Tour de France 1989 : Greg Lemond gagne le Tour pour 8 secondes

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Depuis le départ de Bernard Hinault, le peloton était toujours à la recherche d’un patron. Miguel Indurain n’était pas encore ce coureur dominant. Les favoris était l’Espagnol Pedro Delgado, le vainqueur sortant, Greg Lemond – lauréat en 1986 mais gravement blessé dans un accident de chasse en avril 1987, et Laurent Fignon – double vainqueur en 83 et 84 et victorieux sur le Giro en cette saison 89. Les autres prétendants étaient Steven Rooks, deuxième du Tour 1988 derrière Delgado, le prometteur Erik Breukink, l’Américain Andy Hampsten, et l’Irlandais Stephen Roche – auteur du doublé Giro-Tour en 87.

D’abord, la 76e édition s’est élancée avec un prologue compliqué au Luxembourg. Eric Breukink a fini les 7,8 kilomètres en 9’54”. Il a devancé de 6 secondes un trio composé Laurent Fignon, Sean Kelly et Greg Lemond. Cependant, le grand événement a été lors du départ de Delgado. L’Espagnol est arrivé avec 2’40” de retard pour s’élancer pour son prologue. Au total, il a accumulé 2’54” dès le premier jour.

Pour le deuxième jour au Luxembourg, au matin, le Portugais Acacio Da Silva a fait coup double en remportant cette demi-étape et en prenant le maillot jaune. L’après-midi, l’équipe de Fignon, Super U, a remporté le contre-la-montre par équipes de 46 kilomètres dans le Grand-Duché avec 32’’ d’avance sur les rouleurs bataves de Panasonic. Quant à l’équipe Z de Greg Lemond, elle s’est classé 8ème à 1’15”. Du côté de Delgado, ces deux jours au Luxembourg ont été plus que difficile. Puisque son équipe Reynolds a fini à la 22ème et dernière place à 4’32’’. Le tenant du titre a déjà perdu 7’20”. Da Silva est resté en jaune.

Après la victoire de Raul Alcala (PDM) sur le parcours accidenté vers Spa Francorchamps et l’exploit de Jelle Nijdam (Superconfex) qui a faussé compagnie aux équipes des sprinteurs à Wasquehal, place au contre-la-montre individuel de 73 kilomètres entre Dinard et Rennes. En ce 6 juillet 1989, Greg Lemond est enfin revenu au top niveau. Il lui a fallu deux ans. L’Américain a gagné ce prolongé et s’est emparé du maillot jaune. En bénéficiant de meilleur condition climatique en partant quatre heures plus tôt, Delgado a réalisé le deuxième chrono à 24 secondes. Sur une route mouillée, Laurent Fignon a perdu 56 secondes.

Ensuite, Joël Pelier a réalisé une échappée solitaire victor ieuse en direction du Futuroscope. Etienne De Wilde a gagné une étape sous la pluie et sous le vent. Puis, Martin Earley s’est imposé en fournisseur dans les rues de Bordeaux.

La neuvième étape était le premier rendez vous des Pyrénées vers Cauterets avec les ascensions des cols de Marie-Blanque, de l’Aubisque, des Bordères et du Cambasque. Parti dans le descente de Marie-Blanque, Miguel Indurain a fait un grand numéro pour gagner en solitaire. Dans la montée finale, Pedro Delgado est passé à l’offensive à 4 kilomètres du but. L’Espagnol a repris 29 secondes sur Lemond et Fignon. Cependant, deux coureurs ont perdu gros dans la bataille Stephen Roche, vainqueur en 1987, a fini à un quart d’heure à cause d’une douleur au genou suite à un coup. Tandis que le lauréat du prologue, Eric Breukink n’était pas dans le coup. Lemond est resté en jaune.

Pour le second rendez-vous Pyrénéen, Millar et Mottet sont sortis du peloton dès le Tourmalet. Mais, Delgado est parti en contre peu avant l’Aspin. Le tenant du titre a fait la j0ncyoon avec le duo pour aborder Peyresourde. Pour conclure, la montée finale de Superbagnères est menée de main de maître par Delgado qui fait sauté Mottet à 2 km du sommet. Millar s’est accroche et a battu au sprint l’Ibérique. Pas dans un grand jour, les deux autres favoris ont fini à plus de trois minutes. Cependant, Fignon a chipé la tunique leader en lâchant Lemond dans les 500 derniers mètres.

Après les succès de Mathieu Hermans (Paternina) au sprint à Blagnac, de Valerio Tebaldi (Château d’Ax) en baroudeur à Montpellier, cap vers Marseille en ce 14 juillet. Un Français Vincent Barteau (Système U) s’est imposé après une étape marquée par le vent et par son attaque décisive côte de Saint-Antoine, à 15 km du but. Laurent Fignon et Charly Mottet ont profité des conditions météorologiques pour mettre à mal leurs adversaires. Mais, ils seront repris après 40 kilomètres d’effort. Alors qu’à l’arrière Breukink a abandonné.

