Tour d’Espagne 1984 – Éric Caritoux, vainqueur surprise d’une Vuelta indécise

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Éric Caritoux gagne La Vuelta

Éric Caritoux est venu en catastrophe sur les routes espagnoles grâce à un coup de fil deux jours avant. Sean Kelly a renoncé à s’aligner sur La Vuelta et voyant une énorme somme de dédommagement, Kean de Gribaldy a dû faire sur le tas une équipe. Caritoux avait remporté le Tour du Haut-Var en début de saison.

La 39e Vuelta a commencé par un prologue de 6,6, kilomètres à Jerez de la Frontera, tracé pour les rouleurs avec des pavés. Malgré une forme moyenne, le recordman de l’heure Francesco Moser écrase la concurrence en 8’08”. Son second était Ruiz-Cabestany à 9″ tandis que Blanco-Villar a fini troisième à 11”.

Ensuite, les quatre étapes suivantes le long de la Méditerranée n’étaient guère animées entre des échappées reprises et des équipes venues avec des sprinteurs encore en pleine possession de leur moyen. Noël Dejonckheere s’est imposé lors de la première et quatrième étape à Malaga et à Valence. À Almeria, Guido Van Calster a battu le grand Roger De Vlaeminck et Jozef Lieckens a gagné à Elche. Gorospe s’était distingué en refusant de collaborer dans une échappée sur la route de Valence.

Puis, la 5ème étape entre Valence et Salou sur 245 kilomètres, a été perturbée par le vent. Le peloton s’est brisé en deux. Dans le premier peloton, Fernandez, Chozas, Pollentier, Recio, Dietzen, Lejarreta, le leader du général Moser et Delgado. Tandis que dans le second peloton, les piégés étaient Ruiz Cabestany, Gorospe, Arroyo, Laguia et Saronni. Ces 5 leaders ont perdu 1’11” à l’arrivée. Déjà lauréat lors de la troisième étape, Jozef Lieckens a doublé la mise.

Ensuite, la 7ème étape entre San Quirce et le sommet à Rassos de Peguera a proposé trois cols aux coureurs dans les Pyrénées aragonaises. Lors de la longue ascension finale jusqu’à 1892 mètres d’altitude, les favoris étaient encore ensemble à 10 bornes du sommet. Soudainement, Chozas attaque, suivi par Fernandez et Éric Caritoux. Jimenez, Corredor, Delgado, Dietzen et Ruperez suivent à quelques mètres. Soudain, Alberto Fernandez a fléchi et Caritoux s’est envolé. Il passe la ligne d’arrivée avec 16″ d’avance sur Delgado. Corredor termine à 27 secondes tandis que Fernandez concède 59 secondes. Les autres principaux favoris ont sombré : Moser a fini à 5′, Gorospe à 6′, Ruiz Cabestany à 7′, Laguia à 9′, Blanco Villar & Marino Lejarreta à 10′, Saronni à 21′, Arroyo à 22’… Delgado s’est emparé du maillot amarillo devant Caritoux à 11″.

Par la suite, à Saragosse, Roger De Vlaeminck a fait parler ses talents de rouleur pour remporter un premier et unique bouquet sur le Tour d’Espagne. Du côté des favoris, une cassure a permis à Corredor de reprendre 15 secondes.

À Soria, après une étape avec quelques reliefs, Maini et De las Heras ont eu des libertés pour jouer la gagne. L’Italien s’est montré plus véloce que l’Espagnol tandis que Ruiz-Cabestany, 3e à 4’28”, s’est fait un petit plaisir en fin d’étape. Le lendemain vers Burgos, Palmiro Masciarelli a passé presque toute l’étape tout seul pour lever les bras après 3h13’19” de course. Le peloton a fini à près de trois minutes.

Lors de l’arrivée à Santander, Francesco Moser s’est imposé au sprint devant Maccali et Van Calster. Pourtant cette étape avait trois cols à son programme. Malgré les offensives de Laguia, Yanez et Gorospe, le peloton est arrivé groupé.

