard de 3’30”. Bernard a réalisé une belle remontée au général pour l’occasion.

Mais, le lendemain, une autre terrible s’est annoncé avec les cols de Marie-Blanque, d’Aubisque, des Bordères et enfin la montée finale de Luz-Ardiden. Jean-François Bernard et Eric Breukink ont payé les efforts de la veille en souffrant dans l’Aubisque. Fignon était comme d’habitude dans le dur. Malgré un retour parmi le peloton des favoris, les deux Français ont explosé dans l’ultime ascension : Bernard – 15ème à 2’54’’ du vainqueur, et Fignon 33ème à 5’4’’. Mottet quant à lui a flanché dans la dernière montée pour accuser un retard de 3’33”. Plus tôt dans l’étape, dans la descente du col des Bordères, Dag-Otto Lauritzen (7-eleven) a quitté le peloton pour doubler Claveyrolat et Van Vliet dans Luz-Ardiden. Le Norvégien a résisté au retour de Herrera, 2e à 7 secondes. Roche a pris la dixième place à 1’36” en perdant quelques secondes sur les autres favoris. Au final, Mottet était toujours en jaune devant Bernard mais Roche est revenu à 1’26”.

Puis, en direction de Blagnac, sur une étape de transition, trois coureurs ont pris le large pour se disputer la victoire. Rolf Golz (Superconfex) a battu Roland Le Clerc (Caja Rural) et Martin Earley (Fagor). Un orage a fait de gros dégâts dans le peloton en piegeant Roche et Bernard qui ont perdu près de deux minutes sur Mottet.

Pour la seizième étape, Régis Clère a caracolé vers une superbe victoire en solitaire avec 14 minutes d’avance sur le peloton. Du côté des favoris, on a utilisé la bosse de la Causse Noir pour reprendre plus d’une minute sur le maillot jaune. L’autre perdant de la journée a été Herrara qui était mal place et qui a concédé 25 secondes. Le lendemain, à Avignon, on a assisté un beau duel entre Guido Bontempi et l’actuel maillot vert Jean-Paul Van Poppel au sprint. Le Néerlandais s’est finalement imposé d’un boyau.

La 18e étape a été le grand jour pour Jean-François Bernard (Toshiba). Sur le contre-la-montre individuel avec l’ascension du Mont Ventoux, le Français a réalisé une performance incroyable en devançant de 1’39” Luis Herrera (Col) et de 1’51” Pedro Delgado (Esp). Aussi aérien sur le plat qu’en montée, Bernard a repris 2’19” à Roche. Le maillot jaune Mottet a terminé 9ème à 3’58’’. Ainsi, le Tricolore s’est emparé de la tunique de leader avec autorité avec 2’34” sur Roche.

Par la suite, on entre dans les Alpes par le massif du Vercors avec les ascensions des cols Tourniol (1ère cat.), de la Bataille (2ème cat.), de Lachau (2ème cat.) et la côte de Chalimont (1ère cat.). Dès le début de l’étape, Roche a harcelé d’attaque Bernard qui a tour le temps répondu. Malgré une crevaison, le maillot jaune a réussi à revenir dans le peloton. Mais, manque de chance pour Bernard, le ravitaillement était un vrai bordel. Système U et Roche se sont relayés pour le distancer. Dans la côte de Chalimont, Roche et son équipier Schepers, Herrera, Mottet, Delgado, Lejarreta, Alcala et Fuerte ont repris les fuyards. Alors que Bernard a perdu ses derniers équipiers. Devant, Delgado a accéléré, uniquement suivi de Roche à 20 kilomètres de Villard-de-Lans. Au final, l’Irlandais s’est imposé avec trois secondes sur l’Espagnol. Ainsi il est devenu le septième coureur a porter le maillot jaune sur cette Grande Boucle.

Dès le pied de l’Alpe d’Huez, le maillot à pois Luis Herrera a attaqué dès le pied de l’Alpe d’Huez. Delgado et Roche l’ont pris en chasse. Tandis que Bernard et surtout Mottet étaient en difficulté. Vers le milieu de l’ascension, Delgado est revenu sur Herrera puis un formidable chassé-croisé s’est engagé entre les 2 hommes tandis que Bernard rattrapait Roche ! L’Irlandais n’était pas au top. Au sommet, Delgado qui a été nouveau distancé par le Colombien a repris 1’44” sur le maillot jaune. Comme la veille, la tunique a changé d’épaule au profit de l’Espagnol. Pour la victoire d’étape, Federico Echave a été largement le meilleur des attaquants du jour pour apporter à l’Espagne sa première victoire sur ce Tour.