Le lendemain, place à un nouveau contre-la-montre individuel. Cette fois-ci, il était très difficile avec le col de Manse et la montée d’Orcières-Merlette pour finir. Le hollandais de PDM Steven Rooks s’est montré le plus costaud. Greg Lemond, 5ème de l’étape, a battu Laurent Fignon, 10ème, de 47’’. Il lui a ravi le maillot jaune. Du côté de Delgado, on s’est attendu à mieux en reprenant que 8 secondes à l’Américain.

Par la suite pour la première étape Alpine vers Briançon, Bruno Cornillet (Z Peugeot) et Pascal Richard (Helvétia) sont sortis d’un groupe de 18 dans le col de Vars. Le Suisse a accéléré dans l’Izoard pour gagner en solitaire. Au sein du groupe des favoris, rien de spécial mis à part 13 précieuses secondes de perdu pour Fignon dans la petite montée vers citadelle de Briançon.

Ensuite, lors de l’étape vers l’Alpe d’Huez, on a vu un grand Gert-Jan Theunisse (PDM). Le porteur du maillot à pois a avalé le Galibier, la Croix de Fer et la montée finale en lâchant ses compagnons d’échappée et en conservant plus d’une minute sur les favoris malgré le vent défavorable dans la vallée vers Bourg d’Oisans. Derrière dès les premiers pourcentages, Delgado et son coéquipier Abelardo Rondon qui a effectué un gros travail, Lemond, Fignon et Lejarreta ont distancé la concurrence. Voyant Lemond en difficulté, Fignon a accéléré avec Delgado dans sa roue. Au sommet, le Parisien a repris 1’19” pour reprendre le maillot de leader des épaules de Lemond.

Avec seulement 26 secondes d’avance sur Lemond, Fignon est obligé d’être offensive sur la courte étape de montagne vers Villard-de-Lans. À 33 kilomètres de l’arrivée dans la côte de Saint-Nizier-du-Moucherotte, le maillot s’est porté à l’attaque. Delgado, Lemond et Theunisse étaient derrière en contre même ce dernier n’a pas collaboré. Alors que le Parisien a continué à accentuer son avance, Rooks, Kelly, Alcala (3 PDM), Camargo, Herrera et Lejarreta ont rejoint le trio de chasse. Malgré une ultime ascension délicate, Laurent Fignon s’est imposé avec 24 secondes d’avance sur Rooks, Theunisse, Kelly, Lejarreta et Lemond. Delgado a perdu neuf secondes sur ce groupe sur la fin de la montée vers l’arrivée. Fignon a compté 50 secondes d’avance au soir de la 18e étape.

Puis, direction Aix-les-Bains avec la trilogie du massif de la Chartreuse (Porte, Cucheron, Granier) au programme. Après 50 kilomètres de course, Delgado a attaqué. Il est accompagné de Fignon, le maillot jaune, Lemond, son dauphin, Theunisse, le maillot à pois, et Lejarreta, 7ème du général. Les deux premiers du généralisé sont livrés une bataille des chefs malgré la chute du Français dans un rond-point. Finalement, Lemond s’est montré le plus rapide au sprint dans la ville Savoyarde devant Fignon et Theunisse. Le peloton des leaders a pointé avec un retard de plus de deux minutes au final.

Pour la dernière étape en ligne, Giovanni Fidanza (Château d’Ax) l’a emporté à la photo-finish sur Jelle Nijdam. 3e, Sean Kelly est assuré d’apporter un quatrième maillot vert à Paris.

Enfin, le Tour s’est terminée avec un crucial contre-la-montre de 24,5 kilomètres en Versailles et Paris. Parti avec seulement 50 secondes d’avance, Fignon a perdu plus de deux secondes au kilomètre sur Lemond. Souffrant depuis 2 jours d’une inflammation du périnée, Fignon n’a pas pu résister à l’Américain, bien meilleur que lui dans la discipliné. Bien posé sur sa monteur, Greg s’est imposé sur cette dernière étape avec 33 secondes d’avance sur Thierry Marie et 58 sur Fignon. Comme en 1947 et 1968, le maillot jaune a changé d’épaule le dernier jour.

Au final, Greg Lemond s’est imposé avec la plus petite marge de l’histoire soit 8 secondes. Cela a représenté 81 mètres sur les 3250 km parcourus. Pedro Delgado a complété le podium à 3’34″. En difficulté lors des dernières étapes, Charly Mottet (RMO) – lauréat aux Quatre Jours de Dunkerque et au Critérium du Dauphiné libéré – a pris la sixième place à 10’06”.  

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