La 12ème étape s’est achevée aux Lagos de Covadonga, un futur haut lieu de La Vuelta dans les Asturies. Avec l’usure des ascensions précédentes, le peloton a maigri à 25 coureurs avant d’entamer l’ultime col du jour. Tous les cadors étaient présents. À 5 km du sommet, trois coureurs partent en tête de la course : Alberto Fernandez, Caritoux et Dietzen. Le Colombien Jimenez et Gorospe sont à un deuxième échelon. Tandis que le leader du général Delgado lâche prise. Devant, malgré plusieurs attaques de Fernandez, le Français et l’Allemand ont largué l’Espagnol dans les derniers pourcentages. Une fois de plus, Fernandez a présumé de ses forces. Dietzen a levé les bras devant Caritoux qui a pris les commandes du général. Fernandez a pris la troisième place à 2 secondes. Auteur d’une bonne fin d’étape, Gorospe a terminé à 8 secondes alors que Jimenez a cédé pas mal de terrain (5e à 32”).

Le final usant vers Oviedo a donné l’opportunité à quatre coureurs de se dégager du peloton. Guido Van Calster s’impose devant Navarro, Gorospe et Belda.

Le contre-la-montre de la 14ème étape arrive à Monte Naranco. Sous une pluie torrentielle, Julian Gorospe l’emporte en 22’18”. Dans la lutte pour la victoire finale, Caritoux (2e à 40”) reprend 6 secondes à Fernandez à 46″. Le Français subit des crachats et des insultes de la part du public. Delgado retrouve des couleurs en finissant 4e à 56”. Cependant, Caritoux a besoin d’une escorte policière pour pouvoir aller a la cérémonie protocolaire.

La 15ème étape allant à Léon profite encore à des coureurs offensifs. 4 coureurs prennent les devants assez loin de l’arrivée. Antonio Coll bat Lejarreta et Gorospe alors que Arroyo  paie ses efforts. Le peloton cède 1’42”.

Ensuite, la 16ème étape voit dans un premier temps l’abandon de Saronni en vue du Giro puis par le succès en solitaire de Daniel Rossel.

La 17ème étape entre Valladolid et Ségovie est un terrain propice pour les grimpeurs avec quatre cols à gravir. Malgré quelques escarmouches entre favoris, Recio remporte l’étape en solitaire. Caritoux surveille les moindre sfaits et gestes de Fernandez. Jean-Claude Bagot fait de l’excellent travail en tant qu’équipier. Alors que des concurrents comme Lejarreta, Juan Fernandez ou encore Pino quittent la course. 3ème de l’étape, Guido Van Calster prend de gros points pour le maillot par points.

La 18ème étape est divisée en deux sections avec le matin une victoire de baroudeur de Jesus Suarez-Cueva avec plus de 16 minutes d’avance sur le peloton. L’après-midi, un chrono de 33 kilomètres à Torrejon. Pour le gain de l’étape, Julian Gorospe qui réalise le meilleur temps en 43’39” devant Emonds à 32″ et Blanco-Villar à 46″ sur un parcours mouillé et devenu dangereux à cause des pavés présent sur certains tronçons. 5ème de l’étape à 54 secondes, Alberto Fernandez reprend 31″ à Éric Caritoux. Pourtant, il va jusqu’à l’épuisement mais pour 6 petites secondes le Français garde définitivement le maillot de leader. 4ème à 51 secondes, Raimund Dietzen a chipé la troisième place du général à Pedro Delgado pour 10 secondes.

Enfin, à Madrid, Noël Dejonckheere décroche un troisième bouquet sur ce Tour d’Espagne en battant au sprint Van Calster et Martinelli.

Finalement, Éric Caritoux s’impose au général par la plus petite des marges de l’Histoire des Grands Tours avec six malheureuses secondes sur Alberto Fernandez. L’Allemand Raimund Dietzen prend la troisième place à 1’33” devant Pedro Delgado à 1’43”. Malgré des propositions à hauteur de 100000 francs afin de laisser gagner Fernandez, Caritoux ne cède pas. Malgré un climat délétère, il ne flanche pas entre des spectateurs essayant de mettre leur parapluie dans ses rayons et des jets de caillou sur la dernière étape. Ainsi, il rejoint Jean Dotto (1955), Jacques Anquetil (1963), Raymond Poulidor (1964), Roger Pingeon (1969) et Bernard Hinault (1978 et 1983) dans le palmarès des vainqueurs Français du Tour d’Espagne.

En douze années professionnelles, Éric Caritoux ne triomphera pas souvent. Cependant, quelques bouquets ont été glorieusement acquis comme sur Paris-Nice 1984 sur le Ventoux et deux titres nationaux sur route en 1988, sur le circuit exigeant de Saint-Étienne ; la seconde, à Montluçon en maître tacticien en 1989. Aujourd’hui, le provençal est retiré au pied du célèbre Mont-Ventoux, où il dirige une exploitation viticole.

Photo : Le Dérailleur

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