Puis, en direction de La Plagne, on a vu la renaissance de Laurent Fignon. 8e du général mais à plus de 15 minutes, le double vainqueur du Tour s’est extirpé du peloton avec Anselmo Fuerte (BH). Le Français a pris le meilleur sur l’Espagnol dans les derniers mètres pour retrouver les joies de la victoire. Du côté des favoris, après un départ animé, la montée vers la station a définitivement enterré les ambitions de Jean-François Bernard qui a perdu plus de deux minutes. Parti à 15 kilomètres de l’arrivée, Delgado a eu du mal dans la seconde moitié de la montée. Heureusement que Parra l’a repris pour l’emmener avec lui jusqu’au sommet. Roche a tout donné jusqu’à hypothymie pour perdre que quatre secondes. On a du ajouté 10 secondes de pénalité pour ravitaillement non autorisé.

Parti dans le col des Saisies, Eduardo Chozas (Téka) est passé en tête au col des Aravis, de la Colombière et de Joux-Plane pour plonger vers Morzine et gagner en solitaire cette étape. Derrière, les choses se sont decantés dans la montée de Joux-Plane. Herrera (11ème à 2’25’’) et Mottet étaient dans les premiers lâchés. 6 coureurs étaient au-dessus du lot : le maillot jaune Delgado, son plus sérieux adversaire Roche, Eddy Schepers, Bernard, Parra et Lejarreta. Roche a décidé de se lancer à fond dans la descente parce que Delgado n’était pas à l’aise dans cette exercice. À l’arrivée, il récupère 18 secondes importantes avec le chrono. L’Irlandais n’a compté plus qu’une avance au général de 21 secondes.

Le lendemain, les coureurs disputaient une étape transition où sept coureurs 8 hommes (Patry, Lubberding, Van Lancker, Knetemann, Brun, Clère, Leclercq et Ackermann) se sont échappés dans les quinze derniers kilomètres. Anticipant le sprint, Régis Clère est sorti à 800 mètres de la ligne à Dijon sans aucune réaction de la part de ses adversaires pour rapporter un deuxième bouquet sur ce Tour.

La veille de l’arrivée à Paris, on a assisté à la dernière bataille des chefs avec le contre-la-montre individuel de 38 kilomètres autour de Dijon. Bien plus à l’aise dans cette exercice, Stephen Roche a déjà repris 40 secondes à Delgado après 20 bornes de chrono. Même si la côte de Hauteville avait un peu ralenti l’Irlandais, l’écart était fait. Roche a endossé définitivement le maillot jaune pour 40 secondes. Jean-François Bernard a dominé cette étape de son côté avec un temps de 48’17”. Il a battu de 1’44” Roche et de 2’28” Marino Lejarreta. Le Français a largement assuré sa troisième place sur le podium en creusant encore plus son avance sur Mottet.

Pour la dernière étape, Jean-Paul Van Poppel a repris le maillot vert des épaules de Roche grâce aux deux premiers sprint bonifications de la journée. Régis Clère nous a rejoué le coup en solitaire pour pénétrer en premier sur le circuit final des Champs-Elysées puis être repris. Lors de l’avant-dernier tour, neuf coureurs dont américain de l’équipe 7-eleven, Jeff Pierce. Ce dernier est sorti tout seul à moins de 4 kilomètres de l’arrivée et a résisté au retour de Bauer pour remporter ce dernier acte du Tour 1987.

Non seulement, à bientôt 28 ans, Roche est devenu le 1er irlandais vainqueur du Tour de France mais il est aussi devenu le 5ème homme à doubler Giro et Tour de France la même année. En fin de saison, il est devenu champion du monde à Villach en Autriche devant Moreno Argentin. À cette occasion, il est entré dans un club très select des champions du monde lauréat du Tour et du Giro comme un certains Eddy Merckx. Bien sur, il finira l’année numéro un mondial. Par la suite de sa carrière, il n’atteindra plus de tel sommet en finissant 9e du Tour d’Italie en 89 et 93 et du Tour de France 92 où il s’imposera lors de la 16e étape à La Bourboule.

Photo : L’Est Éclair